‹ Les lois de l'histoireChapitre 59 sur 144 · LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LOUIS XIV

gloire, il faut combattre pour elle. Il sait son Plutarque par <^œur ; il a étudié la tactique des grands capitaines de l'antiquité. Les temps du paganisme seraient ils donc revenus? Point. Au-dessous des trônes, au-dessous des rangs serrés des classes nobles, privilégiées, et au sein des classes lettrées même, un nouveau mouvement se prépare.

Louis XIV. ^*

En attendant, c'était le tour de la France de viser à la primauté en Europe, d'y arriver et de s'y maintenir. Au moyen âge, cette primauté avait été disputée entre l'Empereur et le pape ; c'était ce dernier qui avait triomphé ; mais vainqueur et vaincu étaient restés épuisés de la lutte. Au xvi^ siècle, comme nous venons de le voir, ce fut l'Espagne qui essaya de saisir la direction des affaires de la chrétienté. Elle échoua dans ses entreprises contre la Réforme, fortement établie dans le Nord de l'Europe. Mais la Réforme elle-même n'avait encore pu donner naissance sur le continent à aucune puissance de premier ordre. Les grands politiques de la France catholique, Henri IV, Richelieu, Mazarin, avaient compris que les grandes questions de l'Europe avaient cessé d'affecter un caractère purement religieux, et ils n'hésitèrent pas à se mettre du côté des protestants dès qu'il s'agissait de rétablir ou de maintenir l'équilibre entre les états. Louis XIY ou plutôt Mazarin visa plus haut. Louis ne s'était pas plutôt déclaré majeur (en 1651), qu'il s'unit au « régicide » Cromwell pour faire la guerre à l'Espagne. C'est sur l'Espagne qu'il remporta ses plus nombreuses, ses plus fructueuses victoires. C'est elle qui, dans les traités de paix des Pyrénées, d'Aix-la- Chapelle, de Nimègue, fait à peu près tous les frais de l'agrandissement de la France et qui finira par se subordonner à sa grande rivale, on acceptant un petit-fils de Louis pour roi. — • Dès 1668 le « grand roi » semble avoir formé le projet d'une monarchie universelle. En 1672, il essaya de s'annexer la Hollande ; en 1684 et 168S, ses flottes bombardèrent Gênes^

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Tunis et Tripoli ; en 1688, il occupa le Palatinat et il prétendit rétablir sur son trône Jacques II d'Angleterre. Mal lui en prit; car alors Guilaume d'Orange se plaça à la tête d'une coalition formidable comprenant, outre l'Angleterre, FAUemagne, la Hollande, l'Espagne, la Savoie. Malgré une série de succès brillants remportés par des capitaines comme Luxembourg, Catinat, Vendôme, le roi se décida à conclure la paix de Ryswick, sans avoir obtenu de sérieux avantages. Enfin la guerre de la succession d'Espagne, quoique terminée honorablement, acheva d'affaiblir et d'épuiser le royaume. La France resta écrasée sous une dette de 4500 millions de livres. La politique de la gloire, poussée à outrance, avait fini assez piteusement.

Pour son bonheur, le pays, pendant ce temps, avait célébré d'autres triomphes plus sérieux et dont les effets devaient être plus durables. Il avait produit dans toutes les branches de l'art, des sciences et des lettres, de grands hommes qui font aujourd'hui encore l'admiration de leur nation et de toutes les nations civilisées. Sans parler de ministres comme Colbert et Louvois, d'ingénieurs comme Yauban, d'artistes comme Lenôtre, d'orateurs comme Bourdaloue, et Bossuet, qui ignore que les lettres françaises atteignirent à cette époque leur apogée, que des œuvres de Corneille, de Racine, de Molière, de La Fontaine, de Boileau, de Pascal, de La Bruyère etc., excitèrent un enthousiasme général, qu'elles furent traduites, imitées, proposées comme modèles dans l'Europe entière, que plus d'un peuple, que le peuple allemand surtout, pendant plus d'un siècle, faisait sa leoinre favorite des classiques français. La littérature française dut la faveur dont elle jouissait et dont elle jouit toujours, non seulement à la clarté et à la précision élégante de la langue dont elle se sert, mais encore au bon goût de ses auteurs, bon goût puisé aux sources de la belle antiquité ; elle la dut à sa répugnance pour les chimères féodales et ultra-chrétiennes du moyen âge, à son caractère essentiellement moderne et humain. Elle tient ainsi le milieu entre les créatiens souvent profondes mais irrégulières, aventureuses, des

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