PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION XIIÏ
recrutant des manifestants et qui ne provoque la formation d'un groupe de contre-manifestants. Toute affirmation forte, en même temps qu'elle entraîne les esprits moyens et moutonniers, suscite quelque part, dans un cerveau né rebelle, ce qui ne veut pas dire né inventif, une négation diamétralement contraire et de force à peu près égale. Cela rappelle les courants d'induction en physique. — Mais les uns comme les autres ont le même contenu d'idées et de desseins, ils sont associés quoique adversaires ou parce que adversaires. Distinguons bien entre la propagation imitative des questions et celle des solutions. Que telle solution se propage ici et telle autre ailleurs, cela n'empêche pas le problème de s'être propagé ici comme ailleurs. N'est-il pas clair qu'à chaque époque, parmi les peuples en relations fréquentes, surtout à notre époque, parce que jamais les relations internationales n'ont été plus multiples, l'ordre du jour des débats sociaux et des débats politiques est partout le même ? Et cette similitude n'est-elle pas due à un courant d'imitation explicable lui-même par des besoins et des idées répandues par contagions imitatives antérieures? N'est-ce pas pour cette cause que les questions ouvrières en ce moment sont agitées dans toute l'Europe? — A propos d'une idée quelconque mise en avant par la presse, chaque jour, je le répète, le public se partage en deux camps : ceux qui € sont de cet avis » et ceux qui c ne sont pas de cet avis ». Mais ceux-ci, pas plus que ceux-là, n'admettent qu'on puisse se préoccuper, en ce moment, d'autre chose que de la question qui leur est ainsi posée et imposée. Seuls, quelques sauvages esprits, étrangers, sous leur cloche à plongeur, au tumulte de l'océan social où ils sont plongés, ruminent çà et là des problèmes bizarres, absolument dépourvus d'actualité. Et ce sont les inventeurs de demain.
TARDE. — Imitation. a*