‹ Les Lobi et Leur CoutumeChapitre 52 sur 76 · LE · texte numérisé non relu

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mûre et mère d'enfants adultes, donne prise à la critique.

Il est inutile, pour que l'honneur soit sauf, que le mari tue précisément l’amant. [1 lui suffit d’occire un membre quelconque du clan de ce dernier, homme, femme, vieillard ou même nouveau-né. Cette latitude dans le choix de l’objet de la vengeance donne à cette coutume un caractère révoltant pour l’Européen. Le meurtrier s’embusque généralement au coucher du soleil, à proximité du village où réside celui dont il veut tirer vengeance. Dissimulé dans les hautes herbes, près du point d’eau ou d’un sentier fréquenté, muni de son arc et de ses flèches, il tirera sur le premier venu, pourvu qu’il appartienne au clan de l'amant, Il n'est pas rare de relever des cadavres percés d'une dizaine de coups : le mari est souvent accompagné, et chacun de ses acolytes tient à honneur de tirer sa flèche. Leur exploit accompli, les meurtriers rentrent rapidement chez eux, rassemblent leurs parents, s’arment, se barricadent, en prévision d’une attaque probable des parents de la victime. Avant notre domination, de véritables combats pouvaient ainsi avoir lieu. Des haines à mort entre clans ont duré plusieurs années, telle la guerre qui a décimé pendant longtemps les clans Kansié et Diboulo.

I! convient de noter que l'assassinat ou la guerre n’ont pas toujours une vengeance comme point de départ. Ï1 peut arriver qu’un mari abandonné par sa femme, désespérant de trouver le ravisseur ou le redoutant, ou las d'attendre en vain la compensation promise, ne s'empare en guise de dot des premiers bestiaux qu'il trouvera aux abords du village où réside son débiteur. Le même larcin peut être commis par- un ,créancier impatient. Aussitôt les propriétaires des animaux d’opérer quelques vols compensateurs et même plus importants aux abords du village du mari. On s'inquiète peu de savoir à qui appartiennent réellement les bêtes volées. Une escarmouche peut avoir lieu : l’enfant qui garde les

bestiaux hurle, Les hommes du village accourent. Le berger est parfois tué, et la vengeance est à nouveau déclanchée.

L'autorité française est parvenue au prix de grands efforts à diminuer la fréquence et la durée des vengeances, en assimilant les « vengeurs de sang » à de vulgaires meurtriers qui Sont jugés et condamnés dans les formes régulières. Presque toujours, d’ailleurs, la sanction est réduite à quelques années de prison. Le résultat cherché, à savoir décourager les vengeurs de sang, est atteint grâce à une répression exacte et suivie, bien plus que par des peines excessives qui seraient mal comprises d’une population pour laquelle l’accomplissement d’un meurtre est un exploit honorable.

I! reste à traiter de la situation de la femme veuve.

Elle demeure dans la maison de son mari défunt jusqu'aux deuxièmes funérailles, qui ont lieu entre deux mois et un an après le décès. La date en est déterminée — nous a-t-on dit — par l’état des provisions de grains qui oblige parfois à attendre la récolte, car il importe de préparer de grandes quantités de bière de mil pour les parents qui assisteront à la solennité.

Au cours des deuxièmes funérailles, l'héritage est dévolu à l’héritier naturel du de cujus, premier parent mâle en ligne utérine, collatéral ou issu de collatéral. La femme faisant partie de l'héritage se trouve attribuée à cet héritier qu’elle pourra épouser, à condition, d’abord, que le défunt ne l’ait pas accusée de sa mort: ensuite, qu’elle et l’héritier soient d’accord.

Il n’y a pas de délai de viduité. Les deuxièmes funérailles sont suffisamment postérieures à la mort du de cujus pour qu’on puisse se rendre compte de la possibilité d’une grossesse de sa veuve. Mais si celle-ci

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