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LE PRÉSENT ET L'AVENIR

Si le présent peut être considéré comme l'épanouissement du passé, il doit contenir aussi les germes du vaste arbre sous lequel s'abriteront les générations futures.

L'Auteur.

A. — De l'antagonisme des principes en Earope st de sa fin.

Depuis deux siècles, la civilisation suit un double courant, dont Tun pourrait être appelé le courant atlantique et Tautre le courant continental. Le premier part de l'Angleterre pour gagner l'Amérique et atteindre plus tard l'Australie, ainsi que tous les points du globe où se parle la langue de la mère-patrie. L'Angleterre n'est-elle pas la première station de l'histoire moderne en route pour le nouveau monde ? Les Anglais ne sont-ils pas la nation la plus jeune de l'Europe, la plus pénétrée ensemble d'éléments latins et d'éléments germaniques? la moins inféodée au principe de l'autorité de FÉtat? Voilà pourquoi les crises religieuses et politiques qu'ils ont traversées, pour avoir été violentes quelquefois, n'ont pas été d'une trop longue durée. Le passage d'un état de société à Tautre, d'un idéal à l'autre, semble s'être effectué presque naturellement; c'était une évolution plutôt qu'une révolution.

C'est la France qui se trouve à la tête du courant continental. A un moment donné elle a été forcée de rompre absolument avec son passé. Dans une lettre adressée à son fils, quelques années avant la Révolution, lord Chesterfield déclare qu'un bouleversement lui semble imminent en France et réellement inévitable. L'intérêt dramatique qui s'attache à ce bouleversement, provient, comme nous l'avons dit plus haut, de l'action immense qu'il a exercée sur cette Europe qui, depuis plus de trente siècles, menait la marche en

avâut de rhistoire, qui avait vu naître dans son sein cette civilisation formée de lettres grecques, de lois et de poli« tique romaines, de croyances chrétiennes à laquelle il semblait impossible d'ôter une force ou d'ajouter une perfection de plus. Cette civilisation, la révolution française n'a pa& voulu la détruire ; elle aTOulu seulement Is soumettre à un autre code, la faire entrer dans un nouveau moule.

La lutte entre les deux principes a été longue et opiniâtre. L'ancien régime, vaincu d'abord par les armes et lesvictoires de Napoléon, s'est relevé en 1815, et a fait subir sa loi à la France. Les souverains qui avaient conclu la « sainte alliance » pouvaient se persuader, pendant quelque temps, que le grand mouvemement de 1789 avait avorté^ qu'il n'avait été qu'un accident. Mais l'Italie et l'Espagne^ replacées sous les mêmes détestables gouvernements d'atitrefois, s'agitèrent dans de douloureuses convtiMons; les provinces espagnoles de l'Amérique se soulevèrent ert «ecouèrent le joug des Boulions. Enfin la révolution de 1830 éclata. Elle eut un long retentissement dans l'Europe entière ; efle provoqua des mouvements analogues en Espagne , en Italie, en Hollande, dans les petits États de l'Allemagne et jusqu^en Pologne. L'Angleterre en fut vivemmt impressionnée. L'âpre aristocratie de ce pays s'en troubla et abandonna, en gémissant, une partie de ses privilèges; le Reform-bill fut voté, dur labeur, appelé par Ed. Gans l'enfantement de l'éléphant. L'Angleterre comprit alors que le» principes de Î789 avaient fait leur chemin, qu'il potrvenit être dangereux de laisser la France dans l'isolement. Revenue enfin de la politique insensée de Pitt, qui avait assinré la prépondérance en Europe de l'autocratie russe, elle tendit la main à son ancienne rivale, et, tont en conservant conftre elle une arrière-pensée jalonse, elle conclut avec «lie , avec l'Espagne et la Belgique (deux nouvelles monarchies conslîtutionnelles), V alliance quadruple. Le principe de non-mterr^/iow prévalut dans les conseils de l'Europe. Celle-ci restait encore partagée en deux camps opposés, sinon hostiles, séparés par la ligne du Rhin et la mer du Nord. Mais, pour

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