C. — Arts
Ni les institutions, ni les croyances, ni le savoir, ni l'histoire de ces antiques empires n'exercent plus aucune action sur les hommes de notre époque actuelle. Excepté pour les érudits et les classes lettrées ils seraient comme s'ils n'avaient jamais existé, n'étaient les arts où ils ont jeté un vif éclat. Les hommes des premiers âges comptent, pour étonner la postérité, moins sur la parole « ailée », même lorsqu'elle est soutenue par le rythme, même lorsqu'elle est fixée sur la pierre et le marbre, que sur la pierre et le
PÉRIODE DE PRÉPARATION. — L'ORDRE DANS LA FORCE 3i
marbre mômes transformés eu moaumenls durables. Je ne sais qui a dit que les vrais poèmes des hommes du moyen âge c'étaient leurs cathédrales : cette observation serait plus exacte encore des monuments que nous ont laissés Égyptiens, Assyriens, Babyloniens : temples, obélisques, pyramides, labyrinthes, etc. ; les peuples depuis longtemps évanouis revivent pour nous dans des milliei*s de meubles, d*outils, de statues et statuettes dont nos musées regorgent. Les ruines de Thèbes, de Memphis, de Kouyoundyouk témoignent de la grandeur des conceptions de ces artistes primitifs.
On sait que les arts se distribuent naturellement en deux séries. La première, celle des arts immobiles et obligés de recourir à une matière pour se manifester, embrasse :
1* L'architecture; 2® la statuaire et les arts plastiques; 3"" la peinture.
La seconde, celle des arts du mouvement, comprend :
l"" La gymnastique; 2"" la danse; 3*" la musique.
Le septième art qui fait partie de la seconde série, mais qui, en réalité, plane au-dessus de tous les autres, les met tous à contribution, tout en étant lui-même affranchi du concours et comme du joug de la matière, l'art le plus libre de l'esprit humain, c'est la poésie.
Eh bien, c'est par les arts immobiles que se sont surtout immortalisés les plus anciens peuples. Encore aujourd'hui l'architecture des habitants de l'antique Mizraïm surpasse en grandiose et en sublimité celle des nations de tous les temps anciens et modernes. La statuaire et la peinture sont aussi fort avancées en Egypte, quoiqu'elles conservent quelque chose de la raideur des lignes géométriques. Elles sont toutes deux encore subordonnées à l'architecture à laquelle elles servent, pour ainsi dire, de décor. Grâce aux représentations nombreuses que nous trouvons sur leurs monuments, grAce aux inscriptions qui les accompagnent et les expliquent, nous connaissons les anciens Égyptiens comme s'ils étaient nos contemporains. Ils apparaissent devant nous dans toutes les phases de leur existence, dans toutes les situations de leur vie» Bien plus : des milliers d'entre eux se
sont conservés à peu près tels qu'ils étaient dès leur vivant. On sait qu'un système d'embaumement pratiqué dès la plus haute antiquité fixait le corps pour Féternité en le transfor*mant en momie.
Il nous reste de leur littérature des romans, des poèmes, des poésies détachées, des livres sur le rituel (le livre des Morts), des lettres sans nombre, des mémoires, des contrats, etc. , etc. ; mais la grandeur du génie égyptien se révèle en réalité par les monuments des arts et notamment par ceux du premier en date de tous les arts, l'architecture.
L'art des Babyloniens ne nous étonnerait peut-être guère moins, si le temps jaloux ne nous en avait disputé jusqu'aux ruines. La fameuse tour de Babel n'avait pas sa pareille dans l'ancien monde ; elle n'en a pas eu dan^ les temps modernes. Elle était haute de 625 pieds, et la masse de ses murs surpassait celle des pyramides. Mais la matière dont pouvaient se servir les habitants de la Mésopotamie ne valait pas celle que les Égyptiens avaient à leur disposition : la brique devait moins résister à l'action des siècles que le granit et le porphyre. L'art plastique des Babyloniens et des Assyriens ne nous présente pas les types immuables que l'on rencontre sur les bords du Nil ; il ne vise pas au colossal ; il est plus naïf et se rapproche davantage de la réalité. Il est plus varié aussi et plus vivant ; il est plus parfait enfin dans les parties techniques. Il reproduit les traits plus beaux, les corps mieux formés des populations du Nord. Lorsqu'on contemple les fragments des reliefs conservés au musée de Londres, oh l'on voit les rois de Ninive dans les situations et les attitudes les plus diverses de leur exis^ tence, on sent que c'est sur les bords de TEuphrate et du Tigre qu'il faut chercher les vrais prédécesseurs des artistes grecs.
La Chine aussi a développé dès les plus anciens temps de son histoire dans les arts de l'architecture, de la plastique et de la peinture un style original, quoiqu'un peu bizarre, qui ne laisse pas d'avoir un vif attrait et qui est resté le même à travers toutes ses évolutions. Elle a laissé ainsi la