‹ Les lois de l'histoireChapitre 114 sur 144 · Duncker, I, p · texte numérisé non relu

Duncker, I, p

le noviciat d'une culture supérieure, pour fixer son calendrier rectifié plus tard ; mettons que ces mille ans ne forment pour rÉgypte que « la propédeutique » de Thistoire, l'histoire elle-même s'affirmera par cette date à peu près certaine de 3285, la plus ancienne de toutes les dates plus ou moins problématiques, d'après lesquelles on puisse coordonner les faits principaux de la haute antiquité.

Peut-on expliquer l'étrange précocité de la race égyptienne suivie plus tard d'une si longue immobilité? Nous le pensons. Les plus anciennes populations ont, en croissant et en se multipliant, suivi les cours des fleuves, depuis leurs sources jusqu'à leurs embouchures. Les fleuves ne sont-ils pas des chemins qui marchent? Seulement ils ne se bornent pas à marcher^ ils conduisent et dirigent aussi. Dans les plaines fertiles qui s'étendent le long des bords du fleuve Bleu et du fleuve Jaune, du Gange et de l'Indus, de l'Euphrate et du Tigre, les tribus primitives ont pu aisément pourvoir à leurs besoins, se grouper, réunir leurs forces et donner naissance aux grandes unités des premiers états. Mais l'Egypte a été dans une situation particulièrement privilégiée. Le pays entier, comme dit Hérodote, est un présent du dieu Neilos ; ce dieu a été, en même temps, Tinstrucleur et le guide de ses premiers habitants. En effet ce pays était une verte et fraîche oasis d'une fertilité luxuriante au milieu d'un désert sans limite. Les hommes, installés sur un sol que la nature elle-même prenait soin de fumer tous les ans, qui, avec un minimum d'efforts de la part du cultivateur, produisait des fruits abondants, devaient quitter de bonne heure la vie pastorale pour l'agriculture, pour une vie sédentaire qui procurait, réglait, assurait la propriété. L'inondationannuelle les obligeait de bonne heure de mettre les troupeaux à l'abri de l'eau, de donner de la solidité aux habitations, d'observer les époques de la hausse et de la baisse du fleuve. La durée de cette inondation forçait de pourvoir d'avance à la nourriture des hommes et des bestiaux. Il fallait bien apprendre à vivre avec et sur l'eau, quand la vallée entière était remplie des flots du Nil. Jl fallait bien se décider à marquer les bor-

nés des champs ou à les fixer toujours à nouveau, lorsque l'inondation les avait dérangées ou fait tomber dans Toutli. On apprenait ainsi à bâtir, à mesurer, à étudier les saisons, à observer les astres. Ajoutez que, sur une étendue immense, ni ce fleuve, ni cette terre enfermée entre une double série demontagnes, n'offrent d'obstacle àl'homme. La vieprimitive des tribus devait, dans un pareil pays, être remplacée bientôt par la vie d'un grand état, d'autant plus que les peuplades qui erraient dans le désert et y menaient une vie assez misérable devaient être tentées par l'aspect prospère et florissant de cette terre privilégiée. La politique extérieure aussi bien que les nécessités de Tintérieur réclamaient un pouvoir fort, et la constitution de ce pouvoir soutenu par le régime des castes, celles des prêtres et des guerriers surtout, hâtait puissamment la marche de la civilisation * .

Chinois, Indous, Chaldéens, paraissent être descendus des hautes montagnes et s'être élevés à une culture supérieure au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient des terres que le soleil inonde. La chaleur n^est pas seulement le principe vital du monde physique, elle paraît nécessaire à l'homme aussi pour faire éclore tous ces arts, tous ces métiers, toutes ces industries qui rendent la vie douce et enviable. Si le grand mouveinent de l'histoire va de l'Est à l'Ouest, les premiers hommes paraissent avoir cédé surtout à l'attraction d'un ciel plus clément. Quittant le Nord, ils ont établi leurs principaux centres dans des pays chauds. On dirait même qu'ils ont craint moins l'énervement produit par le soleil torride des tropiques que le froid engourdissant des régions boréales. Ici encore, ce nous semble, l'Egypte a eu d'abord la meilleure part. Car, quoique nous ne connaissions pas bien l'origine de ses habitants — nous ne pensons pas qu'on puisse résoudre le problème en les faisant venir d'une terre lointaine, sans y être autorisé par aucun témoignage — selon toute apparence, ils n'étaient point forcés, comme d'autres peuples, de chercher des conditions d'existence

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