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DU SELF'gOVERNEMENT EiN ANGLETERRE I9|
été de tout temps qu'une grande commune, où les rois les plus despotiques n'ont pu rester les maîtres qu'autant qu'ils étaient soutenus par l'opinion publique; et lorsque les Stuarts ont essayé de la méconnaître et de la violenter, le 'sceptre s'est brisé dans leurs mains. Le pays s'est levé à plusieurs reprises, lorsque, avec l'aide d'armées permanentes, ces derniers ont voulu fonder la monarchie absolue. C'est grâce à l'absence de cette force mise à la disposition d'un seul homme, au droit de voter eux-mêmes les impôts qu'ils paient, à la liberté de parler, d'écrire et de professer la religion qu'ils ont choisie et qu'ils aiment, que les citoyens anglais ont quelque chose de la majesté des citoyens de la Rome d'autrefois. Le « civis romajius sum » est assurément une fière parole ; nous aimons pourtant davantage le dicton du peuple anglais du xn^ siècle : Every marCs hoiise is àis castle *.
Les Anglais ont porté leurs principes et leurs coutumes avec eux dans les terres qu'ils ont colonisées et même dans les pays où ils se sont établis en maîtres. Ces principes, ces coutumes ont une puissance curative telle, que même les populations vaincues et soumises finissent par se réconcilier avec la race conquérante et s'attacher à une forme do gouvernement qui d'abord leur a été imposée. Quel pays a été plus maltraité que l'Irlande par l'aristocratie protestante de l'Angleterre? Eh bien, ce qui pendant longtemps a paru et a été réellement un régime oppressif et tyrannique, va faire place aujourd'hui à une situation non seulement à peu près tolérable, mais très probablement meilleure que celle à laquelle les Irlandais seraient parvenus par eux-mêmes et par eux seuls s^'ils étaient restés absloument libres, et abandonnés aux conséquences probables de leur esprit propre et de leur tempérament national, et cela uniquement parce que la liberté déparier, d'écrire, de se réunir et de protester avait été laissée aux enfants de la « verte Erin. » — Une simple compagnie de marchands anglais a fondé dans la presqu'île du Gange un empire puissant qui compte à lui tout seul autant
1. Pytie^ p. 202. « La maison d'un chacun est son château fort. »
d'habitants que tout le continent de l'Europe. Les Hindous à coup sûr sont encore loin de s'assimiler sérieusement les avantages de l'existence de leurs maîtres ; ils sont encore pour la plupart emprisonnés dans leurs préjugés religieux. Toutefois une partie d'entre eux commence à s'initier aux douceurs de la vie civilisée ; des Hindous publient des ouvrages en anglais, des femmes hindoues ont marqué comme poètes anglais — et leur situation matérielle et morale est bien au-dessus de ce qu'elle était à l'époque oh ils obéissaient au grand Mogol. — La liberté immense dont jouissent les Français au Canada, les a presque réconciliés avec la couronne d'Angleterre; et la terre des « convicts », l'Australie elle-même, est devenue une terre heureuse et florissante, ayant son parlement et son budget à elle, et reliée à la mère patrie seulement par le faible lien de Yallégeance. Ce lien presque nominal cessera peut-être un jour d'exister, mais la puissance et l'autorité de l'Angleterre n'en seront guère diminuées. Elle aura accompli, instinctivement d'abord, en pleine connaissance de cause ensuite, la vraie mission de tout gouvernement digne de ce nom : rendre les populations qui lui sont confiées capables de se gouverner elles-mêmes. N'ayant jamais été soumise, d'une manière durable au moins, au règne du bon plaisir, elle a renoncé, depuis les temps de Henri VH, à la vaine gloire des guerres et des conquêtes, en Europe du moins. Elle ne s'est pas souciée de verser le sang de ses enfants pour la grandeur de ses dynasties. Elle a recherché dans sa politique de plus en plus le bien du grand nombre. Commerçante par nécessité, industrieuse par goût, elle a dû favoriser partout le règne de la paix et de la liberté. C'est donc en général pour conserver ces deux précieux biens au genre humain, que l'Angleterre tire l'épée, lorsque la lutte lui est imposée. Elle peut avoir défendu quelquefois avec âpreté les intérêts matériels de ses citoyens ; toutefois elle a aussi à son avoir des actes d'un désintéressement rare dans les annales des monarchies absolues, comme par exemple la cession à la Grèce des îles ioniennes. S'il y a eu un reproche sérieux à faire aux