‹ Les Lobi et Leur CoutumeChapitre 50 sur 76 · Voir description des greniers à grains, supra, page · texte numérisé non relu

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2. La femme a un pécule personnel. Voir sa composition, infra, page 166.

3. Nous avons eu un jour à recueillir les doléances d’une jeune femme que son mari privait de miel, alors qu'il en comblait sa

Le mari peut congédier sa femme, mais non sans motif sérieux : la stérilité, la mauvaise santé, l’acrimonie, l’inconduite sont les griefs le plus souvent invoqués. Il va sans dire que l'autorité n’admet que les deux derniers. Le mari n’a pas le droit de choisir ou d’agréer un nouvel époux de la femme qu’il a congédiée. Celle-ci, émancipée, retourne dans sa famille. Elle n’appartient pas à son mari, elle ne lui a jamais appartenu, comme on l’a montré en traitant de la dot compensatrice. Elle disposera désormais d’elle-même.

Entre co-épouses d’un même homme, la discorde surgirait inévitablement si la coutume n’avait dévolu à l’une d’entre elles une autorité que ses compagnes sont tenues de reconnaître. Les Lobi appellent cette privilégiée tiodar-ker, littéralement « femme du maître de la maison ». C’est généralement la première femme en date. Les Lobi ont cependant accoutumé d’accorder le même titre à l’une des femmes que le maître de maison épouse ensuite, si celle-ci est la fille de son oncle maternel où de son oncle paternel ; on dit alors que « la maison est à elle ». Elle doit néanmoins de la déférence à la première épouse.

Les pouvoirs de celle-ci sont assez peu étendus, et ne peuvent consister qu’en instructions de détail données aux autres épouses pour ce qui concerne la vie intérieure de la maison et la conduite du ménage. Elle n’est même pas dispensée des corvées pénibles telles que le transport de l’eau ou du bois, et n’a pas droit à une préférence d° la part de son mari.

L’adultère se produit constamment dans la vie privée des Lobi, et peut être considéré comme étant à l’origine de rixes et d'incidents autrefois fréquents, et qui ne lais-

première épouse. Les anciens, consultés, ont estimé qu’il fallait inviter le mari à répartir plus équitablement ses largesses.

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sent pas d’agiter les esprits parfois encore. Presque tous les vols d’animaux, presque tous les assassinats proviennent de façon plus ou moins lointaine d’un adultère qui n’a pu recevoir une solution convenable. C’est pourquoi nous avons placé en ce chapitre l'étude de la vengeance caractéristique des Lobi,

Tous les adultères cependant n’ont pas d’issue dramatique. Il arrive que le réglement en soit aisé, et même que le mari outragé se contente d'une satisfaction dérisoire. En général, le degré de parenté et les affinités de clan qui peuvent rapprocher ou diviser les trois intéressés ont une grande influence sur la solution le l’incident : dans chaque cas, la coutume fixe ce qu’il convient de faire pour le mari, et quelle compensation il peut accepter:

Il n’y a pas lieu d'étudier l’adultère du mari, dont les épouses ne sont pas fondées à se plaindre. La polygamie leur apprend à n'être point jalouses. Peut-être le volage ne cherche-t-il qu’à attirer à son foyer une nouvelle épouse, qui prendra une part des corvées domestiques. Cet adultère de l’homme peut donc être suivi d’un mariage (à moins qu'il n’ait tout d’abord entraîné la mort du séducteur, assassiné par l'époux trompé). Nous indiquerons d’ailleurs les conséquences de l’adultère du mari dans la suite de ce chapitre, tout en continuant à nous placer au point de vue de la femme.

On peut, en ce qui la concerne, distinguer peut-être deux genres d’adultère : d’abord l’adultère vulgaire, celui qui se perpètre dans l’ombre, celui où la femme appartient concurremment à deux hommes et dont la conséquence n’est, le plus souvent, qu’une correction

suivie d’un sacrifice expiatoire pour l'épouse coupable, qu’une flèche empoisonnée pour son complice 1 ; puis

1. I] va sans dire que depuis notre domination, les conséquences de l’adultère affectent rarement ce caractère aigu. Désireux

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l’adultère par enlèvement, accompli franchement par des amants dont l'intention est de vivre désormais en époux, lorsqu'ils seront venus à bout du mari, par la persuasion ou par la force.

Le dénouement variera avec le degré de parenté de

clan ou de famille de l’amant, du mari et de la femme, et non selon la façon plus où moins insultante dont l’adultère a été commis, Voici les trois cas qu’on rencontre le plus couramment :

Premier cas : la femme trompe son mari avec un homme appartenant au clan de celui-ci. L’époux outragé pourra prendre deux partis :

a) se mettre d'accord avec l'amant qui rendra Ja femme en offrant un sacrifice aux dieux du mari, ou gardera la femme en versant la dot compensatrice ;

b) tuer l’amant. La famille de la victime ne pourra se venger du mari, en raison de Îa parenté de clan, mais l'assassin aura à craindre le courroux du dieu de clan, mécontent que le sang ait été versé entre deux de ses fidèles. T1 ne pourra s'approcher de ses autels que lorsqu'il aura satisfait à certains rites. La famille de l'amant, qui ne peut renoncer à sa vengeance, s’en prendra alors à la femme et à la famille de la femme, hors du clan par conséquent (hormis le cas peu fréquent où la femme et son mari appartiennent au même clan). Le mari, de son côté, ne peut se faire pardonner le meurtre qu’il a commis en offrant une simple compensation à la famille de l’amant. Il risque enfin la vengeance du clan de sa femme, si les parents de l’amant y ont tué quelqu'un ; il risque cette vengeance, non comme mari, mais comme parent de clan de l’amant.

Deuxième cas : la femme trompe son mari avec un homme appartenant au même clan qu’elle-même.

de peindre les mœurs “ans leur pureté, nous envisagerons toujours, dans la suite du chapitre, le cas extrême, non influencé par la présence de l'autorité.

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L’époux peut accepter une compensation dont il fixera lui-même le montant, compensation qui aura le caractère soit d’une dot, s’il cède la femme, soit d’une offrande expiatoire, s’il entend la garder. A vrai dire, un véritable Lobi ne se conduira pas ainsi. Il commencera par tirer une vengeance sanglante de l’outrage qu’on lui a fait, en tuant l’amant. Mais comme il n’est pas du même clan que sa victime, il encourra les représailles du clan de ce dernier.

Troisième cas : la femme trompe son époux avec un homme d’un clan autre que les leurs. Un mari plein d’honneur a le devoir de verser le sang, et ses parents de clan l’y aideront s’il recourt à eux. Si personne ne met le holà, la famille de l’amant exercera à son tour des représailles, aussi bien sur la femme que sur son mari, aussi bien sur la famille de l’une que sur celle de l’autre.

D’autres cas peuvent se présenter ; ils auront toujours une grande analogie avec l’un des trois cas que nous venons d’exposer. Notons que le clan de la femme trompée par son mari n’est aucunement tenu d'intervenir, ceci, nous l’avons dit, en raison de l’habitude qu’on a de la polygamie : une femme n’est jamais trompée.

On considère que si un enfant de la femme coupable meurt peu de temps après la faute, c’est là une punition divine que la mère adultère et son complice ont provoquée. Autrefois même, l’amant devait remplacer l’enfant mort, qu’il fût ou non de ses œuvres, parce que-:le décès de l’enfant constitue une perte pour le groupe où vit la femme. De même, l'assassin devait jadis fournir un homme en échange de sa victime ; mais cette coutume est tombée en désuétude. D'ailleurs, la disparition du servage ne permettrait plus d’y satisfaire.

I1 résulte des développements précédents qu’il y a trois dénouements possibles à la situation créée par l’adultère de la femme : offre d’un sacrifice expiatoire, versement d’une dot compensatrice, vengeance. Il est inutile de revenir sur la dot qui a été étudiée en détail.

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