ANTAGONISME DES PRINCIPES EN EUROPE
maintenir la paix, il avait fallu abandonner les populations qui, en Italie, en Allemagne et jusqu'en Pologne, s'étaient soulevées en invoquant le nom et les principes de la France. La ligne de démarcation de 1830 fut dérangée par Tébranlement qui secoua la vieille Europe avec tant de violence en 1848. Le canon tonna dans les rues de Berlin, et la vénérable dynastie Ses Habsbourg pensa un instant perdre le sceptre qu'elle tient depuis six siècles. Aujourd'hui la Russie elle-même est en proie à un malaise général, précurseur de grands changements ; on croit que ces changements s'opérerotit, isinon sans difficulté, au moins sans jeter un trouble profond dans les esprits ; Alexandre II, monarque sage et éclairé, parait disposé à accorder une constitution libérale à son pays *. — Il n'y a pas jusqu'à la pauvre Turquie, qui n'ait fait semblant de convoquer un parlement. Qu'il «st loin de nous le temps où Thiers s'écriait dans la chambre des députés : Le jour où nous verrons s'élever au delà du Rhin une tribune semblable à la nôtre, la cause de la France et de la Révolution sera gagnée. Assurément cette cause est gagnée aujourd'hui. Les libertés indispensables sont accordées par tous les gouvernements ; aucun ne s'avise plus de contester, au peuple le droit d'intervenir dans les affaires pubUques. On peut donc dire qu'aujourd'hui les groupements des puissances seront déterminés par leurs intérêts seuls et par:les lois de l'équilibre. L'ancien état des choses, tel qu'il existait avant la Révolution, tend à renaître jusqu'à un certain point. L'alliance entre la France et la Russie projetée, dit^^on, en 1830, peu de mois avant la révolution de juillet, sans être ;probable, a certainement cessé d'être impossible. Le ^principe de l'élection étant admis, la loi du profgrès étant reooxmue. par toutes les nations, il n'est. pas nécessaire que toutes observent le même ordre d'idignement. JNous avons sagement renoncé à la prétention de faire chez les voisins une propagande politique qui d'ailleurs serait Aésormais sans portée. Nous .nous sommes mis en république
1. Oa connaît révénement douloureux qui a reporté sur le fils les espérances qu*avait fait naître la politique du père.
22i DE L'IDÉAL DU VRAI
définitivement et nous nous déclarons satisfaits du nouveau régime sous lequel nous vivons. Co n'est pas une raison pour que les autres nations de l'Europe ne restent attachées à leurs anciennes dynasties qui, plus sages que celles qui ont présidé aux destinées de la France, ont su s'identifier avec les intérêts et les aspirations de leurs sujets. Pourquoi un État à forme républicaine ne pourrait-il pas vivre en paix avec de vieilles et respectables monarchies? Est-ce qu'en Amérique, à l'inverse de ce que nous voyons en Europe, un empire constitutionnel, celui du Brésil, ne se^mainlient pas, tranquille et paisible, au milieu de républiques, dont les citoyens sont jaloux de leur liberté. La Suisse, libre et heureuse, a-t-elle donné ombrage par la forme de son gouvernement aux États puissants qui l'entourent? Il convient de terminer cette série de considérations par le mot d'un grave magistrat, dont les sentiments libéraux n'ont jamais été mis
en doute :
« Les formes de gouvernement sont le chemin et non le but de la politique, son moyen et non son résultat. Aucune n'appartient à la classe des vérités nécessaires *. »
B. — La (laestion des nationalités et la question d'Orient.
La Révolution française n'ébranla pas seulement les chaînes que la féodalité avait forgées dans l'Europe entière, elle ranima aussi le courage des nationalités sur lesquelles s'appesantissait le joug de la conquête. Il faut lire, dans Thomas Moore, de quel immense espoir l'explosion de 1789 avait rempli tous les peuples opprimés, et notamment les Irlandais, et quelle fut leur douleur, lorsque cet espoir fut trompé, lorsque d'odieux forcenés baptisèrent dans le sang la jeune liberté {baptized it in blood). Faut-il rappeler combien de fois la pauvre Pologne s'est soulevée au nom de la France, combien elle a répandu de son sang généreux sur les champs de bataille de l'empire? £n 1830 et en 1860 elle
i. Renouard, procareor général de la Cour de cassation. Discours de i860.