La société noire de l'Afrique, page
2. Traité de la condition juridique des indigènes en droit privé, page 251.
nn lOPRES
puisque le mari n’acquiert pas la propriété de sa femme, mais simple compensation. L'idée indigène est toujours de maintenir rigoureusement l'équilibre entre les groupes familiaux qui s’allient. Tout au plus peut-on dire que le mari paie à sa belle-famille, en une fois, le travail de la femme qu’il lui enlève; maïs il ne paie certainement pas l’agrément d’avoir une femme : on ne peut dire en effet qu’il prive sa belle-famille de cet agrément-là.
La dot compensatrice peut être représentée par un travail où une valeur; celle-ci peut être versée en espèces ou en nature.
Le travail est fourni par les jeunes gens.
Les espèces, qu’on voit rarement constituer la totalité d’une dot, sont versées par les gens auxquels leur situation ne permet pas de disposer d’animaux : tels sont les fonctionnaires et les militaires de race lobi.
La dot en nature, comprenant des animaux, auxquels on ajoute parfois quelques milliers de cauris, est de beaucoup la plus courante. Les animaux sont {a forme la plus estimée de la richesse; les cauris ne figurent guère qu’à titre d'appoint. On apprécie peu les monnaies européennes.
La valeur moyenne d’une dot compensatrice peut être évaluée à trois ou quatre cents francs. Elle comporte le plus souvent deux bovidés, valant de 150 à 173 francs par tête, plus quelques moutons si la femme est particulièrement désirable. Pour une femme âgée ou malade, la dot est beaucoup moindre : celui auquel on l’enlève ne perd en effet qu’une médiocre travailleuse.
La composition de la dot est généralement arrêtée à l’amiable, T1 arrive que les parties ne s’entendent point; les anciens sont alors consultés. Si le débat subsiste, il est porté devant le chef de canton; si l'accord ne se fait pas, l'affaire arrive devant l'administrateur européen de la région. Le débat ne manque pas de pittoresque: le mari délaissé expose âprement ses doléances, et finit, après avoir réclamé sa femme, par exiger une compen-
sation d'une demi-douzaine de bœufs. La femme, qui s’est dissimulée jusque là derrière son amant, proteste d'une voix ferme, souvent douce, et assure que son mart n’est pas fondé à réclamer une telle compensation, n'ayant pas fourni pour sa part un travail ou une dot équivalente. Le ravisseur offre un bœuf. Le mari refuse, et déclare qu’en ces conditions il gardera sa femme. On consulte celle-ci, qui avoue préférer son amant. Après marchandage, la dot est fixée par exemple à deux bœufs, dont le mari dit qu'il se contentera. L'amant annonce alors qu’il n’a pas de bœufs, maïs qu’il va aller en demander à son oncle maternel.
L'affaire, souvent, n’est pas terminée pour cela. L’oncle maternel n’avait pas de bœufs, ou n’a pas voulu en donner. Le mari reparaît, réclamant ses bœufs. L'amant est convoqué à nouveau, emprunte et finit par payer, au moins en partie.
Le règlement des litiges de ce genre est une tâche quotidienne pour l'autorité. Et leur nombre ne saurait diminuer sans une transformation des mœurs matrimoniales dont on n’entrevoit pas actuellement la possibilité.
Le mariage se dissout :
1° Par la mort de l’un des époux;
2" Par le divorce.
Nous avons déjà dit quelles sont les conséquences de cette dissolution, relativement à la dot compensatrice.
On verra, dans les chapitres suivants, ce que peuvent être les causes du divorce 1, et quel est alors le sort réservé aux enfants ?.
1. Voir infra, Condition de la femme, page 104. 2. Voir infra, Condition de l'enfant, page 186.