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LES NATIONALITÉS ET LA QUESTION D'ORIENT

a vainement secoué son sanglant linceul; tristement ses enfants prenaient la route de Texil, en répétant la plainte de leurs pères : Le ciel est trop haut et la France trop loin. Celle-ci a été plus heureuse, lorsqu'il s'est agi d'affranchir la Grèce. C'était à coup sûr encore de la politique de sentiment, mais elle était partagée par la Russie et l'Angleterre, entraînées par des considérations différentes. Il fallait bien obéir à l'opinion publique, prenant parti dans l'Europe entière, pour une population chrétienne opprimée par le Croissant, et pour une race dont le nom même était synonyme de lumière et de civilisation. En revanche la France peut revendiquer l'honneur d'avoir constitué sur ses frontières deux états nouveaux et qui ne sauraient jamais figurer au nombre de ses ennemis : la Belgique et l'Italie. Nous ne sommes pas de ceux qui regrettent ralîranchissement de la presqu'île de l'Apennin, cette œuvre importante de la politique napoléonienne. Depuis longtemps lltalie, et l'Allemagne comme elle, étaient possédées d'un violent désir d'arriver à l'unité, à former des nations puissantes, au lieu de rester « des expressions géographiques. » La France ne leur avait-elle pas donné elle-même l'exemple, en créant son incomparable centralisation? Elle ne pouvait pas donner la main aux vieilles monarchies pour maintenir l'œuvre d'une oppression séculaire ; elle ne pouvait contrarier l'idée la plus chère des peuples voisins, sans s'en attirer la haine. Il eût mieux valu sans doute pour elle, que l'unité, non seulement de l'Italie, mais encore celle de l'Allemagne se fût faite par la liberté et non pas par les armes ; ce résultat aurait été obtenu pour TAllemagne plus lentement, mais il aurait été plus assuré et, au lieu d'inquiéter la France, il en aurait rehaussé le prestige, puisqu'il en aurait été en partie l'œuvre.

La Russie et l'Angleterre, en abandonnant la France en 1870, l'une par pusillanimité et l'autre par calcul, ont précipité la grande crise d'Orient de 1878. La rivalité des cabinets s'était transportée du Rhin au Danube et au Bosphore. Pour la seconde et dernière fois, la Russie a vu sa

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proie lui échapper; au lieu de planter ses aigles sur les minarets de Constantinople, elle aura, sans le vouloir, sans s'en douter peut-être, favorisé la politique française, contribué à l'établissement d'une série de petits états indépendants, délivré, sans profit pour elle, des nationalités gémissant sous un joug séculaire. Le traité de Paris de 1856, avait déjà reconnu la Roumanie et la Servie comme principautés autonomes, placées encore sous la suzeraineté du sultan. Le traité de Berlin a fondé la Bulgarie et consacré officiellement l'existence du Monténégro. La conférence qui siège à l'heure présente dans la capitale de la Prusse, sera amenée probablement à accorder l'autonomie aux braves Albanais qui forment la plus ancienne population de la presqu'île *. — Ce n'est pas tout. La Grèce ressuscitée étouffe dans les limites trop étroites que lui avait faites jadis la politique jalouse de TAngleterre. On va lui rendre des territoires où régnent encore les Turcs, quoique ses enfants y constituent la majorité de la population : la Thessalie, une partie de l'Épire. On devrait y joindre tout l'Archipel, même la Crète, même l'île de Chypre peut-être. La Grèce se contentera-t-elle de cette rectification?

La succession de la Turquie n'est pas ouverte encore ; on peut faire des vœux pour qu'elle ne le soit jamais ; on peut espérer qu'elle saura introduire, dans toutes les branches de son administration, les réformes réclamées depuis longtemps, faire honneur à ses engagements, entrer dans la voie du progrès moderne, vivre en paix à côté des nationalités affranchies aujourd'hui, nationalités dans lesquelles elle n'a pas voulu se fondre, et qu'elle n'a pas su s'assimiler. Mais enfin il faut prévoir le jour où les Ottomans se décideront à quitter définitivement le sol de l'Europe. Ce jour- là le grand problème se posera : à qui appartiendra Constantinople? Un essayist anglais (Hanbury), a examiné récemment les prétentions rivales des Bulgares, des Grecs et des Autrichiens, qui semblent s'avancer, à travers la

i. Ou sait que cette espérance a été trompée depuis.

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