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Les Noirs de l'Afrique, page

sont variés et nombreux : ce sont ceux du Ciel, de la Terre, de la Brousse, de certains arbres, d’animaux, voire de pierres ou de matières inertes rencontrées dans des circonstances particulières ; ce sont ceux d’ancêtres fameux, de parents morts ; c’est celui qui protège le clan. Les fidèles, d’autre part, sont en nombre variable : une région, un clan, une famille peuvent avoir un ou plusieurs dieux communs; parfois le fidèle est unique. Les cultes de ces dieux, enfin, affectent des formes diverses, mais où apparaissent toujours l’esprit de superstition le plus obscur et la croyance à l’efficacité des sacrifices.

Avec sa multiplicité de divinités, l’animisme lobi semble un polythéisme rudimentaire, ou plutôt un embryon de polythéisme. Ses dieux sont aussi imparfaits dans leur essence, aussi inconstants et aussi exigeants que ceux de certaines civilisations antiques. On aurait tort de pousser plus loin la recherche d’analogies, trompeuses sans doute. Dans l’antiquité, le dieu admis par la généralité a fini par être la règle, tandis qu’il est encore ici l’exception; et l’antiquité avait des corps de prêtres spécialisés qu’on ne trouve pas chez les Lobi.

À Les

La coutume lobi a un caractère essentiellement religieux. On croit communément que les dieux ont parmi leurs attributions celle de veiller au respect de certaines traditions coutumières, particulièrement importantes, qu’ils sont censés parfois avoir édictées. Chacun de ces dieux est d’ailleurs confiné dans un rôle juridique délimité : tel d’entre eux, qui a la charge de protéger des voleurs Îes récoltes sur pied d’une famille quelconque, n’agira pas contre le meurtrier qui aura accompli son forfait parmi les épis même dont il a la garde ; mais chaque règle a son gardien divin, et la crainte des dieux est le commencement de la sagesse. Les croyances religieuses

apportent ainsi quelque efficacité aux règles coutumières. Elles constituaient avant notre domination le seul facteur de réglementation sociale. Une étude des coutumes non précédée d’une étude préalable de la religion revêtirait donc un caractère de superficialité qui la rendrait vaine. Il ne saurait être ici question d’un examen approfondi de l’animisme lobi, mais d'un simple aperçu des conceptions de la race sur les grands problèmes religieux. Les Lobi croient-ils à l’âme ? Croient-ils en un dieu créateur ? D'autre part, il importe de rechercher, parmi les divinités qu'ils honorent, celles qui influent sur les coutumes et sur la façon dont elles sont observées.

Les Lobi croient à l'existence d’une âme, ou plutôt d’un principe immortel. Ils ont tendance à admettre la métempsycose, mais ils n’en font pas un dogme.

Voici, rapportés presque textuellement, les renseignements que nous avons recueillis de divers indigènes sur leur conception de l’âme :

L'enfant qui naît a une âme. Il l’avait déjà dans le ventre de sa mère. Cette Âme peut être une âme neuve, dont on ignore la provenance ; elle peut être celle d’un ancêtre mort : la preuve en est qu’il arrive qu’un enfant présente en naissant les mêmes marques qu’un défunt quelconque de sa famille. On nous a cité le cas d’une femme qui, ayant accouché successivement, à longs intervalles, d’enfants morts-nés ou morts peu après leur naissance, trouva sur le premier de ses enfants qui subsista des marques qui l’identifiaient avec ses aînés 1.

1. Un commis-expéditionnaire indigène, intelligent ct relativement instruit, nous a affirmé, avec une sincérité évidente, qu'il avait vu renaître un enfant. Un petit garçon étant mort, On Cassa

L'âme se sépare du corps au moment de la mort. On prétend qu’elle peut subsister un certain temps dans une tête coupée. L'âme peut d’autre part s'évader du corps longtemps avant la mort de celui-ci; la démence, par exemple, proviendrait de cette séparation prématurée. On dit par contre que l’âme n’est pas enfermée dans le corps, maïs qu’elle le suit comme une ombre, sans être l’ombre elle-même,

Il y a là des obscurités. Il est opportun de rappeler à ce sujet la distinction que font les Lobi entre les deux principes immatériels qui, avec le corps, constituent l'être humain.

Dans un ouvrage qui paraîtra Prochainement 1, M. Labouret nous apprend que pour les Lobi l’être humain est constitué par trois éléments : le corps, le principe vital et le double. Contrairement aux conceptions de Delafosse ?, le principe vital n’est ni éternel, ni immortel ; d’autre part il est particulier à chaque être, homme, animal ou plante; il constitue simplement une sorte de fluide moteur dont la nature est identique chez l’homme et chez les végétaux; la respiration, ou plutôt le souffle impalpable des êtres, est une forme extérieure du principe vital; ce qui fait, dit M. Labouret, que les sorciers prétendent guérir un malade des bronches, en provoquant par des pratiques magiques un échange de respirations entre lui et un arbre sain. Quant au double 3, l’éminent ethnographe le considère comme assez différent de l’esprit décrit par Delafosse ; il fait ressortir, en effet, qu’un dou ble d'homme peut être détaché du corps qui l’abrite habituellement par la maladie, par la magie, par le rêve et par la mort. Le double a l’aspect du corps, mais il

les jambes à son cadavre avant de l’enterrer. L'enfant suivant, qui était une fille, aurait présenté des cals aux endroits où l’on avait brisé les tibias de son frère défunt.

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