DES PRINCIPES MOTEURS DE L^ÉVOLUTION HUMANITAIRE
L*âme humaine esl la mesure de riiistoire humaine.
L^AUTBUR.
S'il y a analogie entre les âges successifs de l'individu et ceux de l'humanité, cette analogie doit se retrouver dans les marques caractéristiques de ces âges. N'est-il pas évident que le principal soin des premiers hommes a dû être celui de se procurer de la nourriture? C'est ainsi que la nutrition de l'enfant constitue la première préoccupation de ceux qui ont mission de l'élever. Ce n'est que plus tard que le petit être apprendra l'usage de ses membres, de ses organes, de ses sens, ces fenêtres de l'âme par lesquelles elle pénètre dans le monde extérieur. Puis cette âme commence à ionctionner elle-même plus ostensiblement par ses trois grandes facultés de la sensibilité, de la volonté et du raisonnement. Ces facultés sont distinctes assurément, mais elles s'impliquent tellement les unes les autres, eUes se prêtent un secours mutuel tellement constant, qu'on peut à la rigueur les considérer comme trois aspects différents de l'âme une et indivisible. Elles existent donc simultanément, et pourtant chacune d'elles exerce à son tour une véritable prépondérance sur les autres. Dans l'ordre du temps, c'est la sensibilité qui a le pas. Elle règne sur le cœur impressionnable de l'adolescent; ses sensations sont violentes, rapides
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et passagères. Il a b&te de goûter à Farbre de la vie, de s'assimiler les choses du monde qui conviennent à son être, de se plonger dans le gran mar delt essere. Mais lorsque rassimilalion s'est faite , lorsque Thomme est enfin mcdtre de ses sens, il s'efforce de rendre au monde une partie de ce qu'il en a reçu, sous une autre forme; il veut agir à son tour, tracer son sillon, laisser quelque vestige de son passage. Puis l'énergie physique commence à diminuer, le besoin de repos se fait sentir, la contemplation prend la place de l'action; l'homme réfléchit, il médite, il comprend ce qu'il aurait dû faire, et il laisse le fruit de son expérience aux générations futures. La sensibilité est donc la faculté dominante du jeune âge, la volonté celle de l'âge viril, la raison surtout celle de l'&ge mûr. Les trois facultés sont perfectibles, comme tout ce qui fait parlie do l'esprit humain. Elles fonctionnent en regard "d'un modèle qui les stimule et les élève. Ce modèle, qui est comme le reflet et la marque de notre origine divine, nous l'appelons idéaL C'est l'idéal du beau qui gouverne et raffine pour ainsi dire, notre sensibilité; l'idéal du bien dirige et ennoblit notre volonté ; l'idéal du vrai pousse notre raison vers des horizons toujours nouveaux. Le premier inspire tous les artistes, depuis l'architecte dépendant jusqu'à un certain point de la matière dont il se sert, qui par les lignes harmonieuses, par le plan grandiose d'un temple. ou d'un palais, nous peint la majesté de celui qui les habite ou est censé les habiter, jusqu'au poète, libre de ses mouvements, nous transmettant à l'aide d'un langage imagé et rythmé, le récit des gloires du passé, exprimant tous les sentiments du cœur humain, les émotions provenant des conflits de notre existence, la vie dans toutes ses phases et sous toutes ses formes. L'idéal du bien fait agir les législateurs, les prophètes, les rois dignes de leur mission, tous les bienfaiteurs du genre humain , dont ils n'améliorent pas seulement le bien-être matériel, mais dont ils élèvent les instincts et dont ils développent le sens moral. L'idéal du vrai enfin ne laisse ni trêve ni repos aux penseurs, aux savants, aux voyageurs
intrépides, qu'ils pénètrent dans les régions torrides de l'Afrique et s'avancent vers le pôle Nord, ou qu'ils s'élèvent dans les couches glacées de l'atmosphère qui enveloppe notre globe. Eux aussi travaillent au bien de leurs semblables; ils s'efforcent de les rendre plus heureux, plus éclairés, plus sages en les initiant à quelques secrets de la science, en leur dévoilant quelques-unes des lois qui régissent cet univers, lois que, nouveaux Prométhée, ils ont dérobées au ciel.
Si nous avons bien raisonné jusqu'à présent, si l'axiome tient bon que les âges de l'humanité ont leurs analogues dans les âges de l'homme, il s'ensuivra que la civilisation, à ses débuts, a produit un nombre considérable de grands artistes, créateurs de chefs-d'œuvre immortels, frappant et élevant l'esprit. des races primitives; que le second âge a été celui des grands réformateurs changeant le cœur des populations dégénérées et malheureuses et les relevant de leur chute ; que nous sommes arrivés enfin depuis quelque temps déjà à ce troisième âge où, sous l'effort réuni d'hommes de génie de tout ordre, la terre devenue la maison de l'homme, semble destinée à être un vaste champ de travail, où l'humanité après s'être formée par le goût, épurée par une morale sublime, s'éclaire sous le faisceau de lumières le plus puissant qu'aient encore contemplé les siècles!
Enfin on doit supposer que ces trois âges étaient précédés d'une longue période de préparation, pendant laquelle les trois grandes facultés maîtresses de l'homme agissaient déjà confusément, où l'imagination, sans atteindre à la beauté idéale, produisait déjà des œuvres grandioses, où les religions avaient donné naissance à ces règles sociales suffisant pour constituer fortement les bases des premiers états ; où les sciences enfin — àl'exception de celle qui aie moins besoin d'expérience, les mathématiques — n'avaient fourni encore qu'une première, une faible carrière.
Il s'agit maintenant de rechercher si les faits confirment cette théorie déduite de l'analogie que nous avons cru reconnaître entre les âges do la vie humaine et ceux de l'humanité.
PÉRIODE DE PRÉPARATION. — l'ORDRE DANS LA FORGE.
Z(i>ov icoXiTixôv âv^ponco;
L'homme eet ud animal sociable.
Aristotb.
Déclarons préalablement que nous ne ferons pas entrer dans le cadre de notre travail la longue, Timniense époque préhistorique de notre race. Nous avons deux raisons à donner de cette exclusion. La première est que si avancées que paraissent les questions concernant cette époque, elles ne sont pas encore suffisamment élucidées ; car les faits sur lesquels on aime à asseoir leur solution, sont loin d'être tous réunis et classés. Puis, toute donnée chronologique faisant défaut, les évaluations présentées par les savants de la durée présumable du genre humain jusqu'à ce jour, varient entre vingt mille et trois cent mille ans et même plus. Il est possible que la science arrive un jour à établir des chiffres plus sérieux, ou à diminuer Técart qui sépare ceux que nous venons d'indiquer. Quant à nous, nous sommes décidé à faire partir nos recherches d'un point que l'histoire puisse atteindre avec une apparence de certitude. Ce point est celui où l'antique Egypte sort des brumes de la mythologie avec Mènes, le chef de sa première dynastie.
Si différents que soient entre eux les peuples qui nous apparaissent à l'aube de la civilisation, Égyptiens, Babyloniens, Hindous, Chinois, auxquels on peut joindre Bactriens et Mèdes, ils ont entre eux certains points de ressemblance, qui ne peuvent être dus au hasard. S'ils ne prouvent pas une origine identique, ils démontrent, à coup sûr, que ces peuples ont traversé des phases de développement analogues. La différence profonde qui sépare les idiomes parlés des anciens habitants de Mizraïm de ceux du bord du Gange comme de ceux des fleuves Bleu et Jaune semble exclure la
possibilité d'une patrie commune au moins pour les temps historiques. Si ces idiomes se sont formés dans les pays où nous les voyons parlés plus tard, une culture originale, indé* pendante a dû naître dans chacun de ces pays. Si néanmoins nous y voyons se produire des faits, des institutions, des situations ou identiques ou similaires, la raison en doit être cherchée dans la nature même de Tesprit humain arrivé à un certain degré de sa croissance, et aboutissant sur plusieurs points à la fois h des résultats analogues.
A. — Politique. -^ ReUgion.
A Torigine des choses les progrès sont lents; mais aussi les traditions se maintiennent longtemps. Le fils reste fidèle au métier, à l'industrie, aux occupations du père. Le même art cultivé par une longue série de générations acquiert uutuhaut degré de perfection. C'est là ce qui explique Tinstition des castes ou (comme en Chine) des classes ; répandues dans tous les empires antiques de l'Asie, les castes ou classes restent distinctes et ne se mêlent que rarement. Souvent, lorsque, comme dans l'Inde, ces castes se composent d'hommes de race différente, cette différence provient de la conquête. Dans ce cas les peines les plus sévères frappent ceux qui essayeraient de franchir ou d'abattre les barrières établies par les lois et les mœurs entre les vainqueurs et les vaincus. C'est bien là la constitution de ces états rudimentaires dont les différents éléments ne se sont pas encore combinés et fondus. Deux forces les contiennent et les gouvernent, l'autoritéreligieuse et le despotisme politique. C'est dire que, dans de pareilles sociétés, il n'y avait pas de droits pour l'individu. Il y avait sans doute des esclaves, mais dans un certain sens tous l'étaient, les femmes encore plus que les hommes , et quoique celles-là chez certains peuples primitifs, tels que Lyciens, Ibères, Pélasges et même en général chez les Egyptiens , paraissent avoir joui d'une grande considération et formé le pivot de la famille et de la société, dans les grands états dont nous parlons, les hommes