OU*BST'CB OU*UNE SOCIÉTÉ
Fesprit, de la langue et des bras, cette perturbation profonde de tout Tètre et cette dépossession de soi qu*on appelle TintinUdaiion. mériteraient une étude à part. L'intimidé, sous le regard de quelqu'un, s'échappe à lui-même, et tend à devenir maniable et malléable par autrui ; il le sent et veut résister, mais il ne parvient qu'à s'immobiliser gauchement, assez fort encore pour neutraliser l'impulsion externe, mais non pour reconquérir son impulsion propre. On m'accordera peut-être que cet état singulier, par lequel nous avons tous plus ou moins passé à un certain âge, présente avec Tétat somnambulique les plus grands rapports. Hais, quand la timidité a pris fin, et qu'on s'est, comme on dit, misa l'aise, est-ce à dire qu'on s'est démagnétisé ? Loin de là. Se mettre à l'aise, dans une société, c'est se mettre au ton et à la mode de ce milieu, parler son jargon, copier ses gestes, c'est enfin s'abandonner sans résistance à ces multiples et subtils courants d'influences ambiantes contre lesquels naguère on nageait en vain, et s'y abandonner si bien qu'on a perdu toute conscience de cet abandon. La timidité est une magnétisation consciente, et par suite incomplète, comparable à cette demi-somnolence qui précède le sommeil profond où le somnambule parle et se meut. C'est un état social nais- $ant, qui se produit toutes les fois qu'on passe d'une société à une autre, ou qu'on entre dans la vie sociale extérieure au sortir de la famille.
Voilà peut-être pourquoi les gens dits sauvages, c'està-dire particulièrement rebelles à toute assimilation et à vrai dire insociables, restent timides toute leur vie, sujets à demi réfractaires au somnambulisme ; à l'inverse, ceux qui n'ont jamais été gauches ni embarrassés en rien, ceux qui n'ont jamais éprouvé ni timidité proprement dite à leur apparition dans un salon ou une cour de collège, ni une stupeur analogue lors de leur première entrée dans une science ou un art quelconque (car le trouble produit par rinitiation à un nouveau métier dont les difficultés effrayent.
dont les procédés à copier font violence à d'anciennes habitudes, est parfaitement comparable à Tintimidation), ne sont-ils pas ceux qui, sociables au plus haut degré, excellents copistes, c'est-à-dire dépourvus de vocation propre et d'idéemaitresse, possèdent éminemment la faculté chinoise ou japonaise de se modeler très vite sur leur entourage, somnambules de premier ordre, extrêmement prompts à s'endormir? — Sous le nom de Respect, l'Intimidation joue socialement, de Taveu de tous, un rôle immense, mal compris parfois, mais nullement exagéré. Le Respect, ce n'est ni la crainte, ni l'amour seulement, ni seulement leur combinaison, quoiqu'il soit une crainte aimée de celui qui réprouve. Le respect, avant tout, c'est une impression exemplaire d'une personne sur une autre, psychologiquement polarisée. Il y a sans doute à distinguer le respect dont on a conscience, et celui qu'on se dissimule à soi-même sous des mépris afTectés. Mais, en tenant compte de celte distinction, on verra que tous ceux qu'on imite on les respecte, et que tous ceux qu'on respecte on les imite ou on tend à les imiter. Il n'y a pas de signe plus certain du déplacement de l'autorité sociale que les déviations du courant des exemples. L'homme du monde qui reflète l'argot et le débraillé de l'ouvrier, la femme du monde qui reproduit en chantant les intonations de l'actrice, ont pour ractrice et pour l'ouvrier plus de respect et de déférence qu'ils ne croient. — Or, sans une circulation générale et continuelle de respect sous les deux formes indiquées, quelle société vivrait un seul jour?
Mais je ne veux pas insister davantage sur le rapprochement qui précède. Quoi qu'il en soit, j'espère au moins avoir fait sentir que le fait social essentiel, tel que je l'aperçois, exige, pour être bien compris, la connaissance de faits cérébraux infiniment délicats, et que la sociologie la plus claire en apparence, la plus superQcielle même d'aspect, plonge par ses racines au sein de la psychologie,
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Tue s'accorde arec l'idée-maîtrcsse déTeloppéo par M. Paulhan >Tre, si profondément pensé, sur VacUvilé mentale (Alcan, 1889}.