LA NOBLESSE
avaient des vengeances et des convoitises à assouvir. Pour eux, liberté signifiait le pouvoir de tout faire sans contrôle ; égalité : participation à toutes les jouissances et occupation de la première place ; fraternité : utilisation de la communauté au profit de soi-même. C'était le renversement de toutes les saines notions. Mais le moyen de faire comprendre à des hommes incultes ou infatués que liberté signifie soumission aux lois ; égalité : participation légale à des droits abstraits ; fraternité : abnégation de soi-même au profit de la communauté ^ ? Tant que la foule n'aura pas compris ces vérités, la cause de la Révolution ne saurait être considérée comme gagnée. Jusqu'à présent elle ne semble y voir que celle du seul prolétariat. La politique est la science des compromis, et, àTheure qu'il est, tous les partis eu France paraissent encore intransigeants. Si chacun voulait se serrer un peu, il y aurait de la place pour tous. L'ouvrier arrive au rang du bourgeois par l'épargne ; le bourgeois peut arriver à tout par le talent et l'utile emploi du capital. S'est-il donc agi d'anéantir la noblesse? Eh non, on n'anéantit pas la nature des choses. Nobles sont ceux qui sont dignes d'être connus (gnobilis de gnosco)^ les meilleurs (dfpiaToi) ceux qui — pour parler avec Aristote — unissent à d'anciennes richesses d^anciennes vertus. Chaque fois qu'un homme de valeur {homo novus) réussit à transmettre aux siens, avec une grande situation, l'excellence morale ou intellectuelle, il y a noblesse, que l'État y attache sa marque, oui ou non. On n'a voulu retirer à cet ancien corps que le privilège. On respecte le prestige que lui prêtent de grandes traditions. Il s'est souvenu de l'ancienne devise : Noblesse oblige. Il a montré, durant « l'année terrible », une bravoure, un esprit de sacrifice qui rappellent les plus beaux temps de la chevalerie. Mais n'a-t-il pas d'autres devoirs à remplir envers la patrie, s'il prétend y garder son rang? et se diminuera-t-il en entrant en lice avec tous dans le grand concours des dévouements et du travail intellectuel ? Le vrai but du citoyen ne doit-il pas être de servir le pays? Heureux celui qui peut le servir mieux