FRÉDÉRIC LE GRAND
tantisme sur le continent. Lorsqu'elle fut constituée militairement, placée sous une administration capable et intègre, et entrcdnée dans le mouvement intellectuel qui, continuant celui de la Réforme, agita les esprits au xviii* siècle, il était manifeste que la force et les lumières du Nord remporteraient sur le morcellement de la race allemande du Midi, sur le régime que les jésuites et la noblesse féodale y faisaient peser sur les masses. La Prusse, dirigée par des princes énergiques, rudes même, mais patriotes, devait enlever à la Saxe, qui y avait acquis des droits depuis la paix de Smalkalde, rhégémonie des petits états protestants de 1* Allemagne. Les électeurs de Saxe avaient gaspillé leurs ressources et leur influence pour satisfaire une ambition sans portée ; ils s'étaient énervés dans leur Gapoue, faite à Timi talion de celle de Versailles. Frédéric II de Prusse, qui connaissait cette situation et qui avait deviné la faiblesse de la maison de Habsbourg, à peine arrivé au trône, s'annexa la riche province de la Silésie. Il défendit sa conquête dans trois guerres sanglantes, et, unissant au génie le courage et la modération, il sut faire du petit royaume de Prusse une puissance de premier ordre. On se rappelle que la guerre de sept ans, préparée par Marie-Thérèse pour ramener le roi de Prusse au rang d'un électeur de Brandebourg, fit éclater toutes les grandes qualités de Frédéric II, défendant héroïquement son pays contre l'Autriche, la Bavière, la Saxe, la Russie, la Suède, et même la France, coalisées contre lui. Il n'eut pour alliés que l'Angleterre et quelques petits états du Nord de l'Allemagne. La guerre, qui aurait pu être circonscrite, devint générale, grâce à l'intervention maladroite de la Pompadour qui s'était laissé gagner par l'ambassadeur de Marie-Thérèse. Elle tourna à l'avantage des puissances protestantes, et coûta à la France ses plus belles colonies. Frédéric pourtant était épris de notre pays, de ses lettres, de ses arts, de ses mœurs, de sa grâce aimable. En le jugeant d'après ses écrits, d'après les personnes dont il aimait à s'entourer, d'après le dédain même qu'il témoigna en mainte occasion aux écrivains de sa propre nation, on eût dit qu'il
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nourrissait le projet de fonder sur les bords de la Sprée et de FElbe, une autre France, France du Nord, France militaire et protestante, espèce d'avant-garde de la civilisation occidentale, destinée à entamer la barbarie slave. Malgré son coup d'œil d'aigle, il se méprit sur la très réelle valeur de ]a race allemande; mais l'idée qu'il parait avoir caressée plus d'une fois d'une union intime entre la France et la Prusse, — on sait que des traités d'alliance ont été conclus entre lui et Louis XV — eût, si elle avait pu être réalisée, évité bien des malheurs. On peut même affirmer qu'elle eût été féconde en résultats heureux pour le bien de l'humanité. Grâce à l'infatuation, à l'orgueil aveugle de Napoléon, grâce aussi à l'incapacité de plusieurs des successeurs de Frédéric II, il n'y fut jamais donné suite. On peut se demander quelle attitude ce dernier aurait observée en face de la Révolution française qui allait éclater. On dit qu'il éconduisit Franklin, cherchant des secours et des alliés, en Europe, pour sa patrie en danger. « Ne demandez pas, lui aurait-il dit, à un monarque de l'ancien monde, d'aider à la fondation d'une république dans le nouveau. » La réponse du cabinet de Versailles fut à la fois plus généreuse et plus imprudente. Comme en beaucoup d'autres occasions, il ne craignit pas de donner, par la politique qu'il suivit au dehors, un démenti à celle qu'il se croyait obligé à observer à l'intérieur.
Joseph II.
La réforme des anciens abus, l'amélioration du sort du peuple, le progrès dans toutes les branches étaient alors à l'ordre du jour, dans les pays apparemment les plus réfractaires au mouvement : Joseph II, fils de Marie-Thérèse, jaloux d'élever l'Autriche au rang où Frédéric avait porté la Prusse, s'eflforça de répandre les lumières de la philosophie et de la science modernes au milieu de populations habituées à croupir dans les ténèbres de Tignorance et de la superstition. Il supprima tout d'un coup six cents couvents,