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Il convient de citer pour mémoire les multiples génies qui ne sont attachés ni à la maison ni à la famille, et que la croyance populaire place en tout lieu étrange, ou tire de chaque circonstance bizarre. Parmi ces cultes, les plus curieux sont les cultes individuels. N'importe qui, homme ou femme, frappé par un événement anormal, par un accident ou une maladie dont il a été victime, par une malechance persistante, est tenté d'attribuer ses mécomptes à une divinité qui lui est personnelle; aussitôt, sur les conseils du devin, il lui rendra un culte qui périra avec lui, à moins que ce dieu n’acquière une réputation particulière. [1 nous semble que le culte de ces divinités n’a pas de rapport avec les coutumes; nous n’insisterons donc pas sur leur rôle.
De même, le culte si important rendu aux morts n’influe généralement pas sur la discipline sociale. Les esprits des morts, détachés de leur enveloppe périssable, errent autour des humains, Ils ont conservé le caractère qu'ils avaient vivants, et sont d'autant plus honorés qu’on croit avoir plus à craindre d’eux. Leur mort en a fait des dieux 1.
Et maintenant, que conclure de cette rapide revue des dieux et des génies familiaux, examen qui en apparence nous a entraîné hors de notre sujet? Que ces divinités, qui réprouvent l’endogamie, l’adultère, l’anthropophagie, une partie des meurtres et la plupart des vols, sont autant d'agents de discipline sociale. Par leur existence, ou plutôt par le fait que les Lobi croient à leur existence et les honorent, elles prouvent celle d’un certain nombre de règles fondamentales, donc d’un embryon d'organisation juridique.
1. L'habitude de diviniser les morts est, sans aucun doute, extrêmement ancienne. On la retrouve dans les civilisations indoeuropéennes : « Rendez aux dieux Mânes ce qui leur est dû, dit Cicéron (de legibus); ce sont des hommes qui ont quitté la vie; tenez-les pour des êtres divins. » (Fustel de Coulanges. La cité antique, page 16.)
LR Got
Elles ne sont malheureusement pas de force à faire respecter la coutume, car il est avec elles des accommodements trop aisés, par le moyen de sacrifices relativement peu coûteux. La présence d’une autorité européenne peut donc se justifier par la nécessité d’un gardien incorruptible des coutumes, capable de veiller exac-
tement et impartialement à leur maintien en tout ce qu’elles ont de bienfaisant.
Nous avons déjà fait allusion aux sacrifices, principale manifestation du culte. Nous avons dit que ces sacrifices avaient pour but d’amadouer ou d’apaiser les divinités, soit qu’on ait quelque chose à leur demander, soit qu’on souhaite leur faire oublier une offense.
Le sacrificateur sera le chef de la Terre, lorsqu'on s’adressera aux puissances du sol; quand on aura affaire aux génies attachés à la maison, le chef de famille officiera; dans les cultes individuels, fidèle et sacrificateur ne font qu’un. Chef de famille et chef de terre, à l’occasion, peuvent officier en leur nom propre. Les prêtres, nous l’avons dit,ne constituent pas un corps fermé; les circonstances les désignent, sans qu’un choix ou une initiation soient généralement nécessaires,
Chaque dieu, ayant ses attributions propres, est plus particulièrement honoré suivant l’époque ou les circonsrances. Parmi les solennités les plus suivies, on peut citer « les fêtes religieuses saisonnières, présidées par le vieillard chef de terre, qui reçoit après la récolte et au moment des semailles les offrandes à présenter à la terre et au dieu du ciel pour obtenir des moissons abondantes et la multiplication des enfants et des troupeaux » 1.