TROISIÈME OBSERVATION
Dans cette observation, à la congestion suraiguë du poumon s’ajoute une myocardite rhumatismale, avec dilatation aiguë du cœur.
— L'enfant est née à 6 mois ; très fragile, elle a contracté toutes les maladies infectieuses de l’enfance. Il y a trois semaines, angine avec rhino-pharyngite ; à la suite, on constate un frottement péricardique ; les douleurs rhumatismales apparaissent à ce moment et se généralisent à toutes les articulations. Température à 38°.
Albuminurie. On donne, pendant 10 jours, 6 gr. de salicylate par la bouche. La température persiste ; l'enfant est adressée dans le service : le frottement a disparu ; on perçoit un souffle systolique à la pointe, le rythme est régulier, à 130, sans bloc du faisceau ; à la radioscopie, le cœur est dilaté dans tous ses diamètres. On injecte progressivement de 1 à 5 grammes de salicylate par voie veineuse ; ce traitement est poursuivi pendant 9 jours ; l’enfant, assez indocile, ne prend rien par la bouche. À ce moment, la température remonte à 38°3; la malade respire difficilement, une toux sèche est bientôt accompagnée d’expectoration mousseuse et rosée; on constate une matité assez franche à la base du poumon droit et une respiration très rude ; le foie déborde les fausses côtes ; la cyanose est marquée. On pratique une injection d’ouabaïne, d’huile camphrée ; on ajoute des enve-
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loppements sinapisés ; le soir la température est à 39°3. Des enveloppements frais ramènent la température à 38° : l’enfant semble mieux. Les lésions pulmonaires se généralisent, des râles sous-crépitants sont perçus dans les deux poumons, la respiration est rude avec une submatité étendue.
On injecte le matin 1/4 de milligramme d’ouabaïne et le soir 2 grammes de salicylate ; l’expectoration rosée et mousseuse se poursuit, elle est moins abondante. Le soir la température est à 37°6, le foie descend à l’ombilic.
Le lendemain, la respiration est très pénible, la pâleur extrême, les lèvres sont cyaniques ; dans les deux champs pulmonaires on entend des râles humides et secs mélangés ; la température est à 37°5 ; la mort survient dans la matinée ; pas de vomissements, pas de somnolence.
L'examen anatomique révèle, d’une part, des lésions généralisées de congestion suraiguë du poumon avec densité plus marquée à la base droite où la fibrinose intraalvéolaire prédomine.
D’autre part, on découvre une myocardite rhumatismale, caractérisée par la dilatation des cavités, en particulier du ventricule gauche.
On ne trouve pas de lésion valvulaire; le souffle mitral perçu ne peut être attribué qu’à la dilatation secondaire du cœur.
Les deux feuillets du péricarde sont soudés, des nodules d'Aschoff ne sont développés dans les couches les plus superficielles du myocarde. Les fibres présentent des altérations très importantes, les noyaux sont volumineux, déformés. Le foie est hypertrophié avec aspect muscade à la coupe.
Les reins sont cyaniques.
QUATRIÈME OBSERVATION
D... Georges, 17 ans. A j’âge de 8 ans, chorée soignée avec l’arséniate de soude.
Il y a 2 ans, donc 7 ans après la chorée, douleurs articulaires aux genoux et aux chevilles. Fièvre, gonflement des articles atteints. Le malade prend un peu de salicylate par la voie buccale. A cette époque, aucune atteinte cardiaque n’est notée. Le jeune homme, sportif, faisait même des ascensions en haute montagne.
L’an dernier, apparition d’une hémoptysie, suivie de plusieurs autres dans le courant de l’année. On trouve alors au cœur une maladie mitrale en même temps que les signes fonctionnels apparaissent importants. Pas de fièvre.
A la radiographie, gros cœur avec grosse oreillette, gros ventricules. Cœur à la limite de la décompensation.
Donc, rhumatisme évolutif des plus nets dont on suit parfaitement toutes les étapes.
Il n’y a rien d’autre à signaler dans les antécédents.
Le 19 octobre 1936, le malade entre dans le service de cardiologie. Au cœur : maladie mitrale, tachycardie, quelques frottements péricardiques, tension à 12-7.
L'examen des poumons ne révèle rien d’anormal. Toutefois le malade expectore des crachats rouillés qui cessent après deux jours de traitement à 1/4 milligramme d’ouabaïne intraveineuse par jour. L’amélioration est notable. Pas de gros foie. Pas de stase dans les membres inférieurs.
Les urines ne renferment ni sucre, ni albumine, ni acétone. Le pH sanguin est normal,
Le traitement salicylé intraveineux est institué. On le manie avec prudence, connaissant la tendance du malade à faire des hémoptysies. Grâce à des injections intraveineuses d’ouabaïne le traitement salicylé est très bien toléré.
Brusquement, un soir, sept jours après son entrée dans le service, le malade est pris d’une toux quinteuse, sèche. Dans la nuit ia dyspnée se fait très violente, le malade accuse un grand malaise général, il est anxieux. La température, qui était normale, reste normale. On ausculte et on découvre des râles disséminés dans toute l’étendue du poumon droit, avec une submatité nette à la percussion. Une expectoration modérée, filante et rosée, apparaît. On fait une saignée, une injection intraveineuse d’ouabaïne et une piqûre de morphine.
Le lendemain matin, la dyspnée s’est encore accrue, la face est pâle, baignée de sueurs, les lèvres sont cyaniques. Les deux champs pulmonaires sont envahis par des râles, qui encombrent les grosses bronches, la trachée, et le bruit est tel qu’il s’entend à distance.
Le malade, d’abord prostré, est agité et délire. Brutalement le pouls s’affaisse et devient filiforme. Le malade meurt sept heures après le début des accidents.
A l’examen anatomique on trouve un gros cœur sans péricardite. Il y a les lésions nettes d’endocardite des deux cavités gauches, le rétrécissement mitral n’est pas très serré, les valvules sont sclérosées. L’aorte est normale. Il n’y a pas de thrombose. Les deux poumons sont augmentés de volume, lourds, denses, de couleur lie de vin.
Les sommets, à la coupe, sont presque hépatisés. Il s'écoule une sérosité mousseuse et rosée d'œdème, Un fragment nage sur l’eau,
Le reste des poumons est œdématié, plein de sérosité.
La rate et les reins sont congestifs.
Le foie présente une légère dégénérescence graisseuse.
CINQUIÈME OBSERVATION
R.., Charles, 15 ans, entre le 7 juillet 1936 en cardiologie en insuffisance cardiaque : dyspnée vive, œdème des membres inférieurs, foie gros et douloureux.
À l’auscultation du cœur on entend un souffle d’insuffisance mitrale. La radiographie montre un gros cœur et surtout une grosse oreillette.
Antécédents de rhumatisme articulaire aigu dans l'enfance et récemment nouvelle attaque.
Aucun symptôme pulmonaire anormal n’est noté à l'entrée. Pas de fièvre.
Pour réduire l’asystolie on pratique une saignée, des injections intraveineuses d’ouabaïne, on donne de la théosalvose avant d’entreprendre le traitement de la maladie causale. En 3 jours le malade est mieux.
On commence les injections intraveineuses de polysalicylates ; on les interrompt le quatrième jour pour un traitement ouabaïnique, car le malade est à nouveau dyspnéique. On reprend le salicylate intraveineux progressivement : 1 gr. 50, puis 3 grammes, puis 6 grammes par la veine et par jour, en deux injections. L’état est meilleur. Urines normales : pas d’acétone. Pas de fièvre.
Brusquement, le 18 juillet, soit onze jours après son entrée à l’hôpital, la température s'élève à 38°5,
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Une violente dyspnée apparaît. On fait 1/4 mmgr. d’ouabaïne intraveineux, mais l’injection donne peu de résultats. Une toux fréquente et sèche s’installe, avec des crachats rouillés et spumeux. Le corps est envahi de sueurs profuses, la face est pâle, les lèvres cyaniques.
A l'examen des poumons on trouve une matité de la base gauche et des râles sous-crépitants. IL n’est pas noté de souffle.
Le lendemain, malgré les traitements, l’état est encore plus grave. La base de l’autre poumon est mate et des râles fins disséminés envahissent les deux champs pulmonaires. Malgré les tonicardiaques, l'oxygène, la mort survient 48 heures après le début des troubles.