‹ Les lois de l'histoireChapitre 46 sur 144 · MARCHE ASCENDANTE DU POUYOIR SPIRITUEL PAPES ET EMPEREURS · texte numérisé non relu

MARCHE ASCENDANTE DU POUYOIR SPIRITUEL PAPES ET EMPEREURS

« Unter dem Krummstab ist gat wohnen. »

Vieux proven^be.

« Il fait bon vivre sous la crosse épiscopale. »

Au VII® siècle, il n'y avait d'ordre et de stabilité nulle part. En Italie, en Espagne, en France les guerres, les migrations, les chutes des règnes et des dynasties se succédaient sans relâche. Seule l'Eglise conserva sa position intacte, elle rétendit même et la fortifia, envoyant ses missionnaires (Wilibrod, Winfried, Ansgar, etc.,) dans les pays du Nord, adoucissant en même temps les mœurs des rudes vainqueurs au milieu desquels elle ne craignait pas de s'établir. L'évêque de Rome ne put compter désormais sur la protection de l'empereur résidant à Byzance, tenu en échec par les barbares du Nord, pris à revers par les Ar^es et impuissant à cause de cela à maintenir la grande unité de l'empire romain. Mais, comme la ville de Paris, la curie de Rome aurait pu prendre pour symbole un vaisseau avec la légende : fluctuât^ nec mergitiir. — Dans la Gaule régnait depuis le commencement du vi* siècle la forte race des Francs. La dynastie qui avait fondé leur domination, surtout dans les provinces du Nord : les Mérovingiens, ayant dégénéré et laissant flotter les rênes, des intendants puissants : majores domus^ avaient pris peu à peu leur place et fini par s'emparer du trône. Pépin le Petit, fils de Charles Martel, pour consacrer une usurpation que les circonstances avaient semblé justifier, franchit les Alpes pour aller au secours du pape Zacharie molesté par les Longobards. 11 se fit nommer patricien de Rome. Son fils Charlemagne se fit couronner empereur romain, renouant ainsi la série interrompue depuis trois cent vingt-quatre ans des anciens Césars. Les

empereurs d'Allemagne se sont toujours considérés comme les continuateurs de ces derniers; ils ont vu toujours dans Auguste leur véritable prédécesseur^ le fondateur de l'institution. D'ailleurs ce point de vue a été celui du moyen âge entier : les Romains ne cessèrent de se croire les fils de Romulus, et on comprend ainsi — ce qui ne s'expliquerait pas sans cela — que le parti des Gibelins ait été presque toujours si puissant en Italie.

Les deux grands pouvoirs qui, pendant plusieurs siècles, allaient diriger les destinées de l'Europe, venaient de se rencontrer, de se reconnaître et de s'unir pour le bien commun de la chrétienté. L'empereur prêtait à la papauté son appui matériel, celle-ci devait donner à la couronne impérisde la sanction morale, le prestige religieux. Cette union, fondée sur des instincts qui ne concordaient pas sur tous les points, n'était pas durable. Des prétentions opposées allaient engendrer une lutte qui est le fond même de l'histoire de ces temps éloignés. Aux époques où la civilisation semble recommencer, la religion résume toutes les forces supérieures, intellectuelles des peuples, et quoique faibles en apparence, ses chefs et représentants obligent toute puissance terrestre-à entrer en composition avec eux.

Sans peut-être s'en douter trop, Charlemagne avança les affaires de l'Eglise. Il fit une guerre implacable: aux Saxons' psuens, en triompha au bout de trente-deux ans, et les força d'embrasser le christianisme. Un peu plus tard les Danois, leurs voisins, se familiarisèrent à leur tour avec la religion nouvelle. Encore un siècle, et nous la voyons pénétrer dans la Hongrie, la Pologne, et la Russie. La Suède, la Norwège et même Tlslande, ce dernier refuge des Skaldes, vonts'ouvrir devant elle. Les rois s'empressaient en général de favoriser la propagande chrétienne, qui était un élément d'ordre et de progrès [instrumentum regni). Déjà aussi l'Eglis'^ s'^ servait bien souvent et dans d'autres cas que ceux du péril extrême « du bras séculier » ; elle établissait partout son influence à côté de colle de la puissance temporéelle. Cen'est pas sans peine, en effet, qu'elle faisait entrer

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