L'ISLAM
n'en ont pas moins montré dans toutes les phases de leur développement, un génie profondément différent. En se heurtant elles se sont mêlées sans se pénétrer , et à la seule exception de la Perse moderne, où le terrain avait été longuement préparé, elles ne se sont fondues nulle part. Mais leurs luttes opiniâtres, souvent interrompues et souvent reprises, n'ont pas peu contribué, grâce au choc des idées, à la propagation des connaissances et à l'échange des produits de l'Occident et de l'Orient, qui en ont été la conséquence, et à promouvoir ainsi la cause de la civilisation. Le génie des Sémites est précoce, hâtif et brillant, mais peu fécond; ses périodes d'efflorescence sont de courte durée. Le génie des Aryâs mûrit tard, se développe lentement, mais il projette ses jalons dans l'avenir le plus lointain. La prééminence des hommes de Babel et de Ninive est antérieure à celle des Médes et des Perses. Les Phéniciens ont éclairé la route parcourue plus tard par les trirèmes des Hellènes. Les Carthaginois ont été pendant, plusieurs centaines d'années, maîtres des parages occidentaux de la Méditerranée. Garthage, un peu plus ancienne que Rome, mais attachée à des cultes, à des institutioQS et à des mœurs ayant des milliers d'années de date, disparut à son tour, bien plus vite que sou heureuse rivale, de l'arène où se dispute la primauté des peuples. Lorsqu'enfin ce glorieux monde gréco-romain penche vers le déclin, on voit apparaître soudain à côté des hordes menaçantes du Nord la forte réserve tout intacte d'Israël et des Arabes. — Israël, nous venons de le voir, transfusa sa force dans les veines d'un empire épuisé sans se laisser absorber et même sans s'affaiblir. Par ses souvenirs historiques, Israël remonte jusqu'au long interrègne des Hyksos dansTÉgypte, jusqu'au légendaire Kedor Laomer de Babel. Par sa foi à la fois rationaliste et ardente il a résisté à l'action des premières nations du globe, aux séductions du
Tenirs communs par la différence totale des langues et des croyances religieuses. Les Aryâs pourraient bien être yenus du Paropanise et les Arabes du Nedjd, et les avant-gardes des uns et des autres s'être rencontrés autour des sources de TEuphrate.
bien-être comme aux persécutions du fanatisme. Mais Israël gardant son individualité à travers tous les changements, Israël cosmopolite en même temps qu'éternel, est un exemple unique dans Thistoire. Les autres branches de Tarbre de Sem n'ont pas eu la même fortune; pour s'être rajeunies quelquefois, elles se sont dépouillées plus vite et elles ont fini par dépérir.
Les plus anciens souvenirs des Arabes c'est encore dans la Bible qu'il faut les chercher : Ismaël, fils d'Abram et d'Agar est leur aïeul. Nous savons d'une manière authentique que du temps de la reine de Saba ils échangeaient les produits de leur pays avec ceux de la Palestine. Mais la religiosité quelque peu farouche des Juifs qui, comme on sait, n'ont jamais tenu à faire des prosélytes, ne devait pas engager les enfants du désert à adopter le culte de Jéhovah. Ils restèrent fidèles à leurs anciens dieux jusqu'au moment où le grand mouvement chrétien commençait à ébranler l'Occident et rOrient. Dès lors on peut voir les sectateurs de Moïse et de Jésus se disputer la prépondérance parmi les populations de la presqu'île. Du mélange des doctrines enseignées par les deux prophètes, adaptées aux mœurs et aux anciens souvenirs des hommes de Yemen, naquit cette religion de Mahomet qu'Hegel a appelé un judaïsme fanatisé, Edouard Gans un judaïsme accompli [das beseeligte Juden-^ thurri). En réalité elle se rapproche beaucoup plus de l'antique et simple loi d'Israël que de la foi chrétienne qui constitue un vaste système de croyances et où régnent les aspects les plus divers. Pour des Bédouins celle-ci était trop savante, trop complexe, trop spiritualiste et ascétique surtout. Un seul Dieu remplaçant les trois cents divinités de l'époque payenne, un seul prophète pour l'annoncer et le proclamer, voilà les idées qui, dans leur simplicité un peu sèche, et peut-être à cause de cette simplicité même, enthousiasmèrent les Arabes, les réunirent sous une direction unique et les poussèrent à entreprendre la conquête du monde. Ils se laissèrent d'autant plus facilement gagner au nouvel ordre des choses, qu'il ne présuma pas trop de leur force morale