XX INTRODUCTION
à l'anatomie comparée, à l'embryologie, les lumières qu'elles renferment; si, au lieu de vouloir donner des lois à la pathologie et de créer notre science, comme il en avait l'inexcusable prétention, il l'avait consultée et se fiit fait son élève et non son législateur, sa physiologie générale se serait élevée ; elle aurait pris quelque chose de la grandeur et de la simplicité qui éclatent dans les conceptions et les méthodes de la nature ; elle aurait reflété l'harmonie du plan, qui seule imprime aux œuvres de la science le sceau de l'unité, lequel manque absolument à l'ensemble de l'œuvre de notre vaillant expérimentateur.
Prenons pour exemple l'appareil organique qui va faire l'objet de ce travail, le grand appareil de la circulation du sang. Que fera ici l'expérimentation seule ? Elle pourra prouver, comme Claude Bernard l'a fait, que les artères ont des nerfs constricteurs et des nerfs dilatateurs ; que, par conséquent, le cours du sang n'est pas sous la seule influence de l'impulsion mécanique des ventricules ainsi que le pensait le maître de notre ami, Magendie, esprit non moins étroit que cette théorie ; mais cette vérité partielle est loin de donner la théorie de la circulation. Si on eût demandé celle-ci à la pathologie et à l'anatomie comparée, ces sources d'observation l'eussent donnée plus large et accompagnée d'autres vérités solidaires et fécondes, car tout se tient dans la nature et tout est loin de se tenir
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dans les artifices sans connexions nécessaires rie la physiologie expérimcnlale.
Celte méthode, forcément restreinte, a le premier tort de prendre les organes tout faits, et d'affecter un certain mépris pour la nature qui les fait sous nos yeux. Nous préférons les regarder se faire dans la série des êtres vivants ou dans l'embryon des animaux déjà avancés dans celte série. Nous voyons alors le cœur et les vaisseaux se former chacun de son côté, agir et se mouvoir ainsi; car, pour eux, naître, évoluer et agir, c'est une seule et même chose.
La preuve que nous acquérons ainsi de leur indépendance et de leur dépendance réciproques, est autrement puissante et plus féconde que celle qui nous vient de l'expérimentation.
Du même coup, nous voyons autre chose dont on ne se doute guère quand on se borne à couper sur l'animal un filet du nerf grand sympathique ; nous voyons que, dans l'appareil circulatoire, l'initiative du mouvement appartient au sang, autant au moins qu'à la paroi ou au vaisseau, et qu'il continue à en être ainsi jusqu'à la mort, en vertu de cette loi supérieure de la physiologie qui domine les laboratoires de toute la hauteur de la nature des choses : Les organes, une fois formés, procèdent dans l'évolution et le déterminisme de leurs actions et de leurs mouvements selon la succession, l'ordre et les rapports qui ont présidé à
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révolution de ces organes dans la vie embryonnaire. Voilà, je le répète, un véritable fait général grand comme la nature. Il n'est pas sorti d'un laboratoire, mais de l'observation de la vie surprise dans le fait de son œuvre la plus mystérieuse.
Il ne faut pas dédaigner l'observation, car l'expérimentation lui est inférieure et doit lui être subordonnée, ne fournissant après tout que des faits particuliers qui n'ont de valeur que par celle que leur donnent le contrôle et l'autorité de son aînée, l'observation.
Le mot déterminisme^ introduit par Claude Bernard dans notre science, ne signifie rien si l'on ne sait pas oii commencent et où finissent la succession et les rapports qu'il s'agit de déterminer. Or, la méthode expérimentale ne peut guère, à elle seule, trouver ce commencement et cette fin.
Quel est le déterminisme de l'appareil circulatoire chez l'homme? Est-ce celui qui apparaît aux yeux quand on observe le mécanisme d'un tour du sang, du cœur aux vaisseaux capillaires par les artères, et des capillaires du cœur par les veines ? Voilà pourtant le déterminisme de la grande circulation, selon l'anatomie descriptive. Je veux bien qu'on y ajoute l'hydro-carbonisation du sang à travers les réseaux nutritifs, et son oxigénation à travers les réseaux respiratoires.
Mais je n'ai pas même besoin de l'expérimentation
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pour me donner cela. Et cela n'est en quelque sorte que le dessin anatomique de la machine circulatoire. Il me faut remonter plus haut, aller aux forces élémentaires de la circulation pour en avoir l'idée première, celle qui est apparue à l'origine de celte fonction et qui subsiste, toujours agissante, toujours évoluant au fond de l'appareil circulatoire de l'homme, portant et animant tout ce que les développements anatomiques et physiologiques ultérieurs y ont ajouté dans le long et fécond travail de l'évolution sérielle. Or, je ne sais pas la circulation, je n'en sais que le dernier terme, je n'en sais pas même celui-ci, tant que je n'ai pas saisi le premier. Le mot de déterminisme n'exprime donc qu'une idée très vague et très arbitraire. Il ne fait que remplacer avec prétention le mot de mécanisme ou de succession prévue de mouvements.
Cette formule qui revient si souvent dans les œuvres générales de Claude Bernard a été sa mauvaise inspiration. Il a cru avoir trouvé quelque chose, et il n'a trouvé qu'un moyen facile d'expédier tous les problèmes sans les résoudre.
Voulait-il dire que l'accomplissement d'une fonction se fait selon un ordre et des rapports déterminés? que cet ordre n'est pas abandonné au hasard et que l'économie animale est grosse de toutes les évolutions qu'elle doit opérer? llien de plus connu. Je viens