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L'ARÉOPAGE DE LA PAIX

chercher et à assurer l'honneur et le bonheur des peuples, en dehors de toute considération de vaine gloire. Ce congrès devra être permanent et, comme tel, il devra s'attacher à rendre plus nombreuses encore et plus intimes les relations entre tous les groupes de la grande famille humaine. Il devra conclure des traités de commerce, favoriser le libre échange par des unions douanières toujours plus vastes ; car ces unions ne sont que le libre échange localisé. De là au libre échange universel il n'y a qu'un pas, et, le jour où ce pas serait franchi, la politique serait bien malade^ ou plutôt elle serait morte ^ car elle 71 aurait plus de raison d'exister ^ En effet, toute bonne politique doit tendre à mettre fin à celle qui, jusqu'à ce jour, a régné dans le monde et a constitué le fond de l'histoire : cette rivalité malsaine entre les nations, qui cherche l'avantage d'une seule au détriment de toutes les autres. L'hégémonie doit être poursuivie par des moyens légitimes et que la morale avoue ; par des institutions toujours plus parfaites et reconnues telles; par l'éclat que répandent les arts, les sciences, les lettres et même Tinduslrie^d'un pays; par laplms grande somme de bonheur passible obtenue ainsi par tous les citoyens; par le désir qu^une situation aussi prospère fait naître, chez les peuples limitrophes d'abord, chez les peuples plus éloignés ensuite, de suivre le peuple modèle, d'accepter ses conseils, de rechercher son alliance, de s'unir à lui. On peut dire que l'aréopage dont nous parlons existe déjà en germe dans notre vieille Europe. — Les questions qui intéressent la chrétienté de l'ancien continent, ont été plus d'une fois portées devant son tribunal. Nous voulons parler des grandes puissances, réglant aujourd'hui les affaires de la Belgique et de la Grèce, demain celles de la Turquie ei de l'Egypte. Elles étaient cinq autrefois ; une sixième, l'Italie, est venue se joindre à elles, il y a vingt ans, grâce à l'influence de la France. Si les membres de l'aréopage étaient toujours bien d'accord entre eux, le monde serait sauvé. On peut souhaiter que le nouveau monde consente à s'y faire

. 1. Paul Renouard, dans la France du 2i novembre 1879.

représenter par les États-Unis et le Brésil, qu'un siège même * y soit réservé au Japon, le plus civilisé des états non chrétiens. Le tribunal suprême du globe serait constitué ainsi. 11 dépendrait des autres grandes nations de l'Asie et de TAfrique d'y pénétrer à leur tour, si, prenant le Japon pour modèle, elles entraient résolument dans la voie du progrès et de la civilisation. Au-dessous de ce tribunal, siégeant, comme nous venons de le dire, d'une manière à peu près permanente, il pourrait y avoir des assemblées plus nombreuses, plénières, oii les états de deuxième et de troisième ordre seraient invités à envoyer leurs délégués. Le globe pourrait avoir ses deux chambres, analogues à celles qui existent en Allemagne, aux États-Unis, en Angleterre *. La chambre basse serait chargée surtout des questions- toujours plus importantes des impôts, du budget et des finances. En réalité, les parlements des nations avancées en culture intel- Jectuelle seront de plus en plus des chambres de commerce etd'intercourse international. La nation qui, poussée par un égoïsme excessif ou un chauvinisme outrecuidant, ferait mine de vouloir mettre la paix du monde en péril, serait invitée par le congrès à modérer ses prétentions et à accepter le jugement de la majorité des États. Si elle s'y refusait, mise au ban de la civilisation, elle serait réduite par des forces de terre et de mer, fournies par toutes les autres nations réunies. — Nous ne nous dissimulons pas qu'en voulant ainsi imposer la paix, on pourrait hâter quelquefois une explosion et amener même une guerre générale. Nous ne croyons pas à une paix indéfinie, éternelle. Nous voudrions seulement améliorer la situation actuelle qui n'est qu'une espèce d'anarchie. On peut espérer qu'un ordre relatif s'établira un jour, et que la grande famille humaine

1. L'Allemagne formait, il n'y a pas encore longtemps, une confédération ayant quelque analogie avec celle des cantons helvétiques. Le célèbre historien Gerviniis avait exprimé le vœu que la forme de cette confédération de tous les Etats germaniques se rapprochât de plus en plus de celle des États- Unis. L'Europe entière réalisera peut-être sous peu pour son propre compte le projet abandonné par TAllemagne; auquel cas les autres continents pourraient, tôt ou Innl, être amenés à suivre llmpulsion donnée par l'Europe.

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