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L'ENFANTEMENT DU SELF-GOVERNEMENT EN FRANCE

résistibles, et lui imposa, avec sa volonté, sa dynastie qui contracta plus d'une alliance de famille avec les dynasties les plus vieilles et les plus glorieuses de la chrétienté. Nul doute que si, après des triomphes inouïs, il avait pu se décider à régner constitutionnellement sur son pays agrandi jusqu'au Rhin, l'Europe n'eût accepté pour longtemps, peut-être pour toujours, l'hégémonie de la France, et que le courant de la Révolution, comme jadis en Angleterre, n'eût été endiguée. Malheureusement son ambition insensée perdit tout. Les peuples qui, pour nous servir d'une expression de feu Gans, voulurent jouir de nouveau de leur individualité, se serrèrent autour de leurs rois; ils se coalisèrent contre celui qui désormais leur apparaissait comme un usurpateur. Les souverains de la « sainte-alliance » ramenèrent l'ancienne dynastie des Bourbons, et crurent ramener avec elle l'ancien régime. Pour assurer davantage le repos de l'Europe, on imagina d'affaiblir encore ce régime par l'établissement d'institutions parlementaires calquées superficiellement sur celles de l'Angleterre. N'était-ce pas la suppression des états généraux qui avait rendu la puissance du roi de France si prépondérante en Europe? On peut contester cette manière de voir, on peut soutenir que l'établissement d'institutions parlementaires fut une concession obligée aux idées du temps qui l'imposaient au lendemain de la victoire, et que ce fut là comme une première forme — encore rudimentaire et emboîtée dans les gangues du passé de la future politique de paix et de liberté ! — La France n'y vit qu'une réaction destinée à l'amoindrir. Cette réaction se trouva bientôt aux prises avec des difficultés inextricables. Le paysan devenu propriétaire, le bourgeois devenu l'égal du noble, étaient restés fidèles aux principes de 1789, comme le peuple d'Athènes s'était attaché aux lois de Solon respectées par le tyran même qui s'était emparé du pouvoir. Paysans et bourgeois accueillirent froidement une dynastie qui n'avait rien appris et rien oublié, qui considérait la Révolution comme un accident, croyait toujours régner en vertu du droit divin et cherchait ses principaux appuis dans les classes désormais

impopulaires de la noblesse et du clergé. Elle faisait agir en même temps une vaste hiérarchie de fonctionnaires sceptiques, attachés surtout à leurs places, et représentant désormais la plupart des capacités de la nation. Elle blessa le sentiment national par une série de lois réactionnaires (le milliard des émigrés, la loi sur le sacrilège, etc., etc.), et elle se heurta bientôt contre la presse et la représentation nationale, ces deux expressions, exagérées quelquefois et mobiles, mais, prises en bloc, toujours sincères et respectables, de Topinion publique librement manifestée. Le pouvoir aveuglé par des conseillers serviles tenta de leur faire violence : il succomba dans la lutte contre les masses populaires imprudemiment provoquées.

Louis-Philippe descendit d'un échelon des hauteurs aristocratiques où s'était tenue la branche aînée, il tendit la main à la bourgeoisie. Mais, obligé de défendre péniblement Tautorité de la France contre une Europe toujours en défiance contre la révolution renaissante, il ne sut pas ouvrir une porte assez large à la démocratie et essaya vainement à son tour de retenir, en face des aspirations constitutionnelles du pays, les traditions affaiblies déjà et tant soit peu dissimulées du gouvernement personnel. Ceux qui ont vu tomber un souverain aussi modéré, aussi clément et aussi éclairé, ont pu regretter qu'il n'ait pas suivi à temps les conseils de Thiers qui, dès 1830, avait trouvé la vraie formule d'une monarchie limitée possible en France : w Le roi règne et ne gouverne pas. » Il est certain qu'il n'eût pas suffi, pour sauver le trône des Bourbons, d'augmenter le nombre des électeurs parTadjonction des capacités ; il eût fallu déclarer électeur tout homme ayant le jus militiœ en temps de paix, c'est-à-dire tout garde national. Le droit de voter et l'honneur de porter l'uniforme auraient été un but indiqué à tous et une récompense qui aurait dignement couronné la vie d'un ouvrier honnête et laborieux.

La nation, voyant que deux fois le parlementarisme avait amené des catastrophes, ou n'avait pas su les conjurer, se jeto pour la seconde fois dans les bras de l'empire. Aussi c€

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