‹ Les lois de l'histoireChapitre 115 sur 144 · Duncker, p · texte numérisé non relu

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plus favorables : ils y étaient tout placés. Si Ton songe toutefois que Menés, fondateur de Memphis et premier roi d'Egypte, est appelé un homme de This, ville située un peu au-dessous de Thèbes, et qu'en 2400 c'est une dynastie thébaine qui s'empare du trône de Memphis, (d'après Ératosihène, Amenemha l" aurait commencé à régner on 2391), que cette dynastie réunit, sur la tête des mêmes rois, les deux couronnes d'Egypte, on supposera, peut-être avec quelque vraisemblance, que la civilisation s'est propagée dans ce pays du Sud au Nord.

Essayons de consulter la cosmographie, si elle peut nous fournir des données aptes à jeter quelque lumière sur les premiers pas, encore incertains, des peuples historiques.

On n'ignore pas que, grâce au mouvement elliptique que la terre décrit autour du soleil, nous sommes, à certains moments, de trois millions de milles anglais plus près de cet astre qu'à d'autres. Quelque étrange que la chose puisse paraître, nous nous trouvons, nous autres, habitants de l'hémisphère septentrional, plus rapprochés du soleil en hiver et nous en sommes le plus éloignés en été, tandis que le contraire a nécessairement lieu pour l'hémisphère austral. Il en résulte que nos hivers doivent être un peu moins rigoureux que ceux des terres antarctiques; et comme la terre tourne plus rapidement dans la partie de l'orbite la plus rapprochée du soleil, notre hiver n'est pas seulement plus doux, mais encore de quelques jours plus court que celui de nos antipodes. Si cet état de choses était changé en l'état opposé, nos hivers coïncidant avec l'époque de l'aphélie et nos étés avec celle de la périhélie, notre climat serait sensiblement changé : nos hivers seraient plus durs et plus longs, nos étés plus chauds, mais plus courts. Or il existe un concours de causes astronomiques (la précession des équinoxes et la

révolution des apsides) qui amène ce changement tous les dix mille cinq cents ans, de façon qu*après cet intervalle la condition des deux hémisphères se trouve intervertie en ce qui concerne notre rapprochement du soleil pendant Tété et la durée relative de nos étés et de nos hivers ; et ce changement s'est reproduit à travers toutes les périodes géologiques*.

Eh bien, à l'heure qu'il est, la moitié des dix mille cinq cents ans pendant lesquels, nous autres habitants de l'hémisphère septentrionale serons la partie favorisée du genre humain sous le rapport du climat, s'est écoulée à peu près ; d'où il suit que l'époque où nos premiers aïeux commençaient à éprouver les heureux effets d'un climat plus doux dont nous jouissons encore, était précisément celle où l'Egypte faisait son apparition dans l'histoire (1880 après Jésus-Christ + 3285 avant Jésus-Christ = 5165). Cette apparition était préparée sans doute, comme nous venons de l'expliquer^ par les efforts d'une civilisation préUminaire qui ne s'était pas encore rendu compte de sa propre puissance. Mais ces efforts mêmes avaient été facilités par la situation exceptionnelle du pays. En effet la révolution que la terre exécute sur elle-même, tous les dix mille cinq cents ans, (ou mieux tous les vingt-et-un mille ans, dans sa position vis-àvis du soleil*) s'est faite la dernière fois du Sud au Nord, c'est-à-dire dans le sens du cours du Nil. Avant 3300 avant Jésus-Christ, c'étaient les contrées australes du globe qui étaient avantagées par un hiver plus court et moins rigoureux, ainsi que par un été plus long et moins chaud. Malheureusement elles ne purent guère en profiter; car presque toutesétaient des déserts (comme en Afrique) ou s'avançaient en pointe dans le grand océan Pacifique (comme en Asie). Seule, l'Egypte était dans cette position particulière que ses

provinces méridionales, situées au Sud de l'équateur, de-

d» Quarterly Heview, July 1879, p. 233. ,

. 2* El} effet, les,10,$&a ne comprenDent que 1^ moitié de la révolution ; c^est tous les 21,000 ans que la terre se retrouve juste dans la même situation visà-tis du fedeU. «^ : c

vaient jouir, pendant des centaines et des milliers d'années, du climat relativement tempéré qui allait appartenir plus tard aux provinces situées sur le cours inférieur du Nil. On voit les conséquences qui découlent de ce fait : la civilisation égyptienne qui, peut-être, était née au sud de la ligne ^ devait descendre lentement avec le fleuve, talonnée par les chaleurs qu'elle laissait derrière elle et attirée par la fraîcheur relative que répandait l'inondation, déplus en plus vaste, du Nil vers le Nord. Elle atteignit ainsi le Delta, puis la Méditerranée, sur les rivages de laquelle elle devait célébrer plus tard plus d'un beau triomphe.

Si l'on considère que les autres grands peuples de la haute antiquité ont dû quitter d'abord les frimas du nord et, pour ainsi dire, se dégourdir lentement, qu'ils ne se sont épanouis que peu à peu, au fur et à mesure qu'ils se sentaient réchauffés par les rayons d^un soleil du midi bienfaisant, on comprend mieux l'étonnante avance qu'ont eue les fils de Mizraïm, jouissant, pendant une longue série de siècles, d'un climat doux et uniforme, d'un sol généreux et, à l'opposé de ce qui se voyait en Asie, allant, pour ainsi dire, au devant de nappes d'eau plus fraîches et d'un ciel chaud encore, mais plus tempéré.

L'histoire s'arrête pour nous oùl'astronomie et la géologie v commencent leur œuvre. La première de ces trois nous ensei- j gne toutefois qu'une très grande excentricité de l'orbite d'une planète ne saurait être favorable au développement d'une race supérieure et intellectuelle, semblable à la nôtre, à cause de l'alternance de froids et de chaleurs extrêmes, consé-^ quence d'une telle excentricité. Or cette excentricité varie beaucoup, quoique très lentement pour notre terre, et M. CroU qui a calculé les variations qu'elle a subies depuis 3 millions d'années, nous assure que, dans les derniers 28,000 ans, elle a été un peu plus considérable que de nos jours ; pendant une période de 30,000 ans, précédant immédiatement les 25,000 en question, l'excentricité aurait été, au contraire, un peu plus petite ; en sorte qu'en remontant 60,000 ans dans le passé, on

ne trouverait pas de changement bien sensible. Puis Texcentricité augmente rapidement : il y a 72,000 ans, elle était deux fois plus grande qu'aujourd'hui, et, deux fois et demie, il y a 100,000 ans. Pendant 50,000 ans, elle descend ensuite jusqu'à n'être que le double de ce qu'elle est actuellement ; puis pendant d'autres 60,000 ans, elle monte et atteint un chiffre 3 fois et demie plus considérable que ne Test celui d'aujourd'hui. C'est dans cette période d'extrême excentricité que les géologues placent la dernière époque glaciaire, époque où l'axe de la terre paraît avoir été déplacé et où les glaces du pôle paraissent avoir envahi le Nord de l'Amérique, l'Ecosse et être descendues jusqu'en Suisse *.

Nous ne voyons pas pourquoi, pendant les 60,000 ans à excentricité peu variable qui précèdent les temps actuels, le genre humain n'aurait pas pu exister déjà, les conditions au milieu desquelles il aurait pu vivre, ne différant pas sensiblement, selon toute apparence, de ce qu'elles sont à présent. Mais, si l'on essaie de remonter beaucoup plus haut dans les fastes du kosmos, on est amené à se demander si les tribus qui erraient alors à la surface de notre globe n'auraient pas appartenu exclusivement à une ou plusieurs races inférieures, prognathes, semblables à celles qui ont peuplé et peuplent encore l'Australie et le centre de l'Afrique. Des Chinois, des Egyptiens, des Sémites et des Aryâs surtout se seraient-ils immobilisés, pendant des milliers et des milliers d'années, dans une vie de sauvages et de cannibales?

Il serait assurément intéressant pour nous, non pas de savoir par quels événements seront marquées les périodes que nous allons avoir à parcourir — c'est impossible, — mais au moins de connaître la direction générale que l'histoire de notre race semble disposée à prendre. Malgré tout le mal

1. Quarterly Revicw, ibidy p. 246, 248. M. CroU a trouvé que 400,000 ans avant l'époque actuelle, l'exceiitricité de la terre était à peu près ce qu'elle est maintenant. Mais il y a 850,000 ans elle aurait dépassé de beaucoup celle de la dernière époque glaciaire; elle se serait élevée alors à 6,750,000 milles anglais, et elle aurait occasionné ainsi une différence de 36 jours entre la durée de rhiver et celle de Tété. Ibid,, p. 246.

qu'on en a dit dans les dernières années, les idées de cosmo-v polîtisme ne cesseront pas, croyons-nous, de faire leur che- ^ min. Le genre humain est un, il se sentira tel tous les jours j davantage, et, de plus en plus, il aspirera à réaliser cette / unité. Cette grande unité n'a-t-elle pas été proclamée dans les principes de notre grande Révolution, et les efforts de la science, ses découvertes merveilleuses, l'invention de la machine à vapeur et du télégraphe électrique sont-elles donc autre chose qu'une application pratique de ces principes? Par les uns et par les autres, l'Orient va se transformer et probablement, avant 1930, la confédération des états européens sera un fait accompli. Nous avons dit plus haut que Gervinus avait rêvé une Allemagne de l'avenir constituée sur le modèle des États-Unis de l'Amérique. On peut plus sûrement encore espérer que TEurope gravitera bientôt autour d'unoumême de plusieurs centres, à Tinstar de la Suisse libre etheureuse, malgré la différence des mœurs, des religions et des langues qu'elle renferme. Qui sait? deux siècles suffiront peut-être à l'Europe pour relier à elle, parla propagande de la science et d'institutions plus humaines, toutes les parties du globe, pour élever jusqu'à elle, non seulement les anciennes populations de l'Asie, jadis les premières du globe, aujourd'hui retardataires ; — mais encore — pour peu qu'elles soient perfectibles — les pauvres tribus errantes des autres continents, si déshéritées de la nature, et livrées aujourd'hui encore à la férocité de leurs instincts barbares.

A quand la convocation des représentants des nations du globe? Quels sujets y traitera-t-on, quels projets y seront agités? On nous répète tous les jours que l'avenir est aux ingénieurs. Adjoignons-leur tous ceux qui font des sciences appliquées leur étude de prédilection ; demandons-leur ce qu'ils comptent faire du globe quand la souveraineté leur en sera attribuée. La science, voilà le mot magique du siècle, voilà la puissance dont on attend tout. C'est à la science pratique que l'on s'adresse aujourd'hui; les spéculatifs n'ont rien à craindre ; ils auront de nouveau leur tour. Si on approuve la division de l'histoire en grands cycles de quinze

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cents ans que non s avons établie, si Ton accepte leur subdivision en périodes et étapes de trois cents et cent cinquante ans, on peut être tenté d*appliquer à l'avenir la règle trouvée valable dans le passé, et de prédire à l'humanité uïi nouveau sommet, le sommet de Fidëal du vrai qu'il faudrait placer entre 2S00 et 2600. Que n'inventera-t-on pas, que n'entreprendra-t-on pas pour rendre la terre plus fertile et plus belle ; pour rendre plus abordables ses hauteurs et ses profondeurs, peut-être plus habitables les régions polaires et les régions brûlantes de l'Afrique centrale, mieux connues alors ; enfin plus saine, plus intelligente, plus raisonnable, et surtout plus morale la race humaine elle-même?

n y a lieu de nourrir de longs espoirs, mais à coup sûr^ les points noirs aussi ne manqueront pas. La prévoyance est .le devoir des races supérieures ; c'est la vraie marque de leur dignité. Il conviendra peut-être de songer à Fan 70001 Ce sera le moment où le monde du Nord, notre monde civilisé à nous, devra se préparer à prendre ses quartiers d'hiver. Nous aurons alors le climat de l'hémisphère austral, des hivers plus longs et plus rudes, des étés plus courts et plus brûlants.

Mais arrêtons-nous devant les horizons gris de l'histoire, où l'œil le plus exercé ne saurait découvrir aucun objet, aucun point déterminé. Aller plus loin ce serait s'égarer dans les contes bleus de la chimère I

Nous ne savons si nous nous faisons illusion, mais il nous semble que la réalité des deux grands cycles de quinze cents ans, dans lesquels s'achèvent les phases de l'idéal du beau et de l'idéal du bien, doit s'imposer à tout esprit non prévenu et réellement versé dans Thistoire de notre race. On nous accordera, peut-être avec un peu plus d'hésitation.

.W3).liiJt.

LEî? ÉVOLUTIONS DE QUINZE ANS 291

que l'etistence des plus anciens foyers de civilîsatioii de l'Asie date au moins de quinze siècles plus loin. L'antiquité de rÉgypte est plus haute encore de quinze cents ans selon les uns, de trois mille selon les autres. Les périodes et les étapes de trois cents et de cent cinquante ans se succèdent aussi, avec une parfaite régularité, depuis mille deux cents ans avant notre ère, jusqu'à nos jours; mais on ne les distingue plus quand on remonte au delà de cette époque, soit que la loi ait été encore en formation, soit que notre ignol'ance des faits nous empêche de la retrouver et de la reconnaître. Ajoutons que tout paraît plus effacé, plus confus, pour ainsi dire plus enchevêtré dans les débuts des peuples, dans le travail des sociétés qui gravissent les hauteurs de la civilisation. Mais lorsque la règle s'est établie enfin, il est à remarquer que le mouvement ascensionnel des races, comme celui de tous les êtres organisés, comprend presque j toujours la plus grande moitié de leur existence. Leur développement est souvent pénible. Mais quand arrive le moment du déclin, comme il ne s'agit plus que de détendre les ressorts, la route devient plus facile, la pente plus rapide et la dissolution ne saurait tai'der. Depuis Alexandre jusqu'à Constantin, il n'y a que six cents ans ; il y en a sept cent cinquante de la gueiTc de Troie au siècle de Périclès. Dans les temps modernes, où l'activité de l'esprit a quelque chose de plus fiévreux qui hâte et qui précipite les événements, la décadence de la théocratie a été accélérée par les longs efforts mêmes qu'elle avait dû faire pour arriver au sommet, et il ne s'est écoulé qu'un peu plus de cinq cent cinquante ans depuis la mort de l'empereur Frédéric II jusqu'à la Révolution française. En revanche, les différentes parties qui constituent la série de faits descendants, se décèlent bientôt à l'œil de l'observateur; elles ont comme des rainures nettes, tranchées, et elles laissent voir au milieu des étapes de cent cinquante ans des évolutions de quinze ans représentant toute l'activité vivace, virile d'une génération, c'est-à-dire de ce qui était considéré, il y a peu de temps encore, comme formant la moitié de la moyenne de la vie humaine, ou de ce

qui constitue la cinquième partie de la vie d'un individu qui aurait fourni sa carrière normale *.

Il est certain que cette gradation, cette hiérarchie d'évoff lutions, d'étapes et de périodes de quinze, de cent cinquante, de trois cents et même de mille cinq cents ans, a quelque chose qui, tout d'abord, séduit l'imagination. Ce qui est certain aussi, c'est que la découverte de la loi des évolutions de quinze ans a été faite il y a longtemps déjà en France. Elle est passée à l'état de vérité banale. Il est juste d'ajouter que c'est dans l'histoire de la France du dernier siècle qu'elle trouve son application la plus naturelle et la plus facile.

C'est dans l'ouvrage d'un certain Soulavie, si nous ne nous trompons pas, que cette vue a été développée pour la première fois avec des preuves à l'appui ^ Soulavie fait obser- '\/ ver que le xvin* siècle offre six générations d'hommes « dont le caractère et les principes ont attiré les regards de tous les ■ peuples éclairés, à cause des grands événements qu'ils ont préparés. » Chacune d'elles, ajoute-t-il, dure à peu près quinze ans, après quoi elle paraît s'user et laisser les affaires à la suivante ^

La première évolution (Soulavie dit période) coïncide avec la vieillesse de Louis XIV qui remplit les premières années du siècle (1700-1715). Les mœurs, les hommes, les principes, les plans de cette génération la distinguent — ce sont les propres expressions de Soulavie — essentiellement de la suivante.

La seconde évolution (1715-1726) contient la régence de Philippe d'Orléans et le ministère du duc de Bourbon, qui n'est guère qu'une longue continuation de la longue minorité du roi. C'est une nouvelle espèce de Français qui paraît pour ainsi dire dans l'histoire.

Dans la troisième évolution (1726-1742), nous voyons le cardinal de Fleury appeler au maniement des affaires une

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