‹ Les lois de l'histoireChapitre 39 sur 144 · JÉSUS DE NAZARETH · texte numérisé non relu

JÉSUS DE NAZARETH

dispersion même, put vivre non seulement partout, mais toujours. Pour le détruire il eût fallu pouvoir détruire le dernier sectateur de la foi mosaïque. Or, c'est le contraire qui arriva. Le peuple roi ne fut pas celui qui pensa l'être et surtout le rester; il succomba même dans la lutte qu'il allait engager contre une puissance immatérielle. La force qui se croyait invincible, au jour marqué par le destin, ne fut plus que faiblesse. La faiblesse du persécuté, du méprisé, devint la force dominante du globe. Une idée plus durable que celle qui avait donnéjnarssance à l'organisation des anciens états allait relier les hommes des nationalités les plus diverses. L'histoire laissa entrevoir d'autres et de plus vastes horizons. Des entrailles même de l'humanité allait sortir un monde nouveau.

FORME PARfAlTE. — JÉSUS DE NAZARETU

« Soyez parfaits comme votre Père aa ciel est parfait. »

La grande réforme dont nous allons parler avait commencé quelques générations avant la destruction de Jérusalem. Trois sectes se partageaient le peuple juif et l'agitaient de leurs antagonismes : les Sadducéens, les Ësséniens et les Pharisiens. Celle des Sadducéens comptait dans son sein bon nombre de personnes appartenant aux classes riches, aisées; elle s'en tenait strictement à la loi mosaïque, montrait une certaine indifférence pour les discussions religieuses et rejetait la croyance à l'immortalité de l'âme. A l'opposé de ces hommes quelque peu dédaigneux quoique honnêtes et justes, les Ësséniens cherchaient leur satisfaction dans la vie ascétique des cénobites. Ils passaient les jours dans l'abstinence^ dans les jeûnes, dans les prières, pour arriver à la pureté de l'âme et du corps à la fois. La secte la plus nomibreuse et la plus puissante était celle des Pharisiens. Ils étaient actifs, intelligents, instruits et même savants, et ils étalaient volontiers en public une piété minutieuse, exagérée,

Bemlœw. ^

qui s'attachait plus à la lettre qu'à Tesprit de la religion et qui pouvait n'être pas toujours de bon aloi. Ils paraissent avoir représenté ce que nous pourrions appeler peut-être le parti de la politique religieuse officielle du jour.

Jésus de Nazareth parait avoir senti que le moment d'une grande transformation sociale approchait et que les jours (( de l'accomplissement » étaient venus. Il avait compris aussi, sans doute, qu'aucune des trois sectes que nous venons de mentionner ne répondait complètement aux besoins de l'époque. Les Sadducéens n'aimaient pafe la foule et n'en étaient pas aimés, précisément parce qu'elle veut croire et qu'elle est attachée à sa foi. Les Esséniens la troublaient en présumant trop des forces de l'âme humaine. Les Pharisiens lui imposaient, tout en se comportant vis-à-vis d'elle avec une certaine hauteur. Prenant une position intermédiaire entre les Pharisiens et les Esséniens, Jésus fit bon marché des observances et du rituel et se mit à prêcher, au pauvre peuple surtout, l'amour du prochain, la mansuétude et le pardon des injures ; il exigeait la droiture et la pureté du cœur, la candeur et la simplicité dans le langage, l'indulgence pour les fautes d'autrui, l'abnégation et la discrétion dans la bienfaisance. Partout et toujours il contrôle la loi officielle par celle que nous portons dans notre conscience, l'une n'étant que le complément et comme le commentaire de l'autre. Le fond de sa doctrine était humilité sincère et charité active. Étaient-ce là des nouveautés? Pas absolument, puisque Jésus avait coutume de dire qu'il était venu, non pour abolir la loi, mais pour la parfaire. Il n'hésita pas à s'appliquer les prédictions messianiques contenues dans les prophètes, mais il trompa l'attente des fanatiques qui puisaient dans le souvenir des hauts faits des Machabées , l'espérance de vaincre par l'intervention miraculeuse de Dieu la puissance romaine, comme on avait vaincu celle des Grecs. Ne visant qu'à ce qui était possible et sensé, il allait répétant que son royaume n'était pas de ce monde, qu'il fallait donner à Dieu ce qui appartenait à Dieu, et à César ce qui appartenait à César. Il avait en effet une ambition plus haute que celle des

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