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et intellectuelle, qu'il leur pennettait la polygamie et leur faisait entrevoir un paradis plein de sensualité. Le dogme du fatalisme {Allah Kebir) tranchait toutes les difficultés, mettait fin à tous les doutes, exactement comme dans le domaine des choses terrestres le sultanat, c'est-à-dire le gouvernement absolu, tout-puissant d'un seul, est le dernier mot de leur (Mrganisftlîoii politique.
Par une série de prescriptions hygiéniques, telles que les ablutions fréquentes, la circoncision, la défense du porc, à laquelle Mahomet ajouta celle du vin, le Coran se tient plus près du Mosaïsme. Il suit encore les traces de ce dernier par la rigidité de ses croyances monothé'iques, par sa haine de la représentation de toute créature vivante, haine qui a amené chez les Arabes la suppression de plusieurs arts charmants, comme la statuaire, et même la peinture et, dans la poésie le drame. Quand on s'interdit de couler des figures dans le bronze, on n'apprend que difficilement à créer des caractères pour la scène. — Comme Mahomet et ses successeurs ont essayé de répandre par le glaive des idées et des mœurs qui se rapprochaient si fort de celles des Juifs, on se demandera peut-être comment il se fait que ces derniers n'aient pas reconnu dans Mahomet leur Messie, et qu'ils ne se soient pas ralliés en masse à ses doctrines. On oublie alors que les Juifs, après tout, se considéraient encore comme une nation, et qu'à cause de cela ils ne pouvaient se décider à renoncer à leurs traditions et à leurs espérances nationales. Puis les plus instruits et les plus intelligents parmi eux ne devaient pas avoir de peine à découvrir, qu'en se tenant en dehors de l'influence de l'antiquité grécoromaine, le Coran rétrécissait sa sphère d'action, et proposait aux hommes un idéal non seulement moins raffiné mais réellement moins élevé que l'Évangile. Il renfermait sans doute les mêmes commandements que la Bible, et il insistait sur la pratique des mêmes vertus ; il inculquait surtout et avec plus d'énergie, si c'est possible, la haine et le mépris de l'idolâtrie. Mais il ne prêchait pas avec la même douceur que le Nouveau Testament la charité, l'abnégation,
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le détachement des choses terrestres; il ne sut pas mettre dans Fâme de ses sectateurs cette délicatesse de la conscience, cette inquiétude toujours renaissante, qu'éprouve le chrétien au sujet de sa propre indignité, inquiétude salutaire et féconde qui Tentraîne incessamment vers les sommets où habite la perfection divine.
On a reproché à Hegel de n'avoir pas su assigner à l'Islam sa véritable place dans les philosophie de l'histoire, d'en avoir fait comme un os double [ueberbein) du judaïsme. Il ne suffit pas de signaler les lacunes qu'ont laissées les maîtres ; il faut tâcher de les combler. Voici notre manière d'envisager la question. : Si l'empire romain, tout en subissant la grande transformation chrétienne, avait pu conserver toute sa vitalité, les attaques des Arabes auraient échoué probablement aux frontières contre la valeur éprouvée des légions. S'il n'y avait pas eu de place sur notre globe pour une Arabie etune Afrique, il y a lieu de croire que nous n'eussions pas vu naître? l'Islam. On peut dire par contre, que si notre planète avait une surface bien plus grande que celle qu'elle présente réellement, si elle contenait un plus grand nombre de continents, de nations et aussi de formes de civilisation, ridéal du bien que nous offre la religion chrétienne garderait toujours sa primauté, puisque notre esprit ne saurait en concevoir de plus élevé. Mais entre le paganisme des temps primitifs et le mosaïsme, entre le mosaïsme et le christianisme, il aurait pu se produire une série de systèmes religieux, plus ou moins originaux, plus ou moins semblables à ceux que nous connaissons , sans que pour cela la marche de Fesprit humain en fût sensiblement changée. L'homme est placé sans doute au-dessus de la nature; mais il en est en même temps le produit, il en fait partie. Nous ne parvenons pas sans peine à classer les milliers de langues qui se parlent sur notre globe. S'il y avait un monde renfermant des centaines de religions, on finirait assurément par y établir iin certain ordre, comme on a essayé d'en introduire dans la flore et la faune de tous les pays, j'allais dire de toutes les parties de la France !
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Aiosi pour résumer notr^ pensée : A une époque où le besoin d'une régénération religieuse se faisait sentir non seulement dans le monde romain, mais encore dans les pays limitrophes de l'Arabie» de la Perse, du Turkestan, etc., la doetrine chrétienne qui avait pleinement satisfait à ce besoin dans le premier ne réussit pas à englober les autres. Par sa complication, sa profondeur et une certaine subtilité, comme par quelques éléments païens, auxquels elle avait cru devoir donner asile, elle choqua Tesprit dés Bédouins, assez sceptiqaes de leur tiature. L'élévation surtout du principe chrétien les laissa indifférents ; ils n'y atteignirent point. L'Islam, a dit G«ins, est le couronnement de la civilisation asiatique — et, aurait-il pu ajouter, africaine. Car c'est dans l'Afrique qu'encore aujourd'hui il fait le plus de prosélytes.
'■ L'Islam nei s'est pas développé ; il est venu au monde adulte et, pour ainsi dire, tout armé. Les Arabes, ses principaux propagateurs, se ruèrent sur les empires désorganisés de l'ancien monde, ainsi que sur les états mal assis des barbares et, dans une dizaine de lustres, ils firent la conquête de la Palestine, de la Syrie, de la Perse, de l'Egypte, de toute la côte septentrionale de l'Afrique. Ils pénétrèrent dans l'Inde ; ils atteignirent la Sicile en 669, ils parurent devant Gonstantinople en 672. L'illustre cité échappa alors à son destin, grâce au feu « grégeois » (le pétrole?) de Kallinikos. Au commencement du viii® siècle ils envahirent l'Espagne, et ils s'avancèrent jusqu'au cœur de la France. L'Europe trembla, l'existence do la chrétienté était en péril. Ce fut Charles Martel qui la sauva, il arrêta les Sarrasins à Tour* et les battit (732). En moins de cent cinquante ans, l'Islam s'était rendu maître de toute la partie méridionale du monde civilisé ; son centre était à Bagdad, ville bâtie par Al- Mansour en 760. Partout où ils s'installèrent, les Arabes faisaient fleurir les sciences et les lettres, surtout la poésie. Ils fondèrent des universités à Bagdad même, à Kufa, à Alexandrie,, à Cordova (en 964). La légende qui fait brûler à Omar la célèbre bibliothèque formée lentement et à grands frais par les Ptolémées, paraît n'être qu'un pieux mensonge. Ils cul-
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tîvaient la médecine, les mathématiques, l'astronomie, la philosophie, enfin ; ils traduisirent Aristote aussi bien qu'Homère. On a fait remarquer qu'ils ont entretenu les relations entre l'Europe et l'extrême Asie, qu'ils ont cherché chez les Chinois le papier que ceux-ci faisaient avec du coton. Dans les arts, notamment dans l'architecture, dont leur reUgion ne leur interdisait pas l'accès, ils sont les inventeurs d'un style qui n'appartient qu'à eux.
Charlemagne, qui s'était laissé battre par eux au passage de Pyrénées,- vécut pourtant en bonne harmonie avec Haroun-Al-Rashid, puisque ce dernier lui fit cadeau d'une pendule à sonnerie [schlaguhr) — et même d'un éléphant. Des relations amicales alternèrent avec des guerres religieuses entre chrétiens et Arabes : ce n'est qu'au xi° siècle que s'engagea la grande lutte des croisades. Victorieux, les sectateurs de rislam n'en furent pas moins arrêtés dans leur marche en avant. Ils s'énervent, ils dégénèrent ; au moment où des Musulmans appartenant à une autre race asiatique, s'emparent de Constantinople, les dernières traces de la puissance arabe vont disparaître de l'Espagne. Mais les Turcs ne sont qu'une horde barbare campée dans la presqu'île du Balkatn. Ils n'ont su ni s'assimiler leurs sujets, ni se fondre avec eux. Leur dégénérescence se révèle jusque dans l'imitation malhabile de la culture européenne ; on peut dire que dans l'Europe ils n'ont plus d'avenir.
L'éclat que les Arabes ont jeté dans l'histoire coïncide d'une manière saisissante avec les siècles les plus sombres de la chrétienté * : c'est d'eux que celle-ci a reçu le flambeau des arts, des lettres et des sciences. Sa lumière commence par éclairer et échauffer doucement les pays du Midi de l'Europe ; elle gagnera insensiblement les climats du Nord. C'est ainsi que nous le voyons passer de zone en zone, de main en main, sans s'éteindre jamais,
1. Peat-ôtre faut-il faire ici une exception pour la Perse. On vil sur son sol les antiques traditions de la Bactrianc fécondées par le génie ardent des Arabes produire une poésie riche et grandiose. Nous citerons la noble épopée de Kerduai, Hafiz, le grand lyrique, le didactique Saadi (1193-1394), le mystique DahelaHeddin Rumi, etc.