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CHAPITRE III

Condition de la femme

Situation privilégiée de la femme lobi. — Ses devoirs et ses droits. — L’adultère : adultère vulgaire; adultère par enlèvement. Leurs conséquences : compensation, sacrifice expiatoire, vengeance. — Situation de la femme veuve.

Chez les peuples primitifs et en particulier chez les Noirs, la femme est réputée une véritable esclave, presque une bête de somme, victime de sa famille puis du mari qu’on lui impose. Il n’en est pas aïnsi au Lobi : si la femme continue à y assumer les travaux les plus pénibles, elle est maîtresse de sa vie sentimentale et parvient presque toujours à suivre l’homme de son choix, après avoir joui d’une grande liberté comme jeune fille. Epouse, elle sera rarement maltraitée; elle aura droit à des égards

auxquels sa qualité de gardienne du nom et du sang de

la race n’est sans doute pas étrangère. Maïlheureuse en ménage, elle aura la possibilité d'échapper au joug de son mari.

C’est sans la consulter qu’on l’a mariée, alors qu’elle: n’était qu’une fillette. En fait, elle se soumet à la décision prise par sa famille jusqu’au moment où la puberté la transforme moralement et physiquement, la tire de son indifférence, et lui permet de sentir si son mari lui convient. Dans le cas contraire, nul ne pourra l’empêcher d’épouser l’homme de son choix. Il y aura simplement lieu, comme il a été expliqué au chapitre de la formation

de la famille, à remboursement des cadeaux et des prestations fournies par le premier mari. Si même, après plusieurs années d'union, la femme trouve avoir à se plaindre de son partenaire, soit qu’il subvienne mal à son entretien, soit qu’il la maltraite ou la néglige, soit simplement qu'il ait cessé de lui plaire, elle le quitte sans cérémonie, presque toujours pour suivre un autre homme, sans que l’époux ait le pouvoir de la retenir, et puisse réclamer autre chose que la dot compensatrice. T1 est autrement aisé pour une femme de se débarrasser de son mari, que pour un mari de congédier sa femme.

La femme enfin, comme on le verra à l'étude des biens, n’est pas sans posséder personnellement, ce qui lui assure quelque indépendance matérielle. Le fait nous a particulièrement frappé en l’occasion suivante : un chef de famille auquel on demandait pourquoi il n’apportait pas à la caisse publique la totalité des contributions dont son foyer était frappé, répondit qu’une de ses femmes n'avait pas encore payé sa part d'impôt.

Donc, matériellement et surtout moralement, la fem-

me lobi jouit d’une certaine indépendance.

Il nous a semblé plus intéressant d’étudier les droits et les devoirs des époux en nous plaçant au point de vue de la femme. Dans la société à matriarcat du Lobi, la femme est en effet le point de repère, l’unité sociale qui importe le plus. De la situation de la femme découlera celle du mari.

Il convient d’abord de rappeler que le mariage émancipe l’homme et la femme. L’un et l’autre ont dû subir ou refuser l'époux ou l'épouse que leur famille avait eu le droit de choisir pour eux alors que leur célibat Îles assimilait à des mineurs. Mais l’homme choisira Iui-

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