‹ Les lois de la circulation du sang enseignées par l'anatomie comparée, l'embryologie et l'observation cliniqueChapitre 19 sur 65 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

est temps que je quitte le laboratoire et que j'entre dans le recueillement pour écrire un traité de physiologie générale. C'est maintenant mon unique ambition. »

On serait heureux de penser que ce recueillement des dernières années aurait permis à Bernard de remettre au creuset les idées disparates qu'on vient de déplorer, et de les fondre en une doctrine vêtue au moins des dehors de l'unité.

Je ne voudrais pas préjuger l'espèce et la valeur des fruits qu'eussent porté ces années d'entière maturité. Cependant, j'ose croire qu'elles n'auraient fait que développer la conception philosophique bizarre et presque inintelligible dans laquelle Claude Bernard résume et semble concentrer ses novissima verba sur la vie à la fin d'un long chapitre sous ce titre : « Définitions de la vie. »

« La puissance d'évolution immanente à l'ovule qui doit reproduire un être vivant, embrasse à la fois les phénomènes de génération et de nutrition ; les uns et les autres ont donc un caractère évolufif qui en est le fond et l'essence. C'est cette puissance de propriété évolutive que nous nous bornons à énoncer ici, qui seule constituerait le quid proprium de la vie, car il est clair que cette propriété évolutive de l'œuf qui produira un mammifère, un oiseau ou un poisson, n'est ni de la physique ni de la chimie. Les conceptions vi-

INTHODliCTlON. XWIII

lalistes ne peuvent plus aujourd'hui planer sur l'ensemble de la physiologie. La force évolutive de l'œuf et des cellules est donc le dernier rempart du vitalisme ; mais, en s'y réfugiant, il est aisé de voir que le vilahsnie se transforme en une conception métaphysique et brise le dernier lien qui le rattache au monde physique, à la science physiologique.

« En disant que la vie est l'idée directrice ou la force évolutive de l'être, nous exprimons simplement l'idée d'une unité dans la succession de tous les changements morphologiques et chimiques accomplis par le germe depuis l'origine jusqu'à à la fin de la vie. Notre esprit saisit cette unité comme une conception qui s'impose à lui, et il l'explique par une force; mais l'erreur serait de croire que cette force métaphysique est active à la façon d'une force physique. Cette conception ne sort pas du domaine intellectuel pour venir réagir sur les phénomènes pour l'explication desquels l'esprit l'a créée; quoique émanée du monde physique, elle n'a pas d'effet rétroactif sur lui.

« En un mot, la force métaphysique évolutive par laquelle nous pouvons caractériser la vie, est inutile à la science, parce qu'étant en dehors des forces physiques, elle ne peut exercer aucune influence sur elles. Il faut donc ici séparer le monde métaphysique du monde physique phénoménal qui lui sert de base, mais qui n'a rien à lui emprunter...

Page 1