‹ Les lois de l'histoireChapitre 72 sur 144 · M. Renan · texte numérisé non relu

M. Renan

2. Nous citerons l'apparition dans nos latitudes de Toïdium et du phylloxéra, fléaux précurseurs peut-être d'autres fléaux plus grands. On peut soutenir aussi que le genre humain renferme en lui-même les priucipes de sa propre destruction. Ces principes, la scieoce eerait-elle impuissante à les combattre?

c'est-à-dire de la science, non seulement par Tutilisation des forces de la nature, par l'étude et l'application dans les limites du possible des lois* qui régissent l'univers, mais aussi par l'organisation de la société sur la base du selfgovemement. Mais le règne du vrai ne saurait s'appuyer seulement sur la raison et les lumières de quelques savants <5lair-semés, il s'inaugure par l'instruction des masses initiées elles-mêmes aux principes de la science et de réconomie politique. Il naît et s'établit d'abord dans les pays qui ont joui d'une liberté précoce et qui de tout temps ont laissé du jeu à l'initiative personnelle. Il n'est pas exact de dire que les Germains ont apporté cette liberté à l'Europe du fond de leurs bois. Ce qui leur est propre, c'est le principe même de la hiérarchie féodale, c'est-à-dire l'attachement voué spontanément à un chef aimé, à qui on engage sa foi en promettant de lui rester fidèle dans, la bonne et la mauvaise fortune. Si l'Angleterre a été le pays non seulement le plus libre, mais aussi le plus anciennement libre de l'ancien monde, cela tient évidemment à des causes spéciales. Elle n'a pas été façonnée à la centralisation romaine, qui civilisait les peuples en les protégeant par des armées permanentes et en les énervant. Si l'Angleterre, après avoir été occupée par les Romains, a été conquise par les Anglo- Saxons, par les Danois, et en dernier lieu par les Normands, chacune de ces conquêtes paraît lui avoir donné un élément de force de plus. Ce n^était pas une nation de lâches qui venait de succomber sur le champ de bataille de Hastings et les 66,000 barons qui, à la suite de la victoire, se partagèrent le sol du pays, n'auraient jamais pu se maintenir, s'ils n'avaient pas traité les vaincus avec une douceur relative, s'ils ne leur avaient pas concédé des droits, si, dès le commencement du XIII® siècle, la « Magna Char ta » n'avait pas été proclamée. M. Pyne a remarqué avec un certain orgueil queles Anglais n'ont accordé le surnom de « Grand » à aucun de leurs rois et qu'ils n'ont attribué cette épithète qu'à la loi qui seule doit être souveraine '. L'Angleterre n'a

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