LA BACTRIANE ET LA PERSE
marquer plus haut que les barbares ne sont jamais plus redoutables que lorsqu'ils se sont assimilé les arts, la science et la tactique militaire de peuples d'une culture plus avancée, mais affaiblis déjà par les atteintes du luxe et de la luxure. La Médie s'était affranchie sous Déjocës (720) du joug des Assyriens dont malheureusement elle adopta bientôt les mœurs corrompues. La Perse obtint à son tour Thégémonie de l'Asie avec Gyrus ; lui, ainsi que ses successeurs Cambyse et Darius, tinrent entre leurs mains ce qu'alors on pouvait appeler le sceptre du monde. U y a lieu de supposer que les croyances plus élevées et plus pures du mazdéisme ont donné aux Mëdes d'abord, aux Perses ensuite une grande supériorité sur les nations voisines, supériorité qu'ils ont conservée jusqu'à ce qu'ils aient été énervés par les cultes dissolus de Babel et de Ninive et que leurs rois aient pris les mœurs et les habitudes des sultans de race sémitique. Cependant les Perses, malgré leur bravoure bien reconnue, n'ont pu étendre leur religion aussi loin que les succès de leurs armes. En effet la lutte acharnée des deux principes qui font le fond de cette religion ne devait pas satisfaire l'esprit apathique de la plupart des nations soumises au « grand roi ». Le dogme reléguait la victoire définitive d'Ormuzd dans un avenir trop lointain. On a beau nous assurer qu'Ormuzd et Ahriman se confondent en réalité dans la suprême unité dix Zervane kerene c'est-à-dire du temps infini, il est trop manifeste que nous sommes ici en présence d'une pure abstraction ; ce n'est pas là un Dieu qu'on vénère et qu'on adore. — La tendance du mazdéisme à s'élever aux conceptions spiritualistes nous parait éclater aussi dans le culte des mages. C'est le nom des prêtres de la religion de Zoroastre. Le feu est pour eux la forme visible de la divinité. C'est, comme nous avons vu plus haut, une tradition qui remonte aux premiers temps de la race. Ils entretiennent sur leurs autels une flamme éternelle. Grecs et Romains ont connu cet usage, mais ils n'y ont pas attaché la même importance ; le feu sacré du temple de Vesta n'était qu'une partie de leur rituel et de leur culte si com-
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pliqués. En revanche les Perses ne représentaient leurs dieux ni par des images, ni par des statues. lié méprisaient les Hellènes comme idolâtres, et ils ne se faisaient pas faute de brûler leurs sanctuaires. On sait comment Cambyse se comporta dans les temples de FÉgypte. Manou, premier législateur des Aryâs, leur avait déjà défendu de fabriquer des idoles et de les adorer; mais dans le pays du rêve, des sens enfiévrés et des conceptions les plus monstrueuses de l'imagination, cette défense était restée lettre morte. D'un autre côté la haine de l'idolâtrie rapprocha les Perses d'Israël. Ils se montrèrent sympathiques à cette nation malheureuse. On sait avec quelle bonté elle fut traitée par Cyrus ; on se souvient aussi que Darius autorisa plus de 40,000 exilés à reprendre possession de leur ancienne patrie. Les traditions religieuses qui concernent le premier couple, son séjour dans le Paradis et sa chute, d'autres légendes et données encore sont communes aux deux peuples. Cette communauté remonte-t-ello à l'origine de l'histoire, ou date-t-elle seulement du temps de l'exil? Quoi qu'il en soit, on peut admettre que, par leur religion et plus encore par la simplicité de leur doctrine, les mages ont aplani la route à l'Islamisme, ce judaïsme fanatisé, comme il a été appelé par Hegel *.
li D'autres raisons en dehors de celles que nous venons d'indiquer peuvent avoir arrêté l'extension du mazdéisme ou parsisme. Ce sont surtout les nombreuses observances qui ont trait h la pureté purement physique, aux purifications, aux ablutions à Taide de Turine de vache dans des contrées où souvent l'eau faisait défaut. Enfin il ne faut pas oublier la singulière façon dont les Perses traitaient leurs morts : ils les portaient à des lieux élevés, et là ils les laissaient exposés à des oiseaux de proie, aux chacals et autres bêtes féroces qui devaient en dévorer les chairs. Les corps ne devaient ni être brûlés, — ils auraient pollué le feu, le pur fils d'Auramazda ; — ni jetés à l'eau, — ils l'auraient salie et rendue puante; — ni enterrés, — ils auraient déshonoré la terre, cette belle et humble fille d'Ahuramazda. Les corps des morts sont impurs ; tous ceux qui les ont touchés ont besoin de se purifier, etc. Duncker, II, p. 561 et suiv.
Il est manifeste que le mazdéisme et le corps de doctrines rédigé par Gonfucius ont été appropriés l'un et l'autre à une seule nation; ils ont, comme on dirait aujourd'hui, un caractère marqué de particularisme. Seule la religion de Bouddha a pu se propager en dehors des frontières du pays où elle a pris naissance^ — seule elle a des tendances humanitaires; seule elle a préludé au christianisme.