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Introduction du même ouvrage, p. iy, y et suiv

nouvelle série d'hommes d'État. Il voulut gouverner suivant les principes de Louis XIV, dont il n'eut assurément ni le génie, ni le courage ; mais il fit silccéder au moins un nou* veau système d'administration à toutes les folies de la régence.

La quatrième évolution (1742-1756) offre le scandaleux spectacle d'une favorite, dirigeant d'une manière absolue et exclusive les affaires de l'Etat. A la fin, le comte de Steinbach veut partager l'autorité ^vec elle, et Ton voit disparaître les hommes qui soutenaient le système diplomatique de la maison de Bourbon. La signature du traité de 1758 et la nomination du duc de Choiseul inaugurent cette nouvelle quinzaine, pleine d'ignominie et de désastres (1756-1774).

Durant les quinze ans du règne de Louis XVI, depuis 4774 jusqu'à l'ouverture des États généraux (1789), nous assistons à la dissolution de la monarchie féodale, malgré les tentatives louables et incessantes du chef de TÉtat, pour empêcher de terribles catastrophes.

La rapidité des événements, la violence des pouvoirs durant la période subséquente, en expliquent la brièveté relative (1789-4800). Pour M. Soulavie, le gouffre desrévolutions paraissait probablement clos par le règne « réparateur » de Napoléon P'.

Il faut le reconnaître, la périodicité des évolutions que nous rencontrons dans les règnes antérieurs à celui de Louis XVI, n'a rien de révolutionnaire ; on peut la poursuivre en France jusqu'à François I" et peut-être au delà. Car si, depuis la Réforme et l'avènement de la réflexion en Europe ^ la marche des événemeats s'y est dessinée d'une manière plus ferme, ce fait est sensible surtout dans la France, où, grâce aux dispositions naturelles du peuple et à l'admirable situation du pays, l'espritpublic s'est toujours formulé avec le plus de netteté et de précision. Enfin, n'oublions pas que c'est François P' qui inaugura la lutte séculaire entre sa nation et la dynastie de Habsbourg, jusqu'alors la plus puissante de la chrétienté ; que Richelieu réussit à donner à la politique française cette prépondérance qu'elle a conservée depuis lors, à de rares interruptions près ; que par conséquent, indiquer l'his-

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torique des évolution^^, de la pensée française depuis le seizième siècle, c'est presque dérouler celles de l'Europe entière. lie règne de François I?" (1S15-1S47) n'est qu'une longue guerre faite pour soutenir ses prétentions sur l'Italie. Il est divisé en deux parties inégales par la paix de Cambrai, qui n'est qu'une halte ou plutôt qu'une trêve. (1515-1329 ; 1529- 1547.)

Règne de Henri II (1547-1559). Ce roi. abandomie Tltalie et tourne ses efforts du côté de l'Allemagne (Metz, Toul et Verdun). Les huguenots gagnent du terrain. C'est la troisième évolution.

Dans la quatrième, nou's voyons les huguenots devenir un parti politique — synode de 1560 — et menacer jusqu'à Tunité de la France. Ils provoquent ainsi la célèbre ligue que leur oppose le pacte catholique, formant la majorité de la nation (1559-1576).

La ligue ne peut résister aux efforts et au génie du jeune Henri de Béarn, qui néanmoins se convertit, devient maître de Paris et se fait sacrer roi de France (1576-1594).

Le règne réparateur de Henri IV forme la sixième évolution. Ce grand roi succombe aux haines invétérées du parti fanatique qu'il avait pu vaincre, mais non apaiser (1594-1610).

La VII® évolution renferme la minorité de Louis XIlI; c'est un gouvernement de favoris (1610-1624).

VII^ évolution. — Administration de Richelieu (1624-1642).

IXe évolution. — Administration de Mazarin (1642-1661).

X® évolution. — Louis XIV, roi absolu, fait reconnaître par l'Europe la suprématie de la France, à la paix de Nimègue (1661-1678).

XI® évolution. — Toute-j)uigsance de Louis XIV, ébranlée par la révolution constitutionnelle de l'Angleterre (1678-1688). A partir de ce moment, nous trouvons celle-ci à la tête de toutes les coalitions qui combattent la France. La chute des Stuarts porte un coup terrible à Louis XIV et amène le déclin de la royauté française.

XII® évolution. — Lutte de la France contre l'Europe coalisée. Paix stérile de Ryswick (1697) et mortde Charles II, roi d'Espagne, qui conduit à la désastreuse K^^rre de la succession.

LES ÉVX)LUTIONS DlsQUlNZE AN'S 295

Ces douze évolutions oat, réunies, une durée de cent quatre-vingt^inq ans (1515-1700),. ce qui 4onne, pour chacune d'elles, une moyenne de quinze et cinq douzièmes.

L'histoire de Tantiquité classique, ne comprenant que rhistoire de la Grëce et de Rome, est moii)^ compliquée que celle des temps modernes, et sa marche, quoique assez irrégulière, ne semble suivre, comme nous le verrons tout à rheure, qu'une seule et même ligne. L'histoire des derniers siècles, au contraire^ semble prouver que d'autres pays que la France offrent aussi des traces d'évolutions rapides de quinze ans. Telles sont l'Allemagne, et surtout l'Angleterre, à partir du moment ou les* ponséqu^nces politiques de la Réforme se fout sentir. Arrêtons-nous un moment à l'Angleterre.

pe évolution (1625-1640). — Lutte de Charles K contre le Parlement.

II« évolution (1640-1658). — Long Parlement. Révolution. Règne do Cromwell.

III« évolution (1658-1672). — Réaction royaliste. Monk, Charles II et sa politique anti-nationale. Résistance du Parlement dès 1672.

IV« évolution (1672-1688). — Habeas Corpus, Whigs et Tories; Jacques II, chassé du trône par Guillaume d'Orange, en 1688.

V® évolution. (1688-1701). — Guillaume reconnaît les libertés du Parlement et de la presse. Lutte avantageuse contre la France.

VI® évolution (1701-1714). — Guerre contre la France et contre l'Espagne. Annexion de l'Ecosse, en 1707. j

VU® évolution (1714-1727). — Georges I»'^, de la maison dé \ Hanovre. Administration de Walpolê.

VIII« évolution (17274742): —•Gëorgeà II; Gontînuati^^ de l'administration de Walpole.

IX« évolution (1742-1760). — L'Angleterre prend part à la guerre de sept ans, à la suite de laquelle elle gagne le Canada (en 4763). Elle fonde son grand empire de l'Inde.

De 162o à 1760, cent trente-cinq années se sont écoulées, ce qui donne pour chacune dés neuf évolutions une moyenne

de quinze ans. Il arrive ici, comme ailleurs, que deux générations qui se suivent semblent animées de la même pensée. Lorsque de grands souverains ou de grands ministres (Frédéric II de Prusse, le grand Électeur de Brandebourg, Walpole, etc.) restent au pouvoir pendant plusieurs générations, ils sont dominés, toujours sans doute, par la pensée d'augmenter la puissance et la prospérité de leur nation ; mais il est rare que cette pensée, dans un laps de temps aussi long, ne prenne pas des formes différentes, et ne change pas de but et de visées. — Il y a aussi des guerres de trente ans et au delà ; mais alors on rencontrera infailliblement des points d'arrêt, des moments de repos qui, aussitôt, confirment la loi entrevue par Soulavie. Ainsi la guerre de Trente ans qui porte plus particulièrement ce nom, est partagée en deux moitiés presque égales par la mort de Gustave Adolphe, arrivée en 1632; et il est évident que, dès cet événement, la nature de la guerre et la position respective des parties belligérantes furent complètement changées. On peut dire quelque chose de semblable de la première guerre punique, ainsi que de la guerre du Péloponèse *.

La loi des évolutions de quinze ans se vérifie donc, comme nous venons de le dire, dans la plupart des pays qui sont entraînés dans le grand courant de la civilisation. Mais, avec quelque attention qu'on examine l'histoire de ces pays, on n'y trouvera jamais, par les raisons indiquées plus haut, des résultats aussi satisfaisants que dans l'histoire de la France. Celle-ci calque si bien la marche de la civilisation européenne sur le continent, que l'on y retrouve aussi les étapes de cent cinquante ans bien fortement accusées. Ainsi, il y a cent cinquante ans depuis Louis XI, qui commença à humilier et à abattre la noblesse féodale, jusqu'à Richelieu, qui établit le pouvoir absolu sur des bases solides. Cent cinquante ans de plus, et la Révolution française inaugure un régime tout opposé. On le voit, ces deux grandes époques de l'histoire

1. On peut faire mention encore de la guerre de 27 ans, soutenue par TAlbanaiB Skanderbeg contre le Croissant (1440-1467). Elle est divisée en deux parties par la prise de Cionstantinople, en 1453, et les faits qui en déconlôrent.

de France coïncident presque avec les deux époques de l'histoire européenne correspondante.

Si nous examinons l'antiquité au moment où elle touche à son apogée, et que nous la suivions du regard sur la pente qui l'entraîne à la monarchie universelle et absolue d'Auguste, nous voyons éclater à chaque pas la loi des évolutions de quinze ans. Mais l'humanité étant plus jeune, la loi parait sujette à plus d'irrégularité.

l'^e évolution. — Depuis l'expulsion d*Hipplas jusqu'à la bataille de Marathon (510-490) 20 ans

II® évolution. — Depuis Marathon jusqu'à la reconnaissance de rhégémonie d'Athènes (490476). ... 14 »

III« évolution. — Le trésor des alliés est transporté de Délos à Athènes (476-463) 18 »

IV« évolution. — Le système gouvernemental de Gimon Unit avec sa victoire près de l'île de Chypre, et il meurt peu de temps après. Périclès arrive au pouvoir et fortifie la démocratie (463-449) 14 »

V® évolution. — Grandeur d'Athènes sous Périclès, ébranlée par la guerre du Péloponèse (449-431). . . 48 »

VI® évolutiou. — Première phase de la guerre. Paix de Nicias (431-421) 40 »

VII® évolution. — Seconde phase de la guerre. Prise d'Athènes (421-404). . i7 »

VIII® évolution. — Réaction des états grecs contre l'hégémonie oppressive des Lacédémoniens obligés, à la fin de conclure avec la Perse la honteuse paix d'Antalcidas (404-387) 47 >»

IX® évolution. — Défaite des Spartiates à Leuctres. Hégémonie de Thèbes (387-371) 16 »

X® évolution. — Mort d'Epaminondas à Mantinée. Impuissance des Etats grecs et d'Athènes, après la guerre infructueuse soutenue par cette ville contre ses alliés (374-356) ^^ ''

XI® évolution. — Elle s'étend depuis la guerre sainte jusqu'à la bataille de Chéronée et à l'hégémonie des rois de Macédoine (356-338) qui en est la conséquence. . . 18 »

XII® évolution. — Règne et hauts faits d'Alexandre qui meurt à Babel (338-323) . . 45 ans

. XIII® évolution. — Guerres entre les généraux d^Alexandre (les Diadoques). — Le partage de sa succession devient à peu près définitif après la bataille dlpsusen301(323-301) 22 »

La puissance hellénique paraît alors être la première du monde; elle commence à gréciser TAsie et une partie de l'Afrique. C'est juste le moment oti son énergie va faiblir. La force et le progrès historiques appartiendront désormais au peuple de Rome. Rome et la Grèce pourront-elles coexister en nations amies? On pouvait alors douter si les barbares de rOuest triompheraient de la redoutable phalange des Macédoniens. La défaite du brave roi d'Epire, le Charles XII de l'antiquité, trancha la question. Les Grecs et les Romains disputaient plus tard, si Alexandre aurait été plus heureux que Pyrrhus. La bataille d'Ipsus et les quelques années qui la suivirent forment moins une halte dans la marche des événements, que ce que les Allemands appelleraient un Indifferenz:=i onNullpunct entre l'histoire du peuple romain d'une part, et celle des Diadoques de l'autre.

On remarquera dans la seconde série des évolutions de l'antiquité, que celles-ci sont d'une longueur démesurée à Rome pendant tout le temps qu'elle jette les fondements de sa puissance * . On dirait qu'elle veut les jeter pour l'éternité. On sera également frappé de la rapidité avec laquelle se succèdent les catastrophes, du moment que le déclin commence à devenir sensible.

Précisément en l'an 300, les plébéiens étaient entrés en partage de la dernière dignité qui, jusqu'alors, avait été réservée au patriciat : les fonctions de Pontifex Maximus. La République était désormais une vérité à Rome. C'est de là que nous daterons :

1. On peut comparer sous ce rapport les deux administrations de Richelieu et de Mazarin, comme le long règne du ministère Walpole en Angleterre, etc., etc.

La XIV® évolution, pendant laquelle les Romains soumettent définitivement les Samnités et les Sabins. Elle s'arrête à la guerre contre Pyrrhus (300-281). ... 19 ans

XV® évolution. — Guerre contre Pyrrhus. Défaite de ce roi. Prise de Tarente. Soumission de Tltalie entière. Première rencontre avec les Carthaginois (281-264). . 17 ans

XVI® évolution. — Première guerre punique. Les Romains paraissent succomber. Crise. Régulus k Rome en 250 (261-250) 14 »

XVII® évolution. — Fin de la première guerre punique amenée par un dernier effort des Romains (250-241). . 9 »

XVIII® évolution. — Grandeur croissante de Rome, mise en péril par la seconde guerre punique qui éelate en 218 (241-218) 23

XIX® évolution. — Bataille de Zama en 202. Fin de la guerre (218-202) . 16

XX® évolution. — Philippede Macédoine^et, après lui, Antiochus, roi de Syrie, succombent. Bataillede Magnésie. Paix en 189 (202-189). .......... 13

XXI® évolution. — Chute de la Macédoine, après la la bataille de Pydna (189-168) 21

XXII® évolution. — Chute et destruction de Garthage. Rome à son apogée (168-146) 22

XXIII® évolution. — Premières traces de décadence. Les troubles civils des Gracques commencent on 133 (146-133) 13

XXÏV® évolution. — Fin de ces troubles. Mort des Gracques (133-121) 12

XXV® évolution. — Guerre de Jugurtha. Corruptioi. Invasion des Cimbres et Teutons (121-113) 8

XXVI® évolution. — Extermination des peuples barbares. Puissance de Marins (113-101) 12

XXVII® évolution. — Nouveaux troubles. Guerre des alliés qui met Rome à deux doigts de sa perte (101-88). 13

XXVIII® évolution. — Mithridate. Guerres civiles. Proscriptions. Puissance de Sylla qui meurt en 78 (88-78). 10

XXIX® évolution. — Puissance de Pompée, Conjuration de Catilina. Pompée passe au parti populaire et forme, avec César et Crassus, le premier triumvirat (78-60). 18 »

XXX® évolution. — César passe le Rubicon. Ruine des optimates (60-49) H »

XXXI® évolution. — Guerres intestines. Bataille de Philippes (49-42) 7 »

XXXII® évolution. — Octave et Antoine. Bataille d'Aclium. Octave, seul maître (42-31) 11 »

Tl y a à peu près quatre cent quatre-vingts ans de 510 à 31 ; et, comme nous avons cru reconnaître dans ce long laps de temps trente-deux évolutions, nous trouverons une moyenne de quinze ans pour chacune. Même si Ton contestait Topportunité de quelques-unes de nos divisions, si même Ton modifiait certains chiffres, on n'arriverait jamais à un résultat bien différent du nôtre.

Ces petites évolutions, si difficiles à démêler dans les Etats qui présentent les symptômes caractérisés d'une décadence absolue, et quelquefois plus difficiles à reconnaître, peut-être, dans les périodes ascendantes des nations, n'en paraissent pas moins exister à l'état latent, si l'on peut s'exprimer ainsi. Lorsqu'elles ne se signalent pas par des catastrophes, la situation d'un peuple, quoiqu'il se modifie constamment, sous le rapport physique et moral, n'en est que plus normale, plus satisfaisante.

Ce n'est pas encore, malheureusement, le cas de la France. Tout le monde sait que les dates de 181S, 1830, 1848 et 1870 ont confirmé d'une manière redoutable la loi des évolutions de quinze ans. Pour nous, ces évolutions, depuis tantôt cent

(ans, ont le caractère de véritables révolutions. Dans un article devenu célèbre, M. Littré a annoncé l'approche des années critiques dont il a cru reconnaître les symptômes menaçants. ^ Il a fait entendre son caveant consules. Tous les bons citoyens ontle devoir de prêter Toreille aux avertissements de l'illustre savant, qui est en même temps un sage et un libéral éprouvé.

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