LOUIS XIV
peuples du Nord et celles plus brillantes, mais moins nourries de pensées, des hommes du Midi ; elle essaye de réunir dans les siennes les qualités des uns et des autres.
Avec plus de modération, la politique française aurait pu jouer dès lors le même rôle. Mais le « Roi Soleil, » rapportant tout à lui seul, se crut tout permis. Pressurant le peuple pour subvenir non seulement aux frais de guerres incessantes, mais, ce qui était pis, aux plaisirs et aux prodigalités de sa cour, scandalisant les âmes honnêtes par les désordres et le luxe eifrontément étalé de ses favorites, subissant dans sa vieillesse attristée T^^scendant des confesseurs, il mit le comble à ses fautes en révoquant Tédit de Nantes, en s'acharnant à la persécution des huguenots à Tintérieur du royaume, pendant qu^il n'hésitait pas à en faire ses alliés au dehors. Blessant les autres souverains par la fatuité de la toutepuissance, il ne provoqua au sein de la France même que Topposition réservée des jansénistes, des quiétistes, et des anodines utopies du bon Fénelon. Mais la direction de la politique européenne qui, d'après un mot du grand Frédéric, aurait dû appartenir au roi de France, devait glisser peu à peu en d'autres mains. Les désordres do la cour allaient démoraliser la nation, les abus du despotisme sapaient jusqu'aux bases de la monarchie. Ces causes de décadence, unies à une politique vague et capricieuse, devaient hâter l'avènement, sur la scène du monde, des puissances protestantes, la Prusse et l'Angleterre, sans parler de la Russie qui, réformée et réorganisée par un homme de génie, put, grâce à l'indolence des cabinets de Versailles et de Londres, étendre en moins d'un demi-siècle son influence jusqu'au centre de l'Europe. Nous ne voudrions pas souscrire au jugement implacable porté aujourd'hui par bien des personnes sur tout le gouvernement de Louis XIV. 11 faut tenir compte de la différence des temps, des mœurs et des croyances. Mais ceux qui, pour rabaisser notre époque, affectent le plus d'admirer les grandeurs de l'ancien régime, seraient les pre* miers à s'insurger contre lui, s'ils étaient menacés de son i*etour. Le xvii* siècle, après tout, valait mieux que le xvi*;
la loi du progrès qui gouverne le monde, ne s'est pas démentie ici. C'est que, sous Louis XIV, ce qu'il y avait de plus grand en Europe, c'était la France; ce qu'il y avait de plus grand en France sous Henri IV, c'était le roi.
Pierre le Grand.
Ce fut à coup sûr un grand souverain que ce Pierre qui s'expatria pendant des années et ne craignit pas de descendre aux fonctions de simple manouvrier, pour rapporter dans son pays les connaissances, les métiers et les industries du monde civilisé. La Russie moderne est son œuvre. C'est 1 ni qui l'a fait entrer dans le grand concert des puissances chrétiennes, qui a indiqué d'un coup d'œil sûr à ses successeurs la conduite à tenir et la voie à suivre. Quelle que soit l'idée que l'on se fasse du testament du czar Pierre ou plutôt de la véritable mission que l'avenir réserve à la Russie, l'Europe a dû reconnaître en elle, dès les premiers pas^ un jeune géant qui venait de quitter son berceau.
Fr6d6rio le Grand.
Pierre le Grand avait trouvé dans l'esprit des boyards et des vieux Moscovites une résistance que ne devait rencontrer dans son pays aucun des souverains de la Prusse. Attachés à la cause de la Réforme, pour laquelle ils avaient souffert, ils accueillirent avec empressement les protestants persécutés qui, de tous les points de l'Allemagne et de la France, affluaient pour défricher et pour peupler les landes du Brandebourg. C'est en général une population d'élite, celle qui, pour conserver sa foi et sa dignité d'homme, ose quitter ses foyers, « le doux nid qui l'a vu naître » et va courir les dangers de l'exil sur la terre étrangère. Formée d'abord de l'électorat de Brandebourg et des possessions de TOrdre Teutonique, la Prusse, avec ses habitants sobres, patients, pieux et laborieux, devint peu à peu le rempart du prêtes-