‹ Les lois de l'imitation, étude sociologique (volume 2)Chapitre 5 sur 98 · PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION XI · texte numérisé non relu

PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION XI

multiples, aussi nombreuses et aussi diverses que peuvent l'être les objets des besoins et des idées de l'homme et les secours ou les obstacles que chacun de ces besoins et chacune de ces idées prête ou oppose aux tendances et aux opinions d'autrui, pareilles ou différentes. Au milieu de cette complexité infinie, il est à remarquer que ces rapports sociaux si variés (parler et écouter, prier et être prié, commander et obéir, produire et consommer, etc.) se ramènent à deux groupes : les uns tendent à transmettre d'un homme à un autre, par persuasion ou par autorité, de gré ou de force, une croyance ;les autres, un désir. Autrement dit, les uns sont des variétés ou des velléités d'enseignement, les autres sont des variétés ou des velléités de commandement. Et c'est précisément parce que les actes humains imités ont ce caractère dogmatique ou impérieux que l'imitation est un lien social ; car ce qui lie les hommes, c'est le dogme* ou le pouvoir. (On n'a vu que la moitié de cette vérité, et on l'a mal vue, quand on a dit que la caractéristique des faits sociaux était d'être contraints et forcés. C'est méconnaître ce qu'il y a de spontané dans la plus grande part de la crédulité et de la docilité populaires.)

— Ce n'est donc point, je crois, par exagération que j'ai péché dans ce livre ; — aussi Tai-je fait réimprimer sans nulle suppression — . C'est par omission plutôt. Je n'y ai point parlé d'une forme de l'imitation qui joue un grand rôle dans les sociétés, surtout dans les sociétés contemporaines; et je m'empresse de combler ici cette lacune. Il y a deux manières d'imiter, en effet : faire exactement comme son modèle, ou faire exactement le contraire. De là la néces-

'Le dogme, c'est-à-dire toute idée, religieux ou non, politique par exemple, ou toute autre, qui s'implante dans l'esprit de chaque associé par pression ambiante.

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