Niocteenth ceutury, 1879, p
miëre tentative^ trop aventureuse assurément, de découvrir le lien intime unissant, comme on disait bonnement autrefois, le corps à Tàme. Les travaux des docteurs aliénistes ont fait faire depuis des progrès notables à la question ^ 7- Les recherches de Fillustre Claude Bernard, ont répandu une vive lumière sur bien des parties obscures de la physiologie. Mais l'action du principe immatériel sur la matière visible, tangible et mesuraJble, sera-t-elle moins mystérieuse, lorsqu'on connaîtra un peu plus sûrement la source d'oîi elle s'échappe, les voies par lesquelles elle chemine et quelquesuns des moyens qu'elle emploie?
Le principe immatériel semble, tout en gouvernant la matière, se gouverner lui-même d'après certaines lois, mais ces lois ne sauraient avoir la fixité de celles qui régissent la nature inorganique. Prenons cel Le de la d ur ée qui nous '^ intéresse particulièrement. La durée de l'organisme, que ce principe anime et forme, dépend, selon les apparences, des conditions matérielles dans lesquelles cet organisme est renfermé. Ici tout est plein d'incertitudes. Pourquoi le w chien vit-il vingt ans seulement, le cheval trente, tandis que l'éléphant semble pouvoir atteindre un âge très avancé ? Nous ne parlons pas des oiseaux, par exemple du perroquet et du corbeau, qu'on suppose pouvoir v ivre p lus longtemps que l'homme. Et la vie humaine elle-même, quelles sont les conditions organiques qui en déterminent la durée ? Les connaîtra- 1- on jamais bien? Flourens croyait pouvoir démontrer que l'homme était formé pour vivre jusqu'à l'âge n de 200 ans. — Il est vrai, il y a quelques cas, très rares du reste, de personnes qui sont arrivées à l'âge de 140 ou de 150 ans. Des centenaires se rencontrent, de loin en loin, dans toutes les contrées. La Bible dit déjà que la vie de l'homme est peu de chose ; qu'il parvient généralement à l'âge de60^s, et si le sort lui est favorable à celui de 70 ans. Encore ne parlet-elle que d'individus auxquels il a été donné de fournir
I. David Ferrier : de la localisation des ^maladies cérébrales. — Gharcot Sur les localisations motivées dans Cécorce des hémisphères du cerveau.
toute leur carrière ; elle ne tient compte dans son évaluation ni de ceux qui meurent peu de temps après leur naissance, ni de ceux qui sont moissonnés par la guerre ou la maladie , ou qui périssent à la suite d'un des mille accidents auxquels notre existence est exposée. Cette existence s*est améliorée beaucoup depuis un siècle et notamment dans les cinquante dernières années. La moyenne de la vie humaine, qui n'était que de 25, 27, 28 ans, il y a cent ans, est montée aujour-
/^ d'hui à 38, à 40 et même plus haut dans certains pays. Il est très probable que cette situation s'améliorera encore sensiblement. Les gouvernements comprennent tous les jours davantage l'importance qui s'attache à une bonne hygiène et à une éducation forte. En assainissant les villes, en éclairant le peuple, en améliorant sa condition matérielle, en arrêtant au passage les épidémies qui nous viennent de l'Asie surtout, enfin en évitant des guerres inutiles — y en a-t-il qui ne le soient pas? — nous assurerons à notre pays un nombre toujours plus grand d'hommes adultes bien portants et de vieillards robustes, c'est-à-dire des trésors de force, de sagesse et d'expérience pratique, à l'aide desquels on traverse aisément les crises et l'on peut espérer asseoir solidement l'avenir de la nation. Nous estimons qu'on pourra arriver, sur certains points du globe, à élever à 60 ans, la moyenne de la vie humaine. Personne, en effet, ne contestera, qu^un homme vigoureusement constitué et sachant se gouverner, peut atteindre sans efiPort l'Age de 75 ans. Arrivé à ce terme, on peut se dire qu'on a fourni sa carrière et que l'on peut, plein de jours et rassasié du banquet, quitter satisfait ce globe * .
Une vie de 75 ans semble être en effet pleinement suffisante pour développer et conduire à leur perfection relative, chacune des facultés maîtresses (ou forces instinctives ?) que renferme notre âme. Pendant les qu inze ro emières années,
V elles croissent et se déploient tout en restant confondues dans le corps, qui lui-même n'est pas encore entièrement