EXPANSION DE L*IDÉE GRECQUE
que archaïque ; dans la poésie didactique et dans Tépopée : Lucrèce, Virgile et Ovide, dont les deux derniers au moins faisaient parler aux Muses un latin autrement élégant que Plaute. C'était Tâge d'or des lettres à Rome ; mais quoiqu'elles eussent désormais leurs coryphées et des modèles à imiter, Faction de la Grèce ne s'arrêta pas pour cela. C'est quand les auteurs de Vâetas argentea, comme Quinte-Curce, Phèdre, Lucain, Pline, Sénèque, commencent à faire leur apparition, quand la prose nouvelle à traits piquants et à reflets poétiques culmine avec Tacite, que la civilisation grecque célèbre les plus éclatants triomphes. Rome, il est vrai, régnait pa ses armées et par ses légistes :
Tu regere imperio populos, Romane, mémento.
Mais la Grèce continuait plus que jamais à fournir tous les types de la beauté et de la grâce ; ses arts et ses lettres étaient comme le couronnement de l'existence humaine. Les femmes elles-mêmes s'affolaient des philosophes grecs, des livres grecs, des modes grecques. On sait avec quelle verve brutale Juvénal a fustigé ces exagérations. Les grands empereurs Trajan et Adrien ne faisaient qu'obéir à l'impulsion générale, en même temps qu'à l'influence des esprits les plus éclairés et les plus délicats de leur époque, en peuplant les places de Rome de chefs-d'œuvre d'architecture et de statuaire, en relevant partout les sanctuaires et les temples, en instituant partout dans les provinces des chaires publiques où enseignaient les professeurs les plus célèbres. Adrien était grec jusque dans ses vices : il essaya vainement de les pallier par des considérations esthétiques. Stoïcien et vertueux, Marc-Aurèle n'en resta pas moins fidèle aux traditions d'hellénisme consacrées par ses prédécesseurs ; c'est en grec qu'il écrivit ses belles méditations. Ce n'est qu'après lui, quand les barbares envahissent l'empire de toutes parts, qu'on cesse de se préoccuper des exigences d'un art idéal, et que l'on voit pâlir lentement l'étoile si longtemps brillante de l'antiquité païenne.
DÉCLIN ET RENAISSANCE DE L'iDÉE GRECQUE.
Les sources du génie grec n'étaient pas épuisées pourtant. Denysd'Halicarnasse, Diodore de Sicile, S trabon avaient été contemporains de Cicéron et d'Auguste ; Flavien Josèphe était le protégé de Vespasien. Épictète et Plutarque sont les émules des grands auteurs classiques. Arrien entreprit d'être un autre Xénophon, et il ne fut pas indigne de son modèle. Lucien nous représente un Voltaire antique tout aussi original que celui du xvm" siècle ; car nous ne lui connaissons pas de prédécesseur dans la voie oh il semble être entré le premier. Les grandes traditions de la belle rhétorique revivent dans Longin. Au m* et au iv® siècles, on voit fleurir à Athènes, toujours le foyer des arts et des lettres, la longue série des grands néo-platoniciens. Les poèmes d'un Musée, d'un Nonnos, sont d'un âge plus récent encore. Mais ce ne sont plus là que des points brillants isolés, les dernières lueurs d'un soleil qui jadis avait éclairé le monde méditerranéen^ et 'qui maintenant allait s'éteignaut. Les regards étaient tournés ailleurs : un autre astre venait de se lever.
Non, ce ne sont pas les barbares seuls qui ont anéanti la belle antiquité grecque et latine. C'était la lumière intérieure du cœur humain, dont l'ardeur intense fît évanouir les splendeurs de la forme et de la matière. Le christianisme réagit avec une extrême énergie contre les extases sensuelles où les cultes, les arts et les fêtes plongeaient les âmes en les amoindrissant. La beauté qui ne charmait que les yeux et ne flattait que les sens apparaissait comme un danger pour la partie spirituelle, immortelle, la pars melior de l'homme. Ne servait-elle pas à rehausser les séductions des orgies bachiques, les exhibitions d'un théâtre immoral ? On connaît les singuliers ballets qui faisaient fuir déjà Caton l'Ancien. Les poésies erotiques des Ioniens, les plaisanteries d'un