XXXIV INTRODUCTION
(X En résumé, si nous pouvons définir la vie à l'aide d'une conception métaphysique spéciale, il n'en reste pas moins vrai que les forces mécaniques, physiques et chimiques sont seules les agents effectifs de l'organisme vivant, et que le physiologiste ne peut avoir à tenir compte que de leur action.
« Nous dirons avec Descartes : On pense înétaphysiquement, mais on vit et on agit physiquement. »
Telle est bien, en effet, la base du mécanicisme cartésien, combattu et renversé par Leibnitz.
L'éclectisme, cette philosophie aussi impuissante que prétentieuse, n'a jamais enfanté un système d'ordre composite, plus divers et moins un que celui que vient d'exposer Bernard sous nos yeux étonnés. La vie seule n'y est pas, absorbée qu'elle est par la métaphysique, comme celle-ci à son tour par la physique, qui, après avoir été à la base, se trouve au sommet. Pourquoi n'être pas resté dans le laboratoire, et n'avoir pas laissé à ceux qui y admiraient l'unité vitaliste de vos travaux, le soin de tirer les conséquences générales et philosophiques qu'ils renferment et que vous avez niées ou contredites dans vos veilles? Voilà où conduit l'expérimentalisme exclusif et le mépris de l'observation : experimentum periculosum !
Pourquoi la puissance ou la propriété évolutive dont parle Bernard, constituerait-elle seule le quid pro-
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prium de la vie? Elle en forme évidemment la première et fondamentale manifestation ; mais les fonctions des divers appareils ainsi engendrés ab ovo^ les sécrétions, les sensations, les perceptions centrales, les idées, les mouvements animés, instinctifs ou voulus, etc., ces fonctions sourdement contemporaines de l'organogénésie ne sont-elles pas aussi des évolutions du germe, et ne continuent-elles pas à évoluer d'après les mêmes lois pendant toute la vie extérieure de l'animal ou de l'homme, depuis sa conception jusqu'à sa mort? Si on en croit Cl. Bernard, elles ne le peuvent plus. Les progrès de la physique s'y opposent... Il nous déclare « que les conceptions vitalistes ne peuvent plus aujourd'hui planer sur \ ensemble de la physiologie; que la force évolutive de l'œuf et des cellules est le dernier rempart du vitalisme, mais qu'en s'y réfugiant, il est aisé de voir que le vitalisme se transforme en une conception métaphysique, etc.
La cause serait donc vitale ou le propre d'une cause métaphysique qui n'a rien, par conséquent, de physique ; mais les effets, les phénomènes, relèveraient de la physique et de la chimie ! Voilà donc le physiologiste, le plus sagace qu'on ait vu dans son laboratoire, car là il était un physiologiste dans l'âme, qui, dans son cabinet, sacrifie la physiologie à la métaphysique et à la physique, et qui, si on le prenait à la lettre, rayerait de la nature la vie, c'est-à-dire les règnes ca-