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LES BEAUX-ARTS ET LA POÉSIE

4 une espèce de déclamatioa musicale (|ui a sa valeur et qui excite rintérét des connaisseurs. Malheureusement, Télément mélodique qui charme et entraine les foules, y est le plus souvent sacrifié; or, l'approbatioo des foules a toujours été «hère aux grands maîtres ; il y a dans les œuvres d'un homme •de génie comme Wagner, des parties admirables, délicieuses qui vivront toujours. Ce sont celles précisément où il s'est conformé aux grandes traditions de son art ; les parties od il nous laisse froids sont celles où il est sorti de ses limites. Il faut reconnaître cependant, que M. Wagner est le représentant de son époque dans la grande innovation qu'il a tentée. Il a eu un prédécesseur dans Berlioz ; il a, ce nous semble, un successeur dans M. Massenet. Mais nous croyons pfouvoir afiirmer que les succès de l'école nouvelle ne feront pas baisser la popularité des chefs-d'œuvre enfantés par les grands musiciens au commencement de notre siècle.

Poésie. Plus que tous les autres, l'art de la poésie a subi, précisément parce qu'il est dégagé de toute entrave matérielle, l'influence de l'esprit scientifique des temps où nous vrvoBS. Dans deux articles qui ont paru cette année dans la Revue poUHqtte etlittéraù^e^ le jeune et pénétrant critique que nous ayons déjà cité développe celte idée souverainement juste que nos grands lyriques comme nos grands romanciers s'attachent à reproduire surtout la vérité réelle telle qu'elle est conçue par nos contemporains. C'est ainsi qu'il dît des belles poésies de Sully Prudhomme : « Dans les plus hantes parties de son œuvre, il versifie notre morale et consacre les dernières acquisitions de la pensée. » Il fait remarquer ftt'en général nos poètes n'abusent plus de la rhétorique, que çà et là seulement ils laissent voir un peu de recherche et de préciosité. « Au-dessus du sentiment et au-dessus de la sensation, la poésie du xix* siècle a fait dominer la pensée, c'est-à-dire, au dessus de l'amour des personnes, humaines et des formes de la matière, l'amour de la vérité, le désir de connaître les causes, qui 71' est pas moim fertile eti émotions, ni moim capable de beauté (??). Enfin, elle est sincère, puisque c'est elle qui a prêché le vers de

Boileau, qui ne se savait pas si fort en avance sur son temps :

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.

Pourquoi ne voyons-nous plus se produire d'épopées? Parce que l'épopée est inséparable du merveilleux, et que le merveilleux, auquel nous ne croyons plus, nous paraît insipide. Pourquoi les tragédies et les comédies de notre théâtre classique ne peuvent-elles se maintenir sur les planches que lorsqu'elles sont soutenues par des acteurs d'un grand talent? Parce que ces derniers seuls sont capables de nous reporter de deux siècles en arrière et, par une illusion d'optique, de nous faire croire à la réalité d'un passé si différent de notre présent. Dans les drames du jour, nous ne supporterions plus le vers alexandrin ; les personnages réels ne parlent pas en vers. — Plus longtemps encore que le vers ou le théâtre, dit M. Lemaître, le roman fut un simple amusement, dont l'imagination toute seule faisait les frais. On exigeait, semble-t-il, qu'il ne peignît pas la réalité. A présent encore, romanesque est synonyme de chimérique et de faux. La plupart des romans français, jusqu'au xix* siècle, ne peignent la société du temps que d'une manière indirecte, parle genre de rêve qui lui était propre, par le faux qu'elle préférait ^ Avec Balzac, avec Flaubert, avec Octave Feuillet, nous sommes en pleine réalité, comme nous le sommes avec Scribe, Emile Augier et Sardou.

Le nombre des poètes, comme celui des artistes de tout genre, n'a pas diminué assurément ; celui de leurs œuvres grossit tous les jours; nos expositions en font foi ainsi que les étalages des libraires. Beaucoup de ces œuvres sont respectables ; la plupart portent la marque de leur temps. Ce qui les a inspirées, c'est le désir irrésistible de représenter, de reproduire au vif le réel, le vrai. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on manque de souffle, que le feu sacré est éteint. Seulement dans les arts, l'idéal du vrai peut n'être pas le vrai de l'idéal.

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