PREMIÈRES OEUVRES D^ART CHEZ LES GRECS
de plus; ils inventèrent ou ils importèrent en Grèce Fart de fondre, et ils apprirent aux artistes à monter leurs œuvres en argile. Rhœkos fondit une statue d'airain de la Nuit pour le temple de Diane, et Théodore fondit sa propre statue qui fut fort admirée de ses contemporains. Déjà l'art grec commençait à l'emporter sur celui des cités lydiennes; Alyattes, Krœsos et les rois de Perse, se disputèrent les œuvres de Théodore, de Dipœnos, de Skyllis et de Glaukos de Ghios.
Si rile de Samos* était renommée pour ses fontes, celle de Ghios Tétait pour ses sculptures. C'est que celle-ci disposait du marbre de Paros si recherché pour sa blancheur et si approprié au travail du ciseau. Ge fut Mêlas de Ghios qui, vers 650, fit les premières statues en marbre. Son art passa ensuite à son fils Mikkiades, à son petit-fils Archermos et aux fils de ce dernier : Boupalos et Athénis (vers S40). Tous, ils ornèrent Ghios et Délos dp leurs œuvres, et ils firent les statues de bon nombre de leurs connaissances et amis àËphèse. D'autres statues qu'on montrait à Gléonœ, dans l'Argolide et à Ambracie, étaient dues au ciseau de Dipœnos et de Skyllis.
Après les deux lionnes de Mycènes, le plus ancien monument de la sculpture grecque qui soit parvenu jusqu'à nous, parait être un relief en pierre trouvé à Samothrace. Ge sont trois figures qu'une inscription nous désigne comme étant celles d'Agamemnon et des hérauts Talthybios et Ëpeios. Le roi est assis sur un siège, les hérauts se tiennent debout derrière lui. Les trois tètes se ressemblent beaucoup; les figures notamment de Talthybios et d'Épeios ne se distinguent presque pas l'une de l'autre. Les cheveux sont marqués simplement par des lignes parallèles. L'œuvre appartient évidemment aux débuts de l'art. L'attitude des personnages, une certaine symétrie presque géométrique, une certaine exagération des formes, grâce à laquelle les parties musculeuses paraissent comme gonflées et les parties maigres comme desséchées, rappellent des modèles égyptiens *.
1. Duncker, Histoire de Cantiquité^ IV, p. 112. Cela rappelle les dessins des gravures de la Renaissance, qui détaillent et boursouflent les muscles.
4i DE L'IDÉAL DU BEAU
l'Évolution de la littébature grecque.
Il semble résulter dos pages précédentes que , pas plus dans Téchelle des êtres que les sciences naturelles nous présentent, il ne saurait v avoir de solution de continuité dans la chaîne qui relie entre elles les œuvres deTesprit humain. Les Grecs, quoiqu'ils aient surpassé dans ces œuvres tous les peuples de l'antiquité, ont eu dans les arts et les sciences des prédécesseurs et des maîtres. Il y a pourtant un domaine où, dès les premiers pas, ils ont développé une originalité incontestable, où ils ne paraissent avoir subi aucune influence étrangère : c'est celui des lettres en général et notamment celui de la poésie. Les Égyptiens nous ont laissé des poèmes d'une certaine étendue, qui datent d'une très haute antiquité et qui sont marqués au coin de l'exagération orientale. Ils semblent préluder aux style biblique ; on y rencon tre des passages qui rappellent le parallélisme des versets hébraïques. Les enfants de Sem ont pu être à l'école des poètes de Mizraim ; les descendants de Deucalion ne l'ont pas été. La Chine à conservé quelques vers qui remontent, dit-on, au vingt -unième siècle avant notre ère. Mais ces vers, comme d'autres plus récents, ne sont que des poésies détachées, des inspirations de la muse lyrique, souvent gracieuses, mais qui manquent d'haleine. Nous ne possédons plus les anciens chants de Babel, de Ninive et ceux où les Perses célébraient la gloire de Gyrus et de ses ancêtres. Il nous reste les œuvres épiques si vastes de l'Inde. Mais le Ramayana et le Mababharata fussent-ils plus anciens que l'Iliade et l'Odyssée, qui oserait les mettre sur la même ligne que ces deux chefs-d'œuvre du génie grec encore au berceau? D'un côté, la mesure, le goût, le sentiment de l'art, la puissance de créer des caractères vivants, de dramatiser des événements considérables; de l'autre, la prolixité, le monstrueux, des conceptions chimériques, nul sens de la réalité. La