XXIV INTRODUCTION
même de l'aire honneur à la formule d'une idée qui était certainement dans l'esprit de Bernard, mais que le mot déterminisme ne suppose pas nécessairement, quand j'ai parlé de cet effort fécond de la matière vivante, de ce nisus formativus^ force procréatrice qui selon chaque espèce renferme dans une cellule tout le devenir d'un être qui vivra cent ans. Une machine qui ne marche que quand tous ses rouages sont achevés a aussi son déterminisme de mouvements prévus, mais sans procréation, ou sans vie. Ici, déterminisme peut donc contenir une erreur, car de quel déterminisme s'agit-il : mécanique, c'est-à-dire fait de main d'homme et tout fait avant d'agir, ou vivant, c'est-à-dire, engendré et engendrant ab ovo tous ses organes, fonctionnant en se formant, se formant en fonctionnant depuis le germe fécondé jusqu'à la mort? On voit que ce fameux déterminisme est vide et du plus pur empirisme. Or, on ahuse de ce dernier mot. Partir d'un fait inexpliqué, mais bien observé, puis tirer de ce point de départ des conséquences de doctrine et de fait, savantes, qui deviennent à leur tour des points de départ, ce n'est point être empirique, c'est faire de la bonne science. Que m'importe d'ignorer comment l'opium fait dormir, si entre mes mains, ce fait d'observation, mais non empirique pour cela, devient le point de départ d'une opiologie très philosophique?
Les sciences d'observation comme la nôtre ne sont
INTROnilCTION. XXV
point empiriques. II faut laisser ce mot déconsidéré à la porte des sciences.
Le déterminisme serait-il la doctrine qui repose, comme autrefois en philosophie scolastique, sur l'action irrésistible des motifs? Quels sont les motifs ou les causes déterminantes nécessaires ou nécessairement déterminantes en physiologie, c'est-à-dire dans les organismes vivants? Il n'y en a aucune qui soit absolue et dont les efTets soient nécessairement toujours les mômes, comme ils le sont en mécanique, caria spontanéité animale est toujours réservée et peut modifier plus ou moins les effets ou les symptômes de telle ou telle action extérieure. La physiologie expérimentale pourra le nier, parce que les phénomènes qu'elle détermine dans ses laboratoires, le sont tous par artifice et au moyen d'actions extérieures violentes telles que sections, ligatures, poisons, etc. Ces sortes de causes sont brutales, en effet, comme une chute, un
projectile, une brfilure, etc et elles nivèlent toutes
les sensibilités individuelles, tous les états de la vie si différents chez les personnes selon mille circonstances innées ou accidentelles, lorsque ces facultés évoluent naturellement ou spontanément. C'est ce qui fait les mécomptes incalculables de la médecine expérimentale lorsqu'elle prétend s'imposer à la clinique. Sur ce terrain elle est, en effet, toute dépaysée, et ne rencontre que des applications approximatives, ne