‹ Les lois de l'histoireChapitre 67 sur 144 · L'EXPLOSION · texte numérisé non relu

L'EXPLOSION

esprits modérés, honnêtes, reculèrent épouvantés, lorsque le règne de la Terreur fut inauguré, lorsque tomba la tête d'un roi faible, mais bon; lorsque, en imitation d'une mascarade jouée jadis à Athènes par les séides de Pisistrate, on présentait sous les traits d'une saltimbanque la déesse Raison à l'adoration publique. En traitant comme un vulgaire criminel la personne réputée jusqu'alors sacro-sainte du souverain, on foulait aux pieds le droit divin des rois, comme, en remplaçant l'image du crucifié par une idole vivante et ignoble, on conspuait la religion du Christ, sous l'aile de laquelle avaient grandi soixante générations. On avait renversé ainsi par sa base le vieil édifice vermoulu de la société du moyen âge; mais on n'avait oublié qu'une chose : c'est qu'on ne détruit réellement que ce que Ton peut remplacer. Gomme on avait fait tout à coup table rase, les masses effarées devaient chercher un abri sous les ruines mêmes du grand palais gothique soudainement détruit. C'est ainsi qu'on vit naître ces régimes de transition, empire, monarchie de la branche aînée, monarchie de la branche cadette, tentatives de restauration du passé, qui n'ont rien restauré. Pendant ce temps les soubassements d'une construction plus commode, plus appropriée aux besoins de la société nouvelle, sortaient lentement du sol. Le travail interrompu souvent était toujours repris avec une ardeur redoublée ; on défaisai^t plus d'une fois ce qu'on avait bâti la veille : on ne se souvenait pas assez que le nouvel édifice, quoique établi sur un autre plan, devait se construire avec les mêmes matériaux qui avaient servi à élever l'ancien. — La France agitée, troublée à l'intérieur, combattant au dehors pour son honneur, pour ses principes, et même pour son indépendance, ne perdait ni courage ni espoir. Dans ses bons comme dans ses mauvais jours, elle affirmait sa foi inébranlable dans le droit nouveau ; par sa persévérance elle. encourageait les nations de l'Europe à la suivre et à l'imiter. Elle apportait à celles qui avaient éprouvé les effets de ses ^rmes au moins des institutions plus parfaites, et elle jetait à celles où elle ne pouvait faire parvenir son influence directe, par ses écrits et par la renommée de ses

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hauts faits, l'espoir d'un avenir meilleur. C'est alois que fut lancée cette parole prophétique, devenue presque une réalité de nos joiu-s : La Révolution fera le tour du monde. Les étrangers eux-mêmes qui ne s'inspirent pas des rancunes d'un passé suranné, commencent à reconnaître la mission libératrice que la France remplit depuis bientôt un siècle.

« Il est heureux, dit M. Pyne dans son intéressant ouvrage', que l'invasion ait échoué et que les Anglais aient été repoussés . du sol de la France. Autrement la postérité n'aurait pas eu le spectacle d'une grande nation indépendante cojnme la France, illustrée par une longue série de nobles traditions et par les plus rares vertus. Qui n'admirerait la vive sympathie qu'elle fait éclater pour tout ce qui est beau, généreux et excellent? sa sociabilité incomparable, ses mœurs courtoises, son intelligence brillante? Qui ne reconnaîtrait la bienveillance avec laquelle elle accueille l'exilé politique, l'étranger, de quelque terre qu'il 7ienne? le courage chevaleresque qui lui fait braver tous les dangers, endurer toutes les souffrances pour le bien général de TEuropc? la résistance élastique qu'elle déploie au milieu de revers qui auraient anéanti jusqu'au dernier souffle d'une nation moins vaillante ? et, plus que tout cela, malgré des entraînements funestes et malgré une disposition à se laisser éblouir par des visions trompeuses de gloire, son amour passionné pour le genre humain, amour qui compense tout et qui a pour nous un charme attendrissant, inexprimable. Il n'y a point d'étranger qui, après le séjour de sa propre patrie, ne préfère celui de la France, ce qui prouve que de toutes les nations elle est celle que l'on chérit le plus. » Ailleurs M. Pjme a dit :

« On a remarqué que la France peut se laisser choir quelquefois dans des abîmes où d'autres peuples n'ont jamais plongé, sans être réellement dépravée et sans être profondément atteinte par sa chute. C'est que, semblable à l'ancienne Athènes, quand le moment des passions furieuses est passé,

i. England and France in the fifteenth centurg^ London 1870 (p. 196).

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