‹ Les lois de l'histoireChapitre 52 sur 144 · Vor dem Sclaven, wenn er die Kette bricht · texte numérisé non relu

Vor dem Sclaven, wenn er die Kette bricht

Vor dem freien Manne erzittert nicht.

en est surtout au clergé si la société moderne ne s'est pas réconciliée avec TÉglise. Groupé autour des congrégations qui ne sont pas populaires et obéissent au mot d'ordre des jésuites, dont le nom n'a pas encore cessé — à tort ou à raison — d'être un sujet de méfiance et même de réprobation dans l'Europe entière, le clergé a l'air à son tour de vouloir jeter à la société le défi audacieux : Sim ut sum^ aut non sim. L'État s'est émancipé, il est devenu laïque, il entend le rester, il délègue ses pouvoirs à des corps spéciaux qui se sont pénétrés de l'esprit qui anime la majorité de la nation. L'armée est l'État combattant et défendant la patrie, la magistrature est l'État qui juge, l'Université doit être l'État qui enseigne. Les clergés des cultes reconnus ne sont encore que l'État préchant, avec l'amour de la même patrie et les principes de la morale éternelle, les dogmes et les croyances qui, malgré leurs différences, servent de sanction à cette morale. Du moment où les membres de ces clergés se livrent à des occupations qui ne sont pas nécessairement dans les limites de leurs attributions, telles que nous venons de les indiquer, l'État a le droit de ne plus les considérer que comme de simples citoyens, soumis à la loi commune. Selon nous, l'Église, au lieu de faire autoriser des congrégations enseignantes et de fonder des universités catholiques, aurait dû accepter le droit commun — ne s'en arrange-t-elle pas aux États-Unis? et n'eût-elle pas été heureuse d'en jouir sous les empereurs romains avant Constantin? — elle aurait dû engager ses lévites à prendre les brevets, à briguer les grades universitaires, à se préparer aux concours des agrégations, à occuper des postes dans les rangs de la vaste hiérarchie de l'Instruction publique. La concurrence aurait eu lieu au sein de l'État et point en dehors de lui ; elle n'aurait eu rien d'hostile. Les mains se seraient serrées, un excellent modus vivendi aurait pu s'établir entre des individus attachés aux mêmes devoirs, habitués à s'estimer et à se traiter avec certains ménagements. Le clergé, à cette politique, aurait gagné en science, en autorité, en popularité. Les professeurs laïques auraient eu à faire preuve de tact et de

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mesure. La conscience du pays n'aurait peut-être pas été troublée ; en aucun cas ce trouble ne serait descendu audessous de la surface. Les ecclésiastiques, en contribuant par leur conduite conciliante à modérer le mouvement, en auraient ressenti Timpulsion et éprouvé les effets heureux. Aux accès brusques de la révolution se serait substituée révolution avec ses sages lenteurs.

Grâce à la rare sagesse qui éclate depuis quelque temps dans les actes de la curie de Rome, on peut être assuré que les choses ne seront pas poussées à l'extrême et qu'on n'aura pas à craindre pour la France ou pour l'Italie, un de ces schismes si fréquents dans les siècles passés. On n'assisterait à la fondation d'églises catholiques nationales qu'au cas peu probable où la papauté, mécontente des aspirations politiques et sociales des peuples latins, ainsi que de la conduite de leurs gouvernements respectifs, rendrait l'observation des concordats ou difficile ou même impossible. D'un autre côté pour que de nombreux millions d'âmes se détachent à% la religion de leurs aïeux, de la religion de la majorité, il faut supposer un clergé tenant une conduite scandaleuse ou blessant le sentiment public par des actes d'une intolérance révoltante. Si pareil changement, ou si l'on aime mieux, si pareille défection pouvait se produire, il n'est guère vraisemblable qu'elle eût lieu au profit du protestantisme, officiel, orthodoxe, mais plutôt d'une de ses formes les plus avancées/représentées parles doctrines d'un Channing, d'un Parker, d'un Coquerel, ou par celles du pasteur Dide.

Les masses se montrent aujourd'hui assez indifférentes pour les querelles théologiques et religieuses ; mais ce serait une insigne erreur que de les croire dépourvues du sentiment religieux, ou même portées à l'athéisme. Le catholicisme, pour inspirer un zèle moins fiévreux que jadis, a des racines profondes dans le cœur des populations du Midi. Leur imagination toujours en éveil se complaît dans la contemplation des pompes d'un culte brillant et prestigieux. Leur pensée, naturellement mobile et inquiète, aime à s'attacher à l'œuvre solide d'une foi absolue, qu'elle n'abandonne jamais com-

plëtement, quoi qu'elle paraisse quelquefois submergée par les flots de la passion. De grands esprits, frappés des incertitudes de la science, ont fini, même à notre époque, par se réfugier dans le giron de l'Église, à Tabri de traditions plus de dix fois séculaires. La foule est grande encore de ceux qui, suivant de pareils exemples, plutôt que de se « reposer sur l'oreiller du doute » cherchent une suprême consolation dans la perspective de la béatitude éternelle s'ouvrant devant quiconque a imposé silence à sa raison orgueilleuse. Ajoutons que l'Église est la plus vaste société de bienfaisance qui existe au monde. Tous les jours on voit se former sous son aile des ordres nouveaux, ingénieux à rechercher et à soulager toutes les misères, à panser toutes les plaies, à remédier autant que possible, à tous les maux de la pauvre humanité. Certes le rôle qui lui reste à jouer est assez beau pour contenter les plus nobles ambitions ; et si elle veut consentir à ne pas contrarier la science dans sa poursuite désintéressée du vrai, àlaisser les peuples s'essayer à toutes l«s réformes que semble exiger le siècle, elle pourra, sublime sœur de charité dont le royaume n'est pas de ce monde, conserver sa puissance sur des millions d'âmes et propager son influence bienfaisante jusqu'aux derniers rivages du temps.

Oui, l'idéal catholique subsistera: il a ses racines dans le ^OBur même de l'homme; il répond à quelques-uns des besoins les plus impérieux de son âme, mais il n'en saurait occuper et absorber toutes les facultés. Le bien peut être réidisé autrement que par une société où dominent des préoccupations exclusivement religieuses. Il se produit même avec plus d'efficacité et sur une plus large échelle, lorsque la raison et la science sa compagne lui prêtent le concours de leurs vivifiantes clartés.

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