HENRI IV ET RICHELIEU
rent alors, sous la direction des Guises, la Saibte Ligue qui fut soutenue par l'argent et les armes de TEspagne. La question était de savoir si la France serait la vassale du royaume qui vivait sousle régime de la « Santa Heramndad. » Iln'enfut pas ainsi grâce à Henri IV qui, pour se reconcilier avec tout ses compatriotes, se décida à abjurer en disant plaisamment que « Paris valait bien une messe » . Il accorda par contre (en 1598) par le célèbre éditde Nantes, à ses anciens coreligionnaires, les mêmes droits qu'aux catholiques, en entourant ces droits de toutes les garanties possibles. Avec le concours d'un grand ministre, Sully, il put rétablir la paix et Tordre dans les affaires du pays, il s'inquiéta du bien-être du moindre de ses sujets (on connaît son mot sur la poule au pot) et il conçut le projet grandiose d'une confédération de tous les États de l'Europe sur la base d'un juste équilibre, destinée à contenir dans des limites plus étroites cette maison de Habsbourg, alors si menaçante pour l'indépendance des peuples. Le couteau de Ravaillac trancha le fil de cette vie précieuse qui promettait à la France un si heureux avenir, et rejeta tout d'abord la nation do nouveau sous l'influence de l'ultra-cléricale Espagne. Il faut le dire, Henri IV a été le seul roi qui ait compris la mission de son pays, qui était de tenir la balance égale entre le Nord et le Midi de l'Europe et • d'aspirer à une sorte d'hégémonie morale, fondée non seulement sur les ressources inépuisables du sol de la France et sur le génie de ses enfants, mais aussi sur l'égalité des cultes, sur la justice de lois régissant des citoyens libres. Il comprit, ce noble esprit, qu'une politique sans honnêteté ne saurait compter sur des succès durables, et qu'il était inique et par conséquent maladroit d'écraser les protestants à l'intérieur, lorsqu'on employait des armées françaises à assurer leur triomphe dans les pays limitrophes.
C'est là pourtant ce que ne craignit point de faire le cardinal Richelieu, grand ministre s'il en fut, mais qui, en cette occurrence, agit encore plusen prince de l'Église qu'enhomme d'État. On peut dire sans doute qu'il avait en vue surtout la constitution de la grande unité française et que la même main
de fer qui réduisit les huguenots, formant un petit Etat dans FËtat, brisa aussi Torgueil des grands. Il nous semble pourtant qu'il a été trop loin et qu'il y avait peut-être autre chose à faire qu'à établir l'autorité absolue du roi et à préparer la révocation de l'édit de Nantes. Révocation funeste qui devait priver la France de milliers de citoyens industrieux et honnêtes, en les forçant de chercher un refuge dans l'Allemagne du Nord laquelle reçut les martyrs de leur foi à bras ouverts. Richelieu lui-même, on peut le supposer, n'aurait jamais signé une mesure aussi insensée. Il secoua l'ascendant que l'Espagne avait failli prendre sur la Cour, et il n'hésita pas à prendre parti pour les princes protestants de FAUemagne qui, après la mort de Gustave-Adolphe, se défendaient à grand peine contre les armes partout victorieuses des Impériaux. Ce fut là un acte de bonne et saine politique; la France se montra ainsi amie du progrès et des lumières; elle affaiblit la puissance des Habsbourg, elle gagna la clientèle qu'elle a gardée depuis, des petits états du Nord, et à la paix de Westphalie la possession de l'Alsace, de Brisaith et du Sundgau.
La guerre de Trente ans a été la grande guerre du XVII® siècle. Elle a été entreprise pour défendre la liberté religieuse en Allemagne d'abord, dans l'Europe entière ensuite. En effet le Danemark, la Suède et la France prirent, 1er uns après les autres, parti pour la cause de la Réforme; celle-ci sortit victorieuse de la lutte. Les républiques de la Suisse et de la Hollande furent reconnues; luthériens et calvinistes obtinrent le libre exercice de leur culte. Le livre des guerres religieuses fut fermé du coup, non, hélas, celui des persécutions, — le sera-t-il jamais? — Un certain équilibre politique s'établit entre les puissances chrétiennes de l'Europe; une partie du rêve de Henri IV était réalisée; car cet équilibre s'était constitué surtout au détriment de la maison impériale de Habsbourg.
LES GOUVERNEMENTS ABSOLUS ET LE PRINCIPE f DE LA GLOIRE. »
Tout à rhonneur, tout à Tamour, D*uD bon Français c'est la devise.
Jean dk Paris {opéra).
A partir du milieu du xvu* siècle, Thistoire de l'Europe prend un autre aspect. La guerre paraît toujours l'état naturel de la société, mais celles que Louis XIY soutient contre tous ses voisins, celles que Charles XII entreprend contre le Danemark, la Russie et la Pologne, celles dans lesquelles Frédéric II s'engage pour conquérir la Silésie et pour s'assurer la conquête de cette province, ne sont plus inspirées par la passion religieuse, ni même par des haines nationales. Leur unique mobile est la prépotence politique. Ce qui les rend possibles, c'est l'autorité aveuglément respectée d'une seule autorité appuyée sur une armée permanente fortement organisée*. Le maintien de celle-ci exige des ressources considérables, et, ces ressources, le commerce et l'industrie seuls peuvent les fournir, excepté dans les cas, rares après tout, où la guerre nourrit la guerre. Le long travail du moyen âge semblait ne devoir aboutir d'abord qu'à un résultat matériel : l'organisation de l'Etat moderne gouverné par la volonté du monarque . « L'état , c'est moi, » s'écria Louis XIV et il entra au Parlement une houssine à la main. Le Sénat de la Suède ayant fait mine de s'opposer aux ordres de Charles XII, ce dernier le menaça de le faire présider par une de ses bottes. De la Russie, nous ne parlons que pour mémoire; tout le monde sait que, depuis Ivan le Terrible, les czars ont fait peser sur leurs
1. Les Anglais n'ont jamais voulu permettre à leurs rois d'en former une. C'est ainsi qu'ils ont pu préserver leur liberté. Encore aujourd'hui les forces de terre de la Grande-Bretagne sont inàignifiantes; elles sont disséminées pour la plus grande partie, dans ses colonies, et l'armée de Tlnde est composée surtout d'indigènes (çipayes).
sujets un despotisme vraiment asiatique. Lorsque les temps de la première effervescence furent passés, les souverains des pays convertis au protestantisme étaient considérés de leurs sujets comme sacro-saints à Tinstar des « oints du Seigneur » de la Bible. Ils prenaient l'autorité illimitée dont ils jouissaient dans la vénération dont les entouraient les populations régénérées par la foi nouvelle. On se rappelle ce que nous avons dit de Henri VIII et surtout d'Elisabeth d'Angleterre. Le roi Frédéric III, de Danemark (1648-70), malgré la guerre malheureuse qu'il avait soutenue contre le roi Charles X de Suède, obtint de ses États l'hérédité de la couronne dans sa famille et l'autorité absolue. Les électeurs de Brandenbourg, plus tard rois de Prusse, ne voyaient aucune entrave mise à leur pouvoir. Frédéric II n'eut pas d'États à convoquer; il se faisait adorer de ses sujets, malgré les durs sacrifices qu'il leur imposait. Il faut le dire aussi, la liberté religieuse que les populations du Nord avaient conquise, leur faisait d'autant plus volontiers supporter le poids de rautorité royale, qu'elles avaient été unies plus étroitement à leurs princes dans leur résistance commune aux prétentions de l'Église. Cette liberté était une véritable soupape de sûreté. On pouvait prédire dès lors que, si la révolution éclatait jamais, elle trouverait dans les pays du Midi, dans les pays catholiques, le sol le plus propice.
Du moment où toutes les forces de l'État se résument dans la personne du souverain, l'idéal officiel de la vie publique n'est plus le triomphe d'un principe religieux, mais bien le triomphe, la glorification de ce souverain même. On n'a qu'à nommer Louis XI V pour rester convaincu de la vérité de notre assertion. Ce que ce dernier voulait, c'était la gloire, et c'était dans la gloire du roi que le peuple se mirait. Charles XII avait toujours le souvenir d'Alexandre présent à la mémoire. Il enivra la Suède du succès dont étaient accompagnées ses premières campagnes si brillantes, suivies de tant de désastres. A quoi songea Frédéric II, lorsqu'il occupa la Silésie à main armée? Qu'on ouvre son livre : Y Histoire de mon Temps; il vous dira lui-même dans la préface : il faut vivre pour la