‹ Les lois de l'histoireChapitre 113 sur 144 · Duncker, II, p · texte numérisé non relu

Duncker, II, p

Nous ayons de ce fait une série de preuves sûres et certaines : en voici peut-être la plus frappante. En 1322, les prêtres de ce pays eurent à intercaler une année entière dans leur système chronologique, parce que n'ayant attribué à Tannée solaire que 36S jours au lieu de 363 7* qu elle renferme, il avait fallu 1460 ans pour que le premier jour du mois de Thot qui en2782, était tombé sur le 20 juillet, jour du lever de Sirius, revîntàsonpointdedépart. Or, nous savons qu'àPorigine le mois de Thot était le premier mois du fruit mûrissant ou germinal — en Egypte, c'est le mois de novembre; — que le premier jour du Thot étaitlejourde Tan; et, comme, en 2782, il était devenu le mois du solstice, c'est en 3282 que le calendrier égyptien a dû être fixé^ C'est là l'opinion de M. Duncker, qui ne paraît pas s'éloigner de celle de Lepsius et de Bunsen. Par ces données astronomiques empruntées aux prêtres de l'Egypte même, il reste établi du même coup, que, dès 3283, non seulement les signes indiquant les mois, mais, comme de raison aussi, les signes de l'écriture avaient été fixés et étaient connus. Si, par conséquent, M. Duncker qui fait régner Menés vers 3233, pense que l'histoire de l'antique Mizraïm pourrait bien remonter à 3300 avant Jésus-Christ, il se trouve, certainement, plutôt en deçà qu'au delà de la vérité. Il y a des savants considérables comme Bœckh et Oppert qui, en ajoutant deux périodes sothiaques entières à celle qui commence en 2782, fixent le commencement des annales égyptiennes à 3702, espérant ainsi établir un accord plus parfait enlre la chronologie et les longues listes de rois transmises à nous par Manéthon. M. Lepsius paraît vouloir adopter un moyen terme : pour lui, Menés aurait vécu vers 3900, chiffre qui permettrait de dater l'histoire de l'Egypte du commencement de la seconde période sothiaque (4242). Cette date se rapprocherait assez de celles auxquelles semblent s'arrêter les tradi-

1. Idem^ 1, p. 34, 35. Les quatre mois qui portent les signes du fruit mûrissant sont : Thot, Phaophiy Athyr, Choiak, répondant à l'origine à nos mois de : novembre, décembre, janvier, février. Ceux qui portent les signes de l'inondation ou de l'eau : Pachou, Paoni, Epiphi, Pharmuthi, répondent à nos mois de : juillet, août, septembre, octobre. Enfin les mois qui, lors de la fixation du calendrier égyptien, portaient les signes de la moisson (en Egypte c'est la •aison de l'hiver) répondaient h nos mars, avril, mai, juin.

lions bibliques (3484, 4004, 4138, 4800) \ On pourrait rappeler, à cette occasion, la remarque faite jadis par Babinet dans une conférence au cercle agricole, et reproduite par le journal la Science, n° 9 : Les dunes qui avancent d'une toise par an, s'étendent à 6000 toises de la mer. Le Tibre dont on a pu >Qonnaître Tétat ancien, s'est envasé. La progression de cet esiyasement ne fait pas remonter l'âge de la terre (Babinet à vsulu parler sans doute de l'état actuel de la surface de la terre) à plus de 6000 ans.

Nous n'avons nullement besoin de prendre parti dans ces questions épineuses. Nous pouvons d'autant mieux, à la rigueur, nous contenter du chiffre le plus bas, que, dans ces horizons éloignés de l'histoire, les faits sont ou absents, ou difficiles à classer, lorsqu'il en existe d'authentiques ; que les évolutions y sont à peine perceptibles, qu'elles le sont moins dans les annales de l'Egypte que dans celles de tout autre pays. Les dates de son histoire n'ont un caractère de certitude qu'à partir de l'époque où l'ancien empire qui avait croulé après une durée de plus de mille ans, fut rétabli (vers 1680). Il est très sûr aussi que l'invasion des Hyksos qui l'avaient renversé ne peut avoir eu lieu antérieurement à l'an 2091, avant Jésus-Christ.

Notre intention ne saurait être de remonter jusqu'à l'origine de notre race. C'est affaire aux géologues, aux astronomes, aux naturalistes. Nous nous attachons à découvrir le point où s'arrêtent les souvenirs du genre humain débutant tard, après tout, dans la carrière de la civilisation. Nous parlons de souvenirs réels, contrôlés par des faits et des documents, et non pas de ceux qui, sans être inventés, ont été fixés, groupés et quelque peu arrangés par les « clercs » d'un âge postérieur. M. Oppert arendu très vraisemblable cette vue que la chronologie hébraïque constitue un système qui est le résultat de certaines combinaisons factices, imaginées et coordonnées assez tard dans les écoles savantes. Cela veut-il dire qu'Abram ne soit pas une réalité, que les tribus cananéennes n'aient pas entretenu avec l'Egypte des rela-

\. Voir riDtroductioD.

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tions qui datent de quatre mille ans, que- Sodome et Gomorrhe n'aient pas subi le sort dont Hercufanum et Pompéï ont été frappés dans des temps plus récents? Évidemment non. On a souvent admiré la distribution, entre les trois lils de Noé, des peuples connus anciennement d'Israël, exposés dans la Genèse — mais cette « première carte géographique » du monde est-elle beaucoup plus ancienne que l'an 1000? D'un autre côté, Hérodote s'informant, lors de son passage à Tyr, de l'âge du temple de Melkart reçut pour réponse que le sanctuaire et la ville avaient été bâtis eu même temps, il y avait deux mille trois cents ans, d'où il s'en suivrait que la fondation de Tyr serait de 2750, notice qui s'accorde avec l'opinion de Lucieu, affirmant que ce temple, comme beaucoup d'autres de la Phénicie, avait été bâti peu de temps après les anciens temples de l'Egypte. 11 faut ajouter que Sidon, d'après la Genèse la ville du fils aîné de Canaan, a été bâti dans les premiers jours de la civilisation naissante, et que, si les dates indiquées plus haut étaient exactes, l'existence de cette ancienne capitale de la Phénicie daterait probablement de l'an 3000 '.

Il est certain que les hommes, même des races privilégiées, ont passé des centaines et peut-être des milliers d'années à franchir les premiers pas qui devaient les conduire à la vie de l'esprit, à une existence meilleure, réellement supérieure à celle de Fâge d'or rêvée par les poètes. Créer un langage complet, répondant à tous les besoins de l'intelligence, découvrir, extraire les métaux et travailler non seulement le cuivre, maïs encore le fer, bâtir la maison et le temple, lancer le navire sur « l'onde perfide » inventer les lettres et les chiffres, mesurer l'espace et le temps, observer les astres, essayer de fixer certains souvenirs à l'aide d'un calendrier primitif, tout cela assurément sont les marques d'une civilisation qui veut naître, qui est née déjà, mais cela n'est pas encore de l'histoire. Mettons qu'il ait fallu mille ans à la race intelligente de l'Egypte pour traverser

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