‹ Les Localisations Pulmonaires de la Maladie de BouillaudChapitre 9 sur 21 · FORMES LATENTES · texte numérisé non relu

FORMES LATENTES

On trouve, épars dans une vaste littérature consacrée à la maladie de Bouillaud, de nombreux conseils sur l'intérêt et l’importance de l’auscultation quotidienne des poumons chez les rhumatisants. Les uns, comme GARROD, parlent de bronchites fréquentes. Nous avons vu qu’il était plus logique d’interpréter ces faits comme des congestions pulmonaires localisées ou latentes à leur stade d’alvéolite exsudative. On peut observer des bronchites simples et banales chez les rhumatisants, mais la bronchite n’est pas directement due au processus rhumatismal. Lorsqu'il s’agit d'un cardiaque rhüumatisant, elle est plutôt le fait des troubles circulatoires dus aux lésions cardiaques que du rhumatisme lui-même,

LAENNEC parle de pneumonies latentes dans le rhumatisme.

BERNHEIM insiste particulièrement sur ces congestions pulmonaires latentes. Elles sont parfois le prélude de congestions graves et généralisées et il est important de les dépister précocement.

L’affection pulmonaire esi presque muette. Elle ne détermine ni toux, ni expectoration, ni oppression notable. Elle ne se traduit que par des signes physiques qu’il faut rechercher par la percussion et l’auscultation. De la matité, une respiration tantôt obscure, tantôt légèrement soufflante, quelques râles muqueux fins, des sibilances, des ronchus.

Dans la ligne axillaire on entend parfois un bruit particulier qui ressemble aux râles du premier degré de la pneumonie. Il ne se produit que pendant linspiration et a quelquefois besoin pour être entendu d’une inspiration longue et prolongée.

Il importe, dit CHOMEL, dans le cours du rhumatisme articulaire aigu, d’ausculter et de percuter les régions thoraciques correspondant aux poumons comme on ausculte et percute celles qui correspondent au cœur.

CONGESTIONS ŒDEMATEUSES SURAIGUES GENERALISEES

Les formes cliniques de congestion rhumatismale que nous venons d'étudier, la congestion circonscrite et la congestion latente sont caractérisées par leur insidiosité, leur mobilité et aussi par leur pronostic : il est favorable lorsqu’elles ont été diagnostiquées en temps opportun et qu’on a pu par un traitement actif obtenir leur sédation. Elles peuvent en effet, dans le cas contraire, se généraliser.

rt

lo —

Ces complications redoutables, que BERNHEIM appelle « le rhumatisme du poumon d'emblée », s’apparentent par leur soudaineté et leur violence aux grands accidents fluxionnaires qui caractérisent la polyarthrite rhumatismale et le rhumatisme cérébral.

BARTHEZ, dans son « Traité des maladies goutteuses » de 1802, signale le danger et la grande fréquence des accidents pulmonaires dans le cours de la polyarthrite aiguë rhumatismale.

BŒRHAAVE dit que « la complication pulmonaire expose à des dangers imminents la vie du rhumatisant qui cependant meurt rarement du fait de son rhumatisme articulaire le plus intense et le plus généralisé ».

Le début de ces accidents est imprévu et très rapidement ils acquièrent toute leur intensité. Ils surviennent souvent sans cause apparente chez des sujets jeunes, robustes et même en cours de traitement. Quelquefois ils ne sont que l’extension d’une congestion localisée. Les cas que nous avons eu l’occasion d'observer nous ont permis d’en donner la description suivante. Elle concorde avec celle qu’en ont donnée différents auteurs.

La dyspnée est le premier symptôme qui attire l’attention. Elle est très violente, c’est une polypnée avec suffocation. Le malade a un facies anxieux, angoissé. Cette suffocation s’accompagne d’une toux sèche, incessante, fatigante, qui aboutit à l’expectoration d’une sérosité abondante, filante, quelquefois hémorragique. Le malade est assis sur son lit, haletant. On est frappé par sa pâleur toute spéciale, cependant ses lèvres sont cyaniques, traduisant ainsi le trouble profond et brutal de l’hématose. L'état général apparaît de suite comme très grave. Toutefois, bien que la tachycardie soit habituelle, le pouls au début est bon et bien frappé. Si l’on ausculte le malade on

4 ? Hand

perçoit dans les deux poumons une véritable marée de râles diffus et généralisés. On cherche en vain avec le stéthoscope une petite plage pulmonaire encore saine : la congestion est généralisée. La percussion ne nous indique qu’une submatité plus ou moins nette, souvent difficile à apprécier.

Chez certains sujets on n’observe aucun signe de cardiopathie ; le foie est de volume normal et la défaillance du cœur ne peut expliquer la dyspnée et Pœdème pulmonaire. Chez d’autres, du fait de poussées rhumatismales antérieures, s’est constituée une lésion valvulaire, et cependant l’absence d’hépatomégalie et de stase dans le système cave ne permet pas d’incriminer une asystolie soudaine. Il n’en est pas toujours ainsi; dans quelques cas nous avons constaté des signes évidents d'insuffisance cardiaque, avec hépatomégalie, dilatation du cœur avec souffle mitral sans lésion organique valvulaire. A l’examen anatomique on découvrait des lésions dégénératives du myocarde, de telle sorte qu'aux phénomènes de congestion inflammatoire du poumon s’ajoutaient des symptômes liés à une myocardite rhumatismale.

Ces accidents de congestion suraiguë œdémateuse se révèlent immédiatement graves et irréductibles, aussi bien dans les formes pures sans atteinte du myocarde que dans les formes où la défaillance du cœur intervient. Très rapidement ils évoluent vers la mort. La dyspnée devient de plus en plus violente, les malades sont agités, cherchant une position qui leur permette de lutter contre l’asphyxie. Brusquement, le pouls, qui était bon au début, faiblit et devient filant. Les lèvres sont de plus en plus cyaniques, le visage est mouillé de sueurs, les extrémités sont froides et la mort survient quelques heures après le début des accidents. Les médications usuelles n’ont aucun effet : la saignée, les ventouses, l’ouabaïne,

SEGUIN

to

l'huile camphrée, l’adrénaline, l’oxygène n’ont aucune action, non plus que les injections intraveineuses de salicylate qui ne semblent pas entraver la marche de ce redoutable syndrome. La gravité de l’état ne permet pas de recourir d’emblée à des doses suffisantes et la rapidité même des accidents ne laisse pas à la médication le temps d’agir.

Page 1