‹ Les lois de l'histoireChapitre 66 sur 144 · C. — Les soienoes · texte numérisé non relu

C. — Les soienoes

Ce sont les sciences proprement dites qui, n'ayant été longtemps accessibles qu'au très petit nombre, devaient faire à la longue leur chemin dans les masses, et placer devant leurs yeux un idéal nouveau, Tidéal du vrai. La loi de la gravitation découverte par Newton fut le premier pas dans la voie du progrès que l'astronomie devait parcourir de nos jours, et dont la loi du spectre solaire, trouvée il y a quelques années à peine, n'est certainement pas le dernier terme. Dans les sciences naturelles ce sont les Hollandais Lœwenhœck et Bœrhave qui s'illustrèrent vers le commencement du siècle; le botaniste Linné vécut vers le milieu; à sa fin brillèrent des physiciens et des chimistes célèbres : Lavoisier, Fourcroy, Haiiy, Saussure, puis Cuvier {Révolutions du Globe) ^ Laplace [Système du Monde). Citons encore les grands circumnavigateurs Anson, Cooke [Découverte de l'Australie), Banks ; les voyageurs Niebuhr et Uumboldt — nous en oublions et des plus distingués — et nous nous ferons une idée de l'immense ébranlement des esprits qui régnait en Europe durant le siècle passé, et qui n'a pas cessé dans le nôtre, ébranleijient qui annonça, facilita et propagea la grande révolution politique.

En effet, les lois qui se dégagèrent des sciences exactes et naturelles, vivement poussées et sérieusement approfondies, ne se trouvèrent plus en harmonie avec les traditions des reli-

sance où serait notre raison de saisir les grands facteurs de Tunivers, on ne saurait conclure à Tlncrédulité en matière religieuse de celui qui s'est efforcé de démontrer cette impuissance. Lorsque Fichte, parti des données fournies par Kant, prétendit être le disciple de ce dernier en développant sa fameuse théorie du moi et du non -moi, Kant réclama énergiquement et déclara que protestant luthérien il avait vécu , et que protestant luthérien il entendait mourir.

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gions révélées, et notamment avec la doctrine d'un Dieu régnant comme un roi absolu au haut des cieux, et intervenant de la manière la plus directe et la plus immédiate dans la marche des événements, la conduite des affaires humaines, et dans Tordre naturel des faits en général. Ce désaccord ne put manquer de porter le trouble dans les consciences et de déranger les bases sur lesquelles reposaient renseignement et l'éducation de la jeunesse. Les études de physique et de chimie se réduisaient à bien peu de chose, il y a quarante ans seulement, dans les gymnases de T Allemagne, et en France feu Cousin lui-même n'aimait pas que, dans les classes de nos lycées et collèges, la physique fût mêlée aux questions de morale et de théodicée. Nous avons vu pourtant que de grands astronomes comme Newton et Kepler, pouvaient être en même temps des déistes fervents et convaincus ; Faraday qui souriait lorsqu'on lui parlait de l'inertie ou de l'impénétrabilité de la matière, n'était pas un incrédule. A chaque nouveau progrès fuit par la science, le grand problème des origines recule dans des horizons plus lointains, et l'œuvre de l'éternel démiurge révèle des proportions à confondre les imaginations les plus hardies et les intelligences les plus puissantes.

D. — L'explosion.

Et vivent ces essaims de la ruche de France, Avant-garde de Dieu, qui devancent ses pas; Comme des voyageurs qui vivent d*espérauce.

Ils vont semant la terre et ne moissonnent pas. Le sol qu'ils ont touché germe fécond et libre...

Lamartine.

De même que les croyances religieuses avaient cessé de répondre aux idées engendrées par les progrès des sciences exactes, appliquées et naturelles , l'équilibre était rompu entre l'état d'une société fondée sur le privilège, sur l'inégalité civile, sur l'intolérance; et l'état des esprits formés et surexcités par les principes d'une philosophie prétendant substituer à des traditions surannées des institutions basées sur la raison et la justice seules. Ces principes étaient devenus

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comme une espèce de Credo universel professé par ceux-là mêmes, contre lesquels ils étaient dirigés et dont ils menaçaient les droits. Ils étaient au xvm® siècle comme Tair que Ton respire ; ils se dégagaient de la lecture des anciens, ils avaient reçu une nouvelle force de la Réforme, ils étaient nettement formulés par tous les philosophes, aussi bien ceux qui Tétaient réellement que ceux qui prétendaient Fôtre. Le nombre de ceux qui lisaient et qui écrivaient ayant centuplé depuis l'invention de l'imprimerie, ces principes s'affichaient sur la place publique, pénétraient dans les salons et, grâce à l'aimable sociabilité française et à son incessante propagande, acquirent une puissance redoutable, irrésistible.

Aussi lorsque le gouvernement, à la suite de la mauvaise administration de la fortune publique et de l'effroyable gaspillage des finances, se vit acculé à une impasse ayant pour unique issue la convocation toujours redoutée et toujours différée des états généraux, ces principes furent le mot d'ordre accepté bientôt par tous les partis ; ils étaient sur toutes les lèvres, s'échappèrent de toutes les bouches et s'imposèrent même à la cour. Comme les murs de Jéricho tombèrent jadis au son des trompettes d'Israël^ laFrance féodale s'écroula aux cris mille fois répétés de « liberté, égalité, fraternité » poussés par les vainqueurs de la Bastille. Dans cet effondrement immense, mais prévu * et inévitable, l'ancienne société ne sut point se résigner. Les sourdes menées des nobles et du clergé, les intrigues des courtisans, el avant tout la malheureuse intervention de l'étranger précipitèrent des crises sanglantes qui devaient compromettre pour longtemps la sainte cause du progrès et de la liberté. La Révolution française avait été accueillie avec un enthousiasme indescriptible par tous les peuples opprimés — et quel peuple alors ne l'était pas un peu, à l'exception de la jeune Amérique qui elle-même venait de s'affranchir du joug de l'Angleterre? — mais tous les

1. Par exemple, par lord Gheslerfield écrivant à son fils que la situation intérieure de la France était telle, quUl fallait s'attendre à y voir éclater une révolution à bref délai.

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