‹ Les lois de l'imitation, étude sociologique (volume 2)Chapitre 6 sur 98 · XII PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION · texte numérisé non relu

XII PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION

site de ces divergences que Spencer constate, mais n'explique pas, par sa loi de la différenciation progressive. On ne saurait rien affirmer sans suggérer, dans un milieu social tant soit peu complexe, non seulement l'idée qu'on affirme, mais aussi la négation de cette idée. Voilà pourquoi le surnaturel, en s'affîrmant à l'apparition des théologies, suggère le naturalisme qui est sa négation (voir Espinas à ce sujet) ; voilà pourquoi le spiritualisme, en s'affîrmant, donne l'idée du matérialisme; la monarchie, en s'établissant, l'idée de la république, etc.

Nous dirons donc, avec plus de largeur maintenant, qu'une société est un groupe de gens qui présentent entre eux beaucoup de similitudes produites par imitation ou par contre-imitation. Car les hommes se contre-imitent beaucoup, surtout quand ils n'ont ni la modestie d'imiter purement et simplement, ni la force d'inventer ; et, en se contreimitant, c'est-à-dire en faisant, en disant tout l'opposé de ce qu'ils voient faire ou dire, aussi bien qu'en faisant ou disant précisément ce qu'on fait ou ce qu'on dit autour d'eux, ils vont s'assimilant de plus en plus. Après la conformité aux usages en fait d'enterrement, de mariages, de cérémonies, de visites, de politesses, il n'y arien de plus imitatif que de lutter contre son propre penchant à suivre ce courant et d'affecter de le remonter. Au moyen âge déjà, la messe noire est née d'une contre-imitation de la messe catholique. — Dans son ouvrage sur Vexpression des émotions, Darvy^in accorde avec raison une grande place au besoin de contreexprimer.

Quand un dogme est proclamé, quand un programme politique est affiché, les hommes se classent en deux catégories inégales : ceux qui s'enflamment pour, et ceux qui s'enflamment contre. Il n'y a pas de manifestation qui n'aille

Page 1