LES NATIONALITÉS ET LA QUESTION D'ORIENT ÎW
Bosnie, vers Salonique et la mer Egée. Il a argué de la faiblesse du nouveau royaume des Hellènes et de l'état semi-barbare de la jeune Bulgarie, que les ohances étaÂsat en faveur de la maison de Habsbourg. Certes, depuis des siècles, celle-ci a su régner sagement et paternelMment sur des peuples de langues, de mœurs et d'origine différentafl ; elle n'aurait qu^à continuer à réunir sous son sceptre des Slaves, auxquels elle accorde plus de liberté que sa voisine la Russie, des Hongrois qu'elle protège contre cette même voisine, et elle réussirait peut-être à gagner les Turcs emtmémes qui, après tout, sont cousins germains des Hongrois. D'un autre côté, le cabinet de Vienne a assez de peine pour maintenir l'équilibre entre les différentes nationalités, aux destinées desquelles il préside. Il ne doit pas désirer ajouter aux difficultés très réelles avec lesquelles il est aux prises, des difficultés inconnues et redoutables, sous le fardeau desquelles il pourrait succomber. De toute façon il rencontrerait le veto de la Russie et probablement celui d'autres puissances aussi peu soucieuses qu'elle^ de rétablir au milieu de l'Europe, au profit des Hohenzollern, qui s'annexeraient l'Autriche allemande, le vaste empire de Charlemagne.
Si l'on veut savoir qui dominera à Gonstantinople, le jour où la vieille et glorieuse cité sera rendue aux populaiiont chrétiennes, on n'a qu'à se demander dans quelle langue cellos-ci s'exprimeront et s'entendront ensemble. Le doute n'est pas possible sur ce point ; ce sera le romcuque ; c'est l'élément néo-grec qui est destiné à prendre le dessus. Nous ne pensons pas pour cela qu*on puisse faire de Gonstantinople, la capitale d'un nouvel empire byzantin. D'après Hahn^ il n'y aurait pas beaucoup plus de deux millions de 4jrecs dans toute la Turquie d'Europe — si Ton excepte la Orèce proprement dite, ils sont répandus surtout sur les îles et les côtes, et dans les grands centres commerciaux. Ils n'ont pas su, à l'instar des Romains, s'assimiler les tribu.* •qui, venues du Nord et de l'Est, . se sont succédé dans la presqu'île. Leur situation vis-à-vis des habitants de l'intérieur du pays ne parait guère avoir changé depuis les temps
d'Alexandre. Si les puissances s'avisaient de placer ces habitants sous la direction de la Grèce, s'ils englobaient, dans l'empire de Constantin reconstitué, des millions de Slaves, de Valaques, d' Amantes et de Turcs, elles commettraient la même faute que lorsqu'en 181 S, elles attribuaient la Belgique à la Hollande, et le Sleswig-Holstein au Danemark S
La Grèce ne pourra jamais êfre qu'un royaume insulaire, comprenant les cantons et parages de l'antique Hellade. Athènes en est la capitale naturelle. Quant à Constantinople, nous croyons y reconnaître une future ville libre, placée BOUS la protection des grandes puissances, le Francfort, ou, si l'on aime mieux, le Washington des états confédérés de la presqu'île du Balkan, cité grecque par sa religion et ses lettres, mais cosmopolite par son industrie et son commerce, une grande métropole, oîi l'Orient et l'Occident se rencontreront dans un intercourse fraternel, pour mêler leurs idées et leurs croyances, pour échanger les produits de leur sol et leurs œu\Tes intellectuelles.
Les principes de la grande, de la vraie politique ne sauraient varier. Dans chaque siècle, elle sert la cause maitresse, celle qui intéresse le plus vivement l'opinion publique. C'est pour avoir servi, après la France, la cause des nationalités, que les Cavour et les Bismark se sont placés au premier rang. Cette cause est gagnée désormais ; les dernières questions qui s'y rattachent, vont être vidées. L'équilibre de l'Europe ne se rompra pas pour cela. L'omnipotence russequi, de 1830 à 1870, avait été tenue en échec par l'alliance de l'Angleterre et de la France, a été réduite, l'année dernière, par les efforts combinés de l'Angleterre et de l'Allemagne. — Plus de castes dominantes désormais au sein des nations ; plus de nation dominante dans les grandes
1. Môme ionqae de puissants États s'annexent des territoires relativement pea considérables appartenant à une autre nation, ils ne réussissent pas toujours tt à digérer leur proie. » Ces annexions peuvent avoir des conséquences graves et entraîner des liquidatious terribles. On n'a qu*à se souvenir de la Pologne et de l'Alsace-Lorraine. La politique de conquête, qui considère les hommes comme la propriété ou la chose des princes, et qui était la politique du moyen Age, est discréditée aujourd'hui ; elle a fait son temps.