DU COSMOPOLITISME
de la peasée humaiQc sur toute la surface du globe. Pour les faciliter on arrivera très probablement à chercher et à inventer, une pasigraphie, c'est-à-dire une représentation visible, universellement adoptée, non plus des mots appartenant à toutes les langues, exprimés par des sons différents, mais des idées toujours les mêmes, dont les mots de toutes les langues ne sont que les signes.
Après la grande union postale, il importera d'introduire celle des monnaies et des poids et mesures. La France, suivie d'un petit nombre d'Etats, en a établi la règle, basée sur le système décimal, qui paraît destinée à servir de modèle à tous les Etats civilisés. L'Amérique, l'Angleterre et, tout récemment, l'Allemagne ont adopté des règles qui se rapprochent de la nôtre. Ces nations ont sans doute leurs raisons pour ne pas faire un pas décisif vers une unité universellement désirée. Nous aimerions à croire que, dans ces raisons, ne figure pas celle de ne pas vouloir avoir l'air d'imiter la France !
Avant toute autre république, nous trouvons, dans les temps modernes, la république des lettres et des sciences. Au moyen âge, elle avait, en Europe au moins, une langue commune à tous ses membres, le latin. Aujourd'hui aucune année ne se passe sans que les hommes appartenant à toutes les branches de l'art et du savoir se voient et échangent les résultats de leurs études et de leurs méditations, dans de grandes réunions annoncées d'avance dans tous les pays civilisés : congrès de médecins, de jurisconsultes,d'ingénieurs, de philologues et orientalistes, de naturalistes, d'économistes, de géologues, etc. On y parle la langue du pays dont la capitale ou une des villes les plus importantes offre l'hospitalité aux savants accourus des quatre points cardinaux. Les étrangers se servent le plus souvent de la langue française ou, lorsqu'ils ne la savent pas, du latin, aujourd'hui quelque peu démodé. — Quant au commerce et à l'industrie, ils sont de leur nature cosmopolites ; l'origine des grandes foires, des bazars de l'Orient se perd dans la nuit des temps. La France a eu, depuis le siècle dernier.
des expositions de tout* genre ; elle y a ajouté les concours et les récompenses qui les accompagnent. C'est encore à l'Angleterre que revient l'honneur d'avoir fait, à Cristal Palace, en 1851, la première exposition universelle. Son exemple a été suivi depuis à Vienne, New- York, Sidney et surtout à Paris. Celle à laquelle la France, après deux autres, avait convié le monde en 1878, a été tellement grandiose, que, de longtemps, on ne pourra pas même tenter de la surpasser.
Partout nous voyons les esprits les plus élevés, les âmes les plus généreuses, s'unir dans la pensée commune de rendre l'existence de l'homme meilleure, en combattant par la science et par la charité, le mal physique et moral, qui étreignent notre race et l'arrêtent dans sa marche vers le progrès. Qui dénombrera toutes les sociétés de bienfaisance, d'encouragement au bien, de sauvetage, de protection des vieillards, des enfants nouveaux-nés et des enfants délaissés, des pauvres animaux eux-mêmes, etc., qui ont été fondées et se fondent tous les jours, faisant les unes le bien au grand jour, y stimulant par des récompenses, par des distinctions de tout genre, les autres en agissant secrètement et en silence, en secourant selon le précepte du Christ, sans que la main gauche sache ce que donne la main droite?
G. — L'aréopage de la paix.
11 reste pourtant un grand conseil à constituer, un tribunal souverain à établir : celui qui aura à veiller au maintien de la paix dans le monde. Car, de tous les maux qui affligent l'humanité, la guerre est le plus grand, puisqu'elle comprend et enfante tous les autres. Ce n'est pas par un congrès de personnes privées, quelque autorisée que soit leur parole, quelque puissante que soit leur éloquence et quelque considérables que soient les moyens d'action dont elles disposent, que ce précieux résultat pourrait être, nous ne disons pas obtenu, mais seulement poursuivi avec fruit. Il faut un congrès de souverains et de diplomates, leurs réprésentants, résolus à