DU COSMOPOLITISME
Un autre projet tout aussi important et qui, depuis longtemps, aurait dû être fait, est celui qui concerne renseignement à donner aux jeunes filles. Il vient d^ètre soumis à la Chambre des députés par M. Camille Sée, un de ses plus jeunes et de ses plus vaillants membres. Il faut que cet enseignement cesse d'être à peu près exclusivement entre les mains des congrégations. Il faut que la mère de famille ait été élevée dans les principes qui ont fait la France de 1789, et qu'elle les fasse pénétrer dans l'esprit de ses enfants. Il faut que, pendant les premières années au moins, elle puisse les instruire et les guider utilement pour la patrie. Il faut donc qu'elle soit sérieusement instruite elle-même. Hâtonsnous donc de doter le pays d'institutions semblables à celles que rAmérique, rAllemagne et la Russie même, possèdent depuis longtemps. Fondons dans chaque département, à côté d'un lycée pour les garçons, un collège pour les jeunes filles de la bourgeoisie. Que la femme française ne se borne pas à plaire et à charmer, qu'elle commande le respect par sa valeur morale et intellectuelle, aussi bien dans le monde qu'au foyer domestique. Introduisons l'unité de l'enseignement dans la grande unité française. C'est par cette unité, et non pas par celle de l'éducation, qui doit rester entre les mains des parents, qu'il faut prévenir le malheur de voir tous les quinze ans deux Frances se dresser l'une contre l'autre, la France ci-devant et la France nouvelle, pour se combattre à outrance comme des frères ennemis.
F. — Dos oommunioatlons et du oosmopolitisme.
Les principes de la Révolution française et les formes sociales qu'ils engendrent ; l'immense réseau d'exploitations agricoles, commerciales et industrielles, si favorable au développement de toutes les libertés, dont les Anglo-Saxons couvrent le globe ; la science vaste et pénétrante de la race allemande, et son esprit de critique prenant sa source dans l'amour désintéressé du vrai, ce sont là les forces du jeu combiné desquelles doit sortir le monde nouveau et l'avenir
Bemlœw. ^^
qu'il prépare au genre humain. Cet avenir doit être celui de Vunité, au milieu de la multiplicité, de la diversité des races, de Tharmonie entre des intérêts qui se combattent et des principes qui semblent s'exclure. Pour empêcher les hommes de se haïr et de se faire la guerre, il suffit souvent de les rapprocher, de rendre les relations plus fréquentes^ les çttoyens de communication plus nombreux et plus faciles.
Dès 1832, notre compatriote, M. E. de Girardin, avait proposé d'adopter le principe des taxes postales uniformes pour tout un pays et uniformes même pour toutes les correspondances internationales de l'Europe ; d'établir des tarifs et des prix très modérés, le bon marché des transports excitant la circulation, jusqu'à compenser par le grand nombre des affaires la réduction des tarifs. La réforme proposée par M. de Girardin fut comprise en Angleterre, où Rowland Hill se fit l'importateur et le promoteur de cette idée; elle fut votée par le Parlement, dès 1839. Mais depuis^ tous les pays du monde civilisé se sont mis d'accord, pour considérer, au point de vue postal, l'Europe entière comme un seul État, ou comme une confédération d'États. Puis le congrès international tenu à Berne (1874), a posé les bases d'une union postale qui établit, pour tonte lettre circulant en Europe, un tarif postal uniforme très bas, et, pour toute lettre circulant dans les autres États du monde, adhérant à cette union, un tarif également uniforme, un peu plus élevé. — Les mêmes principes d'uniformité et de bas prix furent adoptés pour le transport des journaux, paquets, etc., etc. Ainsi les postes auront eu, dans l'histoire de la civilisation,^ ce rôle privilégié de fournir le premier lien unissant dans un seul corps tous les -états du monde civilisé •. La vérité de cette idée est si bien comprise de ce côté du Rhin comme de l'autre, que les cartes postales allemandes portent sur leur timbre cette épigraphe : Weltpostkarte^ c'est-à-dire carte postale pour le monde (entier).
Le télégraphe accompagne et suit partout la poste ; il est destiné à rendre un jour instantanées, les communications