‹ Les lois de la circulation du sang enseignées par l'anatomie comparée, l'embryologie et l'observation cliniqueChapitre 15 sur 65 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

fournit que des explications grossières, souvent nulles ou trompeuses.

C'est que le déterminisme d'une maladie et celui de sa contrefaçon nosologique de laboratoire n'ont rien de semblable, ni même d'analogue. Un déterminisme pathologique artificiel et un déterminisme morbide naturel ou spontané sont donc très différents, s'ils ne sont opposés. La spontanéité, l'hélérogénie sont, en effet, les caractères essentiels de la maladie.

Ces erreurs, ces méprises, ces sophismes viennent de ce que Bernard n'a pas su reconnaître franchement que le caractère propre de la vie ou des êtres qui la possèdent, est l'instinct ou la spontanéité.

De ce que ces êtres ne peuvent pas exister ou manifester leur vie sans l'action constante des milieux physico-chimiques, il en a conclu que leurs mouvements ne sont pas spontanés, comme si une action dite spontanée cessait de l'être parce que l'animal ne se meut pas dans le vide ou hors du milieu préétabli en vue de sa fonction ou de sa fin.

Il suffisait cependant, pour éviter celle erreur, de songer un instant à la superposition ou à la hiérarchie des règnes et des êtres, au dessein ou à la fonction qui y éclatent.

Malgré les efforts nouveaux qu'on fait pour placer les causes spécifiques des maladies hors de nous, nos

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maladies sont internes, ou se forment en nous, de nous et par nous. Elles sont des hétérogénies spontanées. La panspermie nosologique échouera devant cette vérité fondamentale de la médecine. Les microzoaires qu'on nous montre sont adventices, non nécessaires.

La spontanéité d'action ou l'instinct ne peuvent s'exercer que dans les milieux physico-chimiques, c'està-dire dans l'atmosphère et sur le sol au moyen d'un certain degré de chaleur, d'humidité, de lumière, d'électricité, etc. ; et cependant la vie ne se manifeste dans ces milieux que par des réactions incessantes contre eux. Mais si l'influence moyenne ou harmonique des agents externes est nécessaire aux corps vivants, leur influence excessive en plus ou en moins, supprime la vie. La mort est, en efTet, le résultat inévitable de l'action extrême ou insuffisante de ces milieux indispensables à la vie, à la condition toutefois que celle-ci réagisse.

Il ne faut pas dédaigner, autant que les physiologistes du jour et que Bernard lui-même le font, cette notion de la vie donnée sans prétention par Bichat lorsqu'il dit : « La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort. )) Il est évident, en effet, qu'ici, « la mort » est prise pour synonyme d'anéantissement des forces d'un ordre supérieur, ou comme équivalent du retour des êtres au règne inorganique ou inférieur. N'est-ce pas

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par une réaction constante contre les agents extérieurs que nous vivons?

Ces agents nous sont nécessaires, mais à condition que nous nous les assimilions et qu'ils ne nous assimilent pas. 11 nous faut, par cette réaction continue et sans effort, qui est une harmonie, les maintenir dans une action tempérée et, dès lors, salutaire. Quand nous ne luttons pas avec avantage contre l'influence excessive de ces agents de la nature inorganique, nous mourons. Quand, au contraire, ils agissent sur nous et que nous réagissons contre eux selon l'ordre et la mesure, nous vivons.

C'est ce que Bichat voulait dire, et il le disait avec la vue simple et nette de ce bon sens supérieur auquel répond toujours le bon sens général ou le sens commun. Il n'y a qu'un savant embarrassé dans une science indigeste et sans lumière supérieure pour ne pas voir cela. La mort était pour Bichat le retour au règne inférieur de la nature, parce que la vie était à ses yeux la manifestation d'un règne supérieur.

Celui-ci est caractérisé, en effet, par des propriétés nouvelles et plus élevées qui annoncent l'apparition, quelque rudimentaire qu'elle soit d'abord, de la vie ou de l'intelligence et de la liberté sur le globe. La sensibilité, qu'elle soit latente ou perçue, et les mouvements avec ou sans conscience, coordonnés pour une fin ou une fonction déterminées, ne peuvent s'exercer

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